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1979

Le pacte avec le diable

Un conte collecté par Patrick Lebrun

Le pacte avec le diable est un conte dans lequel un ouvrier agricole de Saint-Brieuc-de-Mauron essaie d’embobiner le diable non sans avoir au préalable pris conseil auprès d’un sorcier de Concoret.

Un conte de Patrick Lebrun

Le pacte avec le diable est un conte collecté en 1979-1980 à Saint-Brieuc-de-Mauron par Patrick Lebrun auprès d’Eugène Grasland dit « Sous-Off ». Il a été publié pour la première fois en 1999 dans un recueil de contes populaires de Brocéliande.—  CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999. [pages 124-126] —

Eugène Grasland dit « Sous-Off ».
Eugène Grasland dit « Sous-Off ».
Guy Larcher

Le récit intégral du pacte avec le diable

Il y avait un jour un ouvrier agricole tellement pauvre qu’il avait bien du mal à joindre les deux bouts. Un soir, en rentrant à la maison après son travail, il décida de faire quelques chose pour changer sa vie.

Il va dans le poulailler, y prend une poule toute noire et, de retour dans la maison, attrape un pot en terre tout neuf posé sur la table, que sa femme venait justement d’acheter le matin à la foire ; ce pot n’avait donc jamais servi. Puis la poule noire sous le bras et le pot en terre à la main, il se dirige vers un champ triangulaire, entouré sur les trois côtés, situé non loin de là.

Minuit vient de sonner au milieu du champ triangulaire, il pose le pot sur le sol et commence à battre la poule noire. Bien sûr, celle-ci s’est mise à « cocailler » 1 tant et plus. Ce manège durait bien depuis un quart d’heure ; alors, un homme, grand et tout noir, est arrivé. C’était le diable.

— Tu m’as appelé, demanda-t-il. Que veux-tu de moi ?
— Oh, pas grand-chose ! répondit l’ouvrier agricole. Tu vois ce pot de terre tout neuf, je voudrais simplement que tu le remplisses de pièces d’or et d’argent !
— Je veux bien le faire, seulement nous allons faire un marché, on n’a rien sans rien ! Voilà mes conditions : ici même, dans deux jours et à la même heure, je te donne rendez-vous ; nous serons, tous les deux, accompagnés de nos femmes déguisées. Le premier qui reconnaitra le déguisement de la femme de l’autre aura gagné. Si c’est toi, tu repartiras avec ton pot rempli de pièces d’or et d’argent, si c’est moi, je prendrai ton âme !

Notre homme rentre chez lui tout content de cette aubaine, et réveille sa femme qui, elle, mécontente, lui conseille de se coucher plutôt que de tenir des propos de bonhomme saoul. Pourtant, le lendemain matin, lorsqu’il lui raconte à nouveau son aventure avec le diable, elle commence alors à le prendre au sérieux et lui dit :
— Il faut se méfier du diable, il est plus malin que nous, je m’en vais demander sur le champ, conseil à un sorcier de Concoret, c’est plus sûr.

Rendue à Haligan, en Concoret, elle répète le marché à un sorcier réputé. Celui-ci, prenant un flacon sur sa cheminée, conseilla :
— En retournant chez toi, après t’être enduit le corps avec cet onguent, tu prendras une poignée de plumes à chaque oiseau que tu rencontreras et que tu pourras attraper, ensuite, tu te les colleras sur le dos !

Après avoir encore écouté quelques conseils, la femme prend le chemin du retour. En route, elle vole une poignée de plumes à un coucou, à un geai, à une chouette, et à d’autres oiseaux ; au fur et à mesure, elle collait ces plumes sur son dos. Lorsqu’elle rentre enfin à la maison, son mari ne la reconnait pas. Elle lui explique comment était fait son déguisement.
— Bon, c’est bien, mais maintenant il faut aller vite au rendez-vous, lui suggéra son mari.
— Mais non, nous avons tout le temps ; le sorcier m’a expliqué que le diable ne compte pas les jours et les nuits comme nous, pour lui, un jour fait vingt-quatre heures et une nuit aussi. Il nous reste donc encore deux jours.

A l’approche du rendez-vous, ils décident toutefois de le devancer, et arrivent une demi-heure avant. Ils se cachent dans un buisson près du champ triangulaire. Quelques minutes avant minuit, le diable s’avance en disant à sa femme de mettre une peau de chèvre. L’ouvrier agricole ayant tout entendu, lance aussitôt :
— J’ai reconnu ta femme, elle est déguisée en chèvre !
— C’est bon, tu as gagné, lui répond le diable, bon prince. Tu peux emporter ton pot en terre plein de pièces d’or et d’argent. Mais dis-moi, quel est donc le déguisement de ta femme ?
— Oh, c’est la nature !... le renseigne ironiquement le bonhomme.

Depuis ce temps là, à chaque fois qu’ils en ont besoin, l’ouvrier agricole et sa femme puisent dans le pot de terre une pièce d’or ou d’argent, mais jamais le pot n’est vidé !

Éléments de comparaisons

Le pacte avec le diable est un conte du type 1091-facétieux. —  MATHIAS, Jean-Pierre, « Saint-Brieuc-de-Mauron », sans date, Voir en ligne. —


Bibliographie

CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999.

MATHIAS, Jean-Pierre, « Saint-Brieuc-de-Mauron », sans date, Voir en ligne.


↑ 1 • Cocailler : se dit d’une poule qui crie lorsqu’elle a peur ou est dérangée