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1906-

Renouard, Victor

Les derniers charbonniers de Paimpont

Victor Renouard a exercé le métier de charbonnier en forêt de Paimpont à partir de 1946. Dernier charbonnier de la forêt de Paimpont, il a poursuivi son activité jusqu’en 1973.

Éléments biographiques

Victor Renouard, le dernier charbonnier à Paimpont, pesait son charbon avant de le vendre à une entreprise de la région nantaise fabriquant des pièces pour l’avion Concorde… Il disait ainsi, avec beaucoup d’humour, qu’il s’estimait être un rouage essentiel dans la fabrication de cet avion !

Victor Renouard est né le 22 avril 1906 au Pertre (Ille-et-Vilaine) dans une famille de charbonniers. Il s’initie au métier dès son plus jeune âge.

J’y ai travaillé bien longtemps. J’ai commencé tout jeune [...]

Victor Renouard in C.M., « Aujourd’hui fête des charbonniers à Paimpont : quand ils allaient au charbon en forêt de Brocéliande », Ouest-France, 1979.

Il se marie à Martine Allano - née à Camors (Morbihan) le 30 janvier 1914 - avec laquelle il a six enfants dont :

  • Jean C. né le 14 mai 1947 à Paimpont
  • Annick, née le 13 juillet 1950 au lieudit de la Moutte (Paimpont)
  • Anne-Marie

Il est recensé pour la première fois en tant que charbonnier sur la commune de Paimpont en 1946.

J’aurais pu avoir une bonne place dans une usine à Paris mais j’ai préféré retourner dans la forêt.

Victor Renouard in Ouest-France (1979)

1952-1973 — Le marchand de charbon

À partir de 1952, le renouvellement du parc automobile et la fin de la pénurie d’essence provoquent un second effondrement de la filière. MM. Berson et Deron arrêtent leurs négoces définitivement. En deux ou trois ans, la plupart des charbonniers quittent le métier.

BOULÉ, Joseph, « Les Charbonniers », Revue du Cegenceb, Souche, 2010, Voir en ligne.

Après la cessation d’activité des deux derniers marchands de charbon du massif forestier, Victor Renouard s’installe à son compte et embauche quelques charbonniers parmi lesquels Roger Guégan.

Avec mon père c’était Berson, après j’étais avec Deron de Beignon, et après j’étais chez Renouard. [...] Ça dépend le patron. Berson y nous aurait fait payer lui. Pas Renouard. Y savait ce que c’est de faire du charbon. Parce que Berson l’avait pas fait lui. Y savait les risques qui avait, c’était son métier.

Témoignage de Roger Guégan in GLAIS, Pascal, GOOLAERTS, Laurent et CHENU, Frédéric, Charbonniers de Brocéliande : L’art de la fouée, Amis de la Bibliothèque de Paimpont, 2007, 86 p., Voir en ligne.

Y en a qui faisaient du meilleur charbon les uns que les autres. Renouard y faisait du beau charbon, y laissait cuire plus longtemps. Mais nous ça nous intéressait pas, c’est le nombre de tonnes qui nous intéressait.

Témoignage de Roger Guégan in Glais Pascal (2007) op. cit.

On a arrêté parce qu’y avait plus de patron. Fallait trouver où l’envoyer le charbon. Mon père c’était bien, mais faire soi même, acheter son bois, faire comme y faisait le gars à la fin, Renouard. À la fin y n’avait plus d’ouvrier, ou des ouvriers qu’y prenait comme ça. Y travaillait pour lui et puis y vendait. Il achetait une coupe complète, trois cents, quatre cents cordes et ça y était. Il avait un petit camion pour le charbon.

Témoignage de Roger Guégan in Glais Pascal (2007) op. cit.

Victor Renouard n’apparait pas sur les recensements de Paimpont de 1954 et de 1962 1. Seul charbonnier avec son fils recensé en forêt de Paimpont en 1968, il s’est organisé pour continuer à faire du charbon de bois. L’absence de débouchés ainsi que la disparition de la filière l’oblige à acheter lui-même ses coupes, à faire son charbon, à trouver des acheteurs, à acheter un camion et à faire lui même les livraisons.

En plus du travail fourni par le charbon, je devais prendre ma carriole pour chiner. En plus j’avais des clients jusqu’à Angers et Nantes. Souvent, c’est moi qui devait le transporter.

Victor Renouard in Ouest-France (1979)

Il s’établit alors au moulin de la Rosière à proximité du Gué, en Plélan-le-Grand, afin de loger sa famille et de disposer d’un entrepôt.

Renouard, y vivait complètement en forêt lui. Y faisait des loges en terre, des pièces, plein de pièces comme ça. Y restait beaucoup dans le même endroit. Y restait plusieurs années dans le même endroit. Après il a pris une petite ferme pour lui et sa femme. Y étaient six ou sept gosses. Pour se rapprocher, aller à l’école, il avait loué à Plélan, l’ancien Moulin de la Rosière au Gué.

Témoignage de Roger Guégan in Glais Pascal (2007) op. cit.

1973 — La dernière fouée

En 1973, il allume sa dernière fouée sur la côte de Beauvais, mettant un point final à 2.500 ans de pratique du charbonnage en Forêt de Paimpont.

La dernière fouée de Victor Renouard en 1973
La dernière fouée de Victor Renouard en 1973

On avait une petite cabane près de la fouée, souvent à côté d’un point d’eau au cas ou le feu nous aurait gagné.

Victor Renouard in Ouest-France (1979)
La dernière loge de Victor Renouard en 1973
La dernière loge de Victor Renouard en 1973

J’ai arrété en 1973 à cause d’un accident. Sinon, j’y serais encore. [...] C’est l’apparition de l’électricité qui nous a perdu.

Victor Renouard in Ouest-France (1979)
Vestiges de la dernière loge de Victor Renouard (2019)
Vestiges de la dernière loge de Victor Renouard (2019)
Guy Larcher

À sa retraite, il s’établit au Hiry en Paimpont.—  LARCHER, Guy, « Les charbonniers à Paimpont : contribution à l’histoire d’une commune », Le Châtenay - Journal de l’Association des Amis du Moulin du Châtenay, 1986, p. 64. —


Bibliographie

BOULÉ, Joseph, « Les Charbonniers », Revue du Cegenceb, Souche, 2010, Voir en ligne.

C.M., « Aujourd’hui fête des charbonniers à Paimpont : quand ils allaient au charbon en forêt de Brocéliande », Ouest-France, 1979.

GLAIS, Pascal, GOOLAERTS, Laurent et CHENU, Frédéric, Charbonniers de Brocéliande : L’art de la fouée, Amis de la Bibliothèque de Paimpont, 2007, 86 p., Voir en ligne.

LARCHER, Guy, « Les charbonniers à Paimpont : contribution à l’histoire d’une commune », Le Châtenay - Journal de l’Association des Amis du Moulin du Châtenay, 1986, p. 64.


↑ 1 • Cette absence est certainement due à son établissement à Plélan-le-Grand.