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1895

La légende du Grès Saint-Méen

Une légende écrite par Edouard Vigoland

Le site mégalithique du Grès Saint-Méen, situé en forêt de Montfort, sur la commune de Talensac, est à l’origine de légendes publiées à partir du 19e siècle.

1858-1883 — Premières mentions de la légende

1858 — La légende chez l’abbé Oresve

Le premier auteur a évoquer la légende attachée au site mégalithique du Bois de Montfort est l’abbé Oresve en 1858.

Le Grès Saint-Méen est dans la forêt de Talensac, à la lisière, près du village de la Chapelle-ès-Oresve. Il est ainsi désigné parce qu’une tradition populaire rapporte que saint Méen y aiguisa sa hache et que, l’ayant ensuite balancée, il la lança en disant « où ma hache tombera saint Méen bâtira ».

L’abbé Oresve remet en cause cette tradition qu’il juge ridicule. Il consent néanmoins à y voir une part de vérité historique liée à la fondation de la paroisse de Talensac par saint Méen.

Cette tradition ridicule a cependant un fondement. Nous apprenons, en effet, par les actes de saint Méen, d’une part que Talensac fut érigé sur le territoire du canton d’Ork et de l’autre que son père portait ce nom. Lorsqu’on dit : le grès Saint-Méen, c’est par conséquent comme si l’on disait : le grès qui se trouve dans le canton du fils d’Ork. Saint Méen d’ailleurs a évangélisé ce pays. Aussi l’église de Talensac est-elle sous son invocation.

C’est aussi dans cet ouvrage qu’est mentionnée la première description du mégalithe.

Quant à la pierre en question, elle a la forme d’un affiloir, elle gît du sud au nord et peut avoir trois mètres de longueur. Sa forme a pu lui valoir le nom de Grès. Cette pierre avait sans doute un but religieux ; saint Méen sera venu dans ce lieu attaquer la superstition et lui aura laissé son nom.

1864 — Le guide Joanne

En 1864, Pol de Courcy (1815-1891) mentionne la tradition populaire relative à la hache de saint Méen dans un ouvrage de la Collection Guides Joanne consacré à la Bretagne.

La forêt de Coulon était au 15e siècle un des cantons de la forêt de Paimpont, fameuse dans les chroniques, sous le nom de Brocéliande. On trouve sur la lisière de la forêt de Coulon, près du village de la Chapelle-ès-Oresve, un menhir renversé, de 3 mètres 55 centimètres de haut, dit le Grès de Saint-Méen, en mémoire d’une tradition populaire qui rapporte que saint Méen y aiguisa sa hache, et que, l’ayant ensuite balancée, il la lança en l’air, en disant :

Où ma hache tombera,
Saint Méen bâtira.

Ce menhir est ombragé par un magnifique et vieux hêtre.

COURCY, Pol de, De Rennes à Brest et à Saint-Malo : itinéraire historique et descriptif, Hachette, 1864, 421 p., (« Collection des Guides Joanne »), Voir en ligne.p. 14

1883-1886 — Deux traditions évoquées par Paul Bézier

Paul Bézier, auteur du premier inventaire des mégalithes d’Ille-et-Vilaine, évoque deux traditions liées au Grès Saint-Méen dont celle relative à la hache de saint Méen.—  BÉZIER, Paul, Inventaire des monuments mégalithiques du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Ch. Catel, 1883, Voir en ligne. —

Saint Méen, après avoir aiguisé sa hache sur son grès, et l’avoir balancée dans l’espace, dit : « Où ma hache tombera, Méen bâtira. » La hache tomba à Talensac, à 2 kilomètres de cet endroit. L’église de cette commune est dédiée à saint Méen.

Dans son supplément à l’inventaire paru en 1886, l’archéologue ajoute une autre tradition relative au Grès Saint-Méen.

On a essayé plusieurs fois d’arracher cette pierre, que l’on suppose recouvrir un trésor, mais à chaque entreprise, la cave que l’on creusait autour, dans le jour, se trouvait, par l’effet d’un enchantement, refermée pendant la nuit suivante.

BÉZIER, Paul, Inventaire des monuments mégalithiques du département d’Ille-et-Vilaine - Supplément, Rennes, Ch. Catel, 1886, Voir en ligne. pages 119-120

1895 — Édouard Vigoland

En 1895, Édouard Vigoland publie une version développée de La légende du Grès saint Méen, dans le dernier chapitre de son livre consacré à l’histoire de Montfort. —  VIGOLAND, Edouard, Montfort-sur-Meu : son histoire et ses souvenirs, Rennes, Hyacinthe Caillière, 1895. [pages 196-204] —

Cette version de la légende est une développement de la phrase traditionnelle attachée au mégalithe : « Où ma hache tombera, Méen bâtira. » Nous ne possédons pas d’éléments permettant de savoir si cette légende a été collectée à Montfort ou si elle est née de l’imagination d’Édouard Vigoland.

Le récit intégral

D’ailleurs, ces pierres célèbres dans le pays ne sont pas seulement légendaires. Les druides en ont élevées de plus sérieuses que les bonnes fées du bon temps. Ils en ont semées de réelles dans les environs de Montfort, où on les retrouve encore de nos jours. Pour ne citer que le grès Saint-Méen, dans la forêt, cette pierre est tout simplement un reste d’ancien menhir, et vraiment, il vaut la peine d’être visité. On lui a donné le nom qu’il porte parce que saint Méen y est venu, jadis, combattre le paganisme. La vieille légende qui s’y rattache confirme cette tradition et mérite elle-même d’être racontée.

— Vous cueillez l’air mon bon monsieur ». La petite voix qui parlait ainsi, pendant que d’autres voix enfantines chantaient, près de moi, un air connu, fit tomber à la fois mon livre et ma rêverie. J’étais si bien et si tranquille, pourtant, sur les hauteurs de Talensac, à côté de jolis buissons fleuris qui riaient au soleil.

Depuis longtemps assis sur la pierre légendaire du grès Saint-Méen, tout en feuilletant mes souvenirs, je songeais aussi à ceux du passé, aux vieux druides dont les ombres flottantes semblaient errer devant moi, aux mystères sanglants qui avaient souillé cette solitude, aux luttes que saint Méen y avait soutenues contre le paganisme, et en me rappelant la vague légende de cette pierre, je me demandais pourquoi le moine breton avait jeté là sa hache en prononçant la parole si connue dans le pays : « Où ma hache tombera, Méen bâtira.

— Vous cueillez l’air mon bon monsieur, murmura de nouveau la petite voix. Je me retournais cette fois et reconnus aussitôt la vieille mère Jeanne, portant allègrement ses soixante-dix printemps, et qui venait chercher un petit peu de bois sec avec ses petits-enfants, pauvres comme elle, et comme le sont tous les siens.

— Je n’oublierai pas votre mot, mère Jeanne ; il est charmant. Je cueille l’air comme vous cueillez le bois mort dans la forêt ; mais je cueille aussi les légendes, et je venais ici me rappeler celle du Grès Saint-Méen, que j’aimais tant entendre raconter, cette vieille histoire si étrange qui m’a souvent bercé à la veillée du soir.

Mère Jeanne, à ces mots devint triste. Elle se détourna pour essuyer une larme, regarda d’un air craintif l’énorme pierre, comme si elle avait eu peur d’une surprise, puis elle se signa et parut se recueillir, pendant que ses petits enfants venaient sans façon s’asseoir à mes côtés.

— Ah ! si je la connais cette histoire, mon bon monsieur. Que de fois mon pauvre défunt me l’a racontée, au temps où flambait doucement dans l’âtre un beau feu de bois sec que je n’avais peine à venir chercher si loin. Il aimait tant à la redire, et moi à l’écouter, dans ces belles et chères années où nous rêvions ensemble à la veillée, alors que nous étions si heureux, puisqu’il était jeune et que nous étions deux.

C’est une triste histoire que celle de cette pierre. Jadis, elle n’était pas, comme aujourd’hui, à demi enfoncée en terre, mais elle formait la table d’un grand autel sur lequel les païens égorgeaient des hommes. Regardez cette petite rigole qui court le long du grès, c’est là que venait couler le sang des victimes. Mon doux Jésus, que de crimes ont été commis en ce lieu, que de cris de douleurs ont répété les échos de la forêt, ma pauvre forêt si terrible autrefois et que, malgré tout, mes vieilles jambes aiment tant à parcourir.

Voyez, c’est ici que saint Méen, le bon patron de chez nous, est venu lutter contre ces damnés de l’ancien temps. Il réussit à les mettre en fuite, puis il planta une belle croix sur ce grès où ruisselait jadis le sang des hommes, et où ne coula plus dès lors que le sang du Bon Dieu.

Or, un soir d’été, saint Méen avait réuni ses fidèles autour de la pierre, et là il chantait avec eux les cantiques chrétiens, qui avaient remplacé les blasphèmes des païens. Tout-à-coup, le petit troupeau entendit près de lui des cris horribles ; en un instant la forêt s’éclaira de lueurs affreuses comme celles de l’enfer, et les pauvres chrétiens furent environnés par une bande forcenée qui poussaient des hurlements de rage.

Le saint, surpris, s’arrêta ; son beau et doux regard se porta vers cette troupe ennemie, puis triste, mais calme comme une victime prête au sacrifice, il demeura agenouillé près de la pierre et continua de prier.

Les païens, en armes, s’avancèrent, et une voix pleine d’insultes et de menaces prononça le nom de Méen. Au son de cette voix bien connue, le moine se retourna et pâlit ; il avait tout compris ; il venait de reconnaitre un des siens, un chrétien qu’il avait élevé dans son monastère, nourri de son pain, et qu’il aimait, comme mon vieux cœur de grand-mère aime ses petits-enfants. Alors, une figure sombre et terrible se détacha et s’avança vers l’autel : c’était le renégat qui venait payer son bienfaiteur.

Mais voilà qu’au moment où l’ingrat tenait sa hache, prêt à frapper, il chancela, poussa un cri de douleur et s’affaissa au pied du monument. C’est alors que saint Méen prit l’arme et la jeta dans les airs en prononçant cette parole que vous ne compreniez pas : « Où ma hache tombera, Méen bâtira ; où la pierre croulera le méchant périra. » Épouvantés, les païens s’arrêtèrent. Le visage du saint leur apparut comme illuminé d’un rayon d’en haut : tous s’enfuirent, et depuis ce temps, la vieille forêt ne les revit jamais.

Or, il arriva une chose étrange et dont le souvenir fait frémir encore. Pendant de longs jours on aperçut, dans la forêt, un homme au visage effrayant et dont les yeux lançaient des éclairs. C’était l’apostat, rendu à la vie grâce aux prières du saint, et qui revenait là autour de l’autel de pierre qui lui rappelait sa trahison. Conduit par une force invincible, il cherchait en vain l’arme fatale dont il avait frappé le prêtre, puis il creusait au pied du monument avec une fureur qui tenait du délire, et quand, épuisé, il s’arrêtait, inondé de sueur, il regardait alors autour de lui, ignorant ce qu’il était venu faire et ne sachant même plus se souvenir.

Un jour, il comprit que son affreuse besogne allait s’achever. La pierre chancela sur sa base, et le malheureux poussa un cri de joie. L’énorme masse s’ébranla, roula sur elle-même, un nuage de poussière enveloppa tout ce coin de la forêt, puis ce fut un cri terrible et un silence de mort. Quand le nuage fut dissipé, on ne vit plus le vaste autel, Mais le grès était là encore, lourdement enfoncé dans la terre : il avait enseveli le renégat pour toujours.

Et voilà pourquoi la pierre est à demi enfoncée dans le sol ; c’est pour cela qu’en passant ici je me signe pieusement, car ce souvenir me fait peur. Et quand mes petits enfants viennent avec moi cueillir le bois dans ce coin de la forêt, je leur répète la parole de mon pauvre défunt : « Regardez bien le tombeau de l’ingratitude ; mes enfants, n’outragez jamais ceux qui vous ont fait du bien ; croyez-en mon expérience, cela ne porte jamais bonheur.

En disant ces mots, mère Jeanne se leva et se signa de nouveau. — Adieu, mon bon monsieur, j’ai beaucoup parlé, et mes vieilles jambes fatiguées auront bien à faire pour suivre les petits-enfants. Et me saluant une dernière fois, elle me laissa tout rêveur sur cette pierre qui me rappelait de tels souvenirs. J’éprouvais à ce moment une impression de poignante tristesse et, comme mère Jeanne, je crois vraiment que j’avais peur. Les chants d’oiseaux qui avaient charmé ma rêverie me semblaient lugubres comme des cantiques funèbres, et le souffle du vent qui pleurait dans la forêt paraissait être le gémissement du malheureux enseveli sous le grès Saint-Méen. J’avais hâte de m’enfuir et d’emporter ma légende, plus vite que la pauvre femme n’emportait le bois sec qui allait réchauffer ses membres engourdis. Aujourd’hui encore j’éprouve cette impression en écrivant ces lignes, et si ces pages pénétraient sous le toit de chaume de la pauvre vieille, elle reconnaitrait peut-être l’histoire qu’elle m’a si bien racontée et en expliquerait mieux que moi la morale à ses petits-enfants, qui la liront pour elle, car, hélas ! les pauvres yeux éteints de mère Jeanne ne la liront jamais.

—  VIGOLAND, Edouard, Montfort-sur-Meu : son histoire et ses souvenirs, Rennes, Hyacinthe Caillière, 1895. [pages 198-204] —

Autres mentions et variantes de la légende

1929 — Paul Banéat

Paul Banéat mentionne le Grès Saint-Méen dans son ouvrage sur le patrimoine des communes d’Ille-et-Vilaine. Il donne une version légèrement différente de la légende selon laquelle, le disciple de saint Méen, cherchant à ébranler la pierre est écrasé par elle.

On voit sur la lisière de la forêt de Montfort, à 250 m. au nord-ouest de la Chapelle-ès-Oresve un menhir (?) renversé appelé le Grès de Saint-Méen [...]. Une légende prétend qu’au VIe siècle saint Méen, après avoir aiguisé sa hache sur ce menhir, la lança en l’air en disant : « où ma hache tombera saint Méen bâtira », et qu’il construisit l’église de Talensac à l’endroit où elle est tombée, à 1200 m. de là. Cette pierre servait alors, ajoute-t-on, de table d’autel pour l’immolation des victimes humaines. Saint Méen y fut attaqué, d’après la légende, par un de ses anciens disciples ; il réussit à éviter les coups du renégat, et celui-ci, cherchant dans sa fureur à ébranler la pierre, la renversa sur lui et fut écrasé.

BANÉAT, Paul, Le Département d’Ille-et-Vilaine. Histoire, archéologie, monuments, Vol. 4, Rééd. 1973, Librairie Guénégaud, 1929. [page 207]

2019 — Jean-Pierre Ducloyer

Jean-Pierre Ducloyer évoque la légende d’Édouard Vigoland dans le second tome de son histoire de Montfort. —  DUCLOYER, Jean-Pierre, Montfort : une petite ville en Bretagne, Vol. 2, Montfort-sur-Meu, autoédition, 2019. 2 vol. [Pages 10-11] —

Saint Méen, un disciple de Samson, était connu pour détruire les menhirs qu’il pensait être des survivants de la religion druidique des populations éparses qui vivaient dans la forêt. S’il ne les détruisait pas, il les christianisait en leur ajoutant une croix. Un jour, alors qu’il discutait avec ses disciples auprès d’une de ces pierres, une bande d’enragés attaqua le petit groupe. L’un des assaillants appela le saint par son nom et Méen reconnut en lui un jeune homme qu’il avait recueilli et nourri dans son monastère. Le traitre leva sa hache pour le tuer, mais, au même moment, il poussa un grand cri et s’affala sur le sol, laissant tomber son arme. Saint Méen s’en saisit, la lança de toutes ses forces en disant : « Là où la hache tombera, saint Méen bâtira ; là où la pierre s’écroulera, le méchant périra. » C’est ainsi que fut construite l’église de Talensac. Épouvantés, les bandits s’enfuirent et on ne les revit jamais dans la forêt. Or voilà qu’arriva une chose étrange : le traitre revint chaque nuit creuser jusqu’à épuisement un trou au pied de la pierre, sans d’ailleurs vraiment savoir pourquoi. Une force étrange et irrésistible l’y contraignait. Le trou grandissait chaque nuit et, finalement, une nuit, l’énorme masse s’ébranla et s’écroula sur le malheureux, l’ensevelissant pour toujours, là où on peut la voir aujourd’hui.

DUCLOYER, Jean-Pierre, Montfort : une petite ville en Bretagne, Vol. 2, Montfort-sur-Meu, autoédition, 2019. 2 vol. [Pages 10-11]

Jean Pierre Ducloyer conclut cette légende par la morale de la version d’Édouard Vigoland : cette pierre est le tombeau de l’ingratitude. Il ne faut jamais outrager ceux qui vous ont fait du bien, cela ne porte pas bonheur. Il mentionne aussi une reprise contemporaine de la tradition relative au Grès Saint-Méen selon laquelle la pierre ne peut être déplacée.

D’après Charles Cardot, les gens du coin ont souvent par la suite essayé de déplacer la pierre pour mettre au jour le trésor qu’on disait caché dessous - le monde sait bien que sous chaque menhir se cache un trésor... - mais, à chaque fois, le trou creusé se refermait la nuit.

DUCLOYER, Jean-Pierre, Montfort : une petite ville en Bretagne, Vol. 2, Montfort-sur-Meu, autoédition, 2019. 2 vol. [Page 11]

Le polissoir de saint Méen

1883 — Une tradition évoquée par Paul Bézier

En plus des deux traditions relatives à la légende publiée par Édouard Vigoland, Paul Bézier en mentionne une troisième faisant de saint Méen un charpentier et du Grès, une pierre où le saint polissait ses outils.

Traditions — On dit dans le pays que les gravures dont cette pierre est ornée sont dues à saint Méen, qui était charpentier et aiguisait ses outils sur cette roche.

1904 — Paul Sébillot

Selon le folkloriste Paul Sébillot le thème de cette dernière tradition est peu commun.

On rencontre rarement il est vrai des bassins ou des rainures sur lesquels de personnages légendaires polissent ou aiguisent leurs instruments, comme le faisaient les préhistoriques. Le Grès de saint Méen, dans la forêt de Talensac (Ille-et-Vilaine) est couvert dans tous les sens de fines rayures et percé de nombreux trous du calibre d’un fusil de chasse, les uns et les autres sont dus à saint Méen, qui étant charpentier, y aiguisait ses outils, coutume encore pratiquée par les bûcherons du voisinage.

SÉBILLOT, Paul, Le folklore de la France. Le ciel et la terre, Vol. 1, Paris, E. Guilmoto, 1904, Voir en ligne. p.401

Les autres exemples proposés par Paul Sébillot, de pierres ou de mégalithes sur lesquels un personnage célèbre a laissé des traces, sont tous liés à une légende et non à un usage professionnel.

1989 — Marcel Turbiaux

Dans son article consacré aux aspects mythologiques du miracle de la cane de Montfort, Marcel Turbiaux mentionne une signification possible de la tradition faisant de Méen un charpentier. De plus, il suggère que la présence de cette légende dans le bois de Montfort est à mettre en relation avec le pèlerinage du saint ainsi qu’avec l’oratoire Saint-Lazare de Montfort, non loin du mégalithe.

Saint Méen lui-même avait une de ses professions qu’exerçaient ceux que Francisque Michel 1 appelait les « races maudites ». Il était charpentier et, à Talensac, dans une commune toute proche de Montfort, on voit le Grès de saint Méen, monument mégalithique sur lequel il aiguisait ses outils, et l’on racontait que saint Méen après avoir aiguisé sa hache sur son grès et l’avoir lancée dans l’espace, dit : « où ma hache tombera saint Méen bâtira » La hache tomba à Talensac, à 2 km de cet endroit. L’église est dédiée à saint Méen.

TURBIAUX, Marcel, « La Cane de Montfort, aspect d’un thème mythologique », Bulletin de la Société de mythologie française, 1990, p. 11-36.

Bibliographie

BÉZIER, Paul, Inventaire des monuments mégalithiques du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Ch. Catel, 1883, Voir en ligne.

BÉZIER, Paul, Inventaire des monuments mégalithiques du département d’Ille-et-Vilaine - Supplément, Rennes, Ch. Catel, 1886, Voir en ligne.

DUCLOYER, Jean-Pierre, Montfort : une petite ville en Bretagne, Vol. 2, Montfort-sur-Meu, autoédition, 2019. 2 vol.

ORESVE, abbé Félix Louis Emmanuel, Histoire de Montfort et des environs, Montfort-sur-Meu, A. Aupetit, 1858, Voir en ligne.

COURCY, Pol de, De Rennes à Brest et à Saint-Malo : itinéraire historique et descriptif, Hachette, 1864, 421 p., (« Collection des Guides Joanne »), Voir en ligne.

ROBERT, Philippe, « Les mégalithes à Montfort ou proximité », Glanes en pays pourpré, 1994, p. 6-11.

SÉBILLOT, Paul, Le folklore de la France. Le ciel et la terre, Vol. 1, Paris, E. Guilmoto, 1904, Voir en ligne.

VIGOLAND, Edouard, Montfort-sur-Meu : son histoire et ses souvenirs, Rennes, Hyacinthe Caillière, 1895.


↑ 1 • Francisque Michel démontre en effet que le métier de charpentier était autrefois considéré comme maudit car c’est un charpentier qui avait construit la croix du Christ et par extension des charpentiers qui construisaient les gibets et autres potences.

[...] l’état de charpentier avait autrefois plus d’extension qu’aujourd’hui, et sans doute était infâme, parce que ceux qui l’exerçaient étaient tenus de se prêter à la fabrication, à la réparation et à la mise en place des gibets et autres instruments de supplice [...]

FRANCISQUE, Michel, Histoire des races maudites de la France et de l’Espagne., Vol. 1, A. Franck, Libraire-éditeur, 1847. 2 vol., Voir en ligne. p. 315