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1819-1900

Virginie Danion

Fondatrice du couvent de l’Action de Grâces à Mauron

Le couvent de l’Action de Grâces, situé à Mauron, est construit en 1877 sous l’égide de Virginie Danion, fondatrice de l’Œuvre de l’Action de Grâces.

Le couvent de l’Action de Grâces cesse ses activités au début des années 2000. Les bâtiments sont actuellement occupés par un EHPAD.

Origine familiale de Virginie Danion

Virginie 1 naît à Mauron le 14 novembre 1819 dans une famille entreprenante et fortunée, ayant une pratique religieuse stricte et la conviction que Dieu éprouve ceux qu’il privilégie de son amour. Sa famille est tenante d’opinions conservatrices teintées de nostalgies légitimistes induites par les grands-parents de Virginie. Son grand-père Mathurin Danion (1763 à Mauron - 1853 à Mauron), conseiller d’arrondissement royaliste est emprisonné pendant la Révolution pour avoir soutenu la chouannerie et avoir caché de nombreux prêtres réfractaires. Cependant son père, Louis Amateur Danion, influencé par son gendre Sigismond Ropartz et par Jean-Marie et Félicité de Lamennais, évolue vers l’acceptation des principes démocratiques. Ceux-ci l’amènent à se rallier au bonapartisme et au catholicisme social.

Louis Amateur Danion (1792 - 1867 à Mauron) se marie le 23 novembre 1813 à Paimpont avec Marie-Jeanne Gentilhomme (1796 à Paimpont - 1881 à Mauron), qui se révèle une marchande fort avisée. Le père, greffier de justice à Mauron, régisseur de plusieurs domaines dont celui du Plessix, est un gestionnaire adroit qui se constitue un patrimoine foncier important. L’origine première de la fortune familiale est liée au commerce du fil. Les deux grands-pères de Virginie sont marchands de fil, l’un à Mauron, l’autre à Paimpont. Ils sont de ces grands marchands qui fournissent de la filasse de lin et de chanvre aux paysans-fileurs alors nombreux à Mauron, à Gaillarde et à Telhouët en Paimpont. Ils reprennent le fil obtenu pour le vendre à des tisserands parfois lointains exerçant dans des villes telles que Quintin (22), Vitré (35), Cholet (49), ainsi que dans des villes voisines du littoral des Côtes-du-Nord. Bréhan (22) est, à cette époque, le lieu d’une foire du fil où se fait l’essentiel des transactions locales. Une partie de cette fortune permet la réalisation ambitieuse de Virginie : créer un couvent à Mauron. Une telle réalisation demande une mise de fonds importante et elle devra attendre le décès de son père, en 1867, pour disposer de sa part d’héritage qu’elle complètera des dons apportés par des membres de l’œuvre de l’Adoration Perpétuelle du Saint-Sacrement.

Ses parents ont sept enfants entre 1815 et 1828. Trois d’entre eux meurent en bas-âge. Ces décès marquent la famille et particulièrement Virginie qui, tombant malade à l’âge de 8 ans, imagine que ses péchés d’enfant lui valent l’enfer. Vivront : sa sœur aînée Jeanne (v.1817-1851) qui sera Ursuline à Ploërmel sous le nom de sœur Dorothée, Virginie dont nous parlons, Élise (1825-1888) qui deviendra l’épouse de Sigismond Ropartz, Victorine (1828 - ?) qui se mariera avec un Rennais, René Gagnoux. Un attachement privilégié existe entre Virginie et le couple de sa sœur Élise dont le mari Sigismond Ropartz (1823 - 1878) est avocat, historien, archéologue, amateur d’art et de musique. Ce dernier apportera ses conseils dans la construction de la nouvelle église de Mauron et apportera un soutien décisif dans la création du couvent voulu par sa belle-sœur.

Création de l’Association de l’Action de Grâces

Virginie suit des études chez les Ursulines de Ploërmel puis à Rennes. De tempérament imaginatif et passionné, Virginie a connu, à l’âge de 14 ans, au cours d’une exposition du Saint Sacrement à Ménéac, une extase qui va orienter toute sa vie. Elle fait vœu de chasteté à 29 ans. Son désir d’entrer dans les ordres est d’abord combattu par plusieurs prêtres qui critiquent ses élans passionnels. Elle considère l’hostie comme un aliment spirituel qu’il lui faudrait consommer plusieurs fois par jour pour obtenir une complète plénitude. Elle se voit interdite de communion pendant de longues périodes. Douloureusement elle accepte de remettre en question sa position initiale et, cédant pas-à-pas, finit par accepter de se soumettre aux volontés de ses directeurs de conscience. Grâce à l’appui de son beau-frère Sigismond, elle entre, en 1849 chez les Religieuses Réparatrices de Paris, devenant Sœur Anne de l’Enfant-Jésus, avant d’être nommée supérieure d’une petite maison de cet ordre à Lyon, étant guidée par son directeur de conscience, le Père Eymard 2.

Cherchant à établir dans cette maison de Lyon des prières perpétuelles devant une hostie consacrée, elle entre en opposition avec la supérieure générale des Réparatrices et doit quitter l’ordre pour revenir dans sa famille à Mauron en 1851. Elle se consacre à la prière et aux bonnes œuvres tout en aidant son père dans la tenue de ses affaires. Elle est fascinée par la Règle de l’Œuvre de l’Adoration Perpétuelle du Saint Sacrement que soutiennent des jésuites tels que le Père Bazire et que diffuse en Bretagne le Père Vincent Huby. Cette Œuvre entretient une chaîne de prières continues dans de nombreuses églises. Virginie entre en relation avec ses promoteurs, renoue avec le Père Eymard, correspond avec Mgr Baillès proche du Pape Pie IX. Après avoir vécu une nouvelle extase en 1854, elle obtient des autorités religieuses la permission de fonder, le 19 mars 1858, l’Association de l’Action de Grâces 3.

Elle organise l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, présenté dans un ostensoir dans des églises en France et à l’étranger. Elle devient la secrétaire de l’association et rencontre un grand succès. Elle réunit rapidement 6 500 pratiquants. À Mauron, onze personnes assurent, une partie de la semaine, l’Adoration du Saint-Sacrement tandis que sa sœur Élise constitue un autre groupe à Guingamp. Le père Eymard approuve son association et l’incite à construire un centre religieux. Il y faudra attendre 1867 pour disposer de l’héritage de son père. Elle reçoit de l’évêque de Vannes, Mgr Bécel, l’autorisation d’élever une chapelle située sur un terrain lui appartenant à Mauron, à la place des ruines d’un précédent lieu de culte dédié à saint Michel. Toujours soutenue par son beau-frère Sigismond Ropartz, elle fait construire une chapelle de style roman. Cette chapelle est ornée d’une belle porte sculptée, enrichie de poutres et sablières du 16e siècle par remploi d’éléments de l’ancienne église paroissiale. Embellie de fresques d’inspiration byzantine et de vitraux contemporains, elle est inaugurée le 26 novembre 1870. L’évêque de Vannes y célèbre une messe le 7 septembre 1872.

Fondation du couvent de l’Action de Grâces

Le pas suivant consistant à créer un couvent est difficile à franchir. Virginie est en butte à l’opposition de sa mère qui voit dans le projet de sa fille un acte d’orgueil et un investissement nuisant aux intérêts de leur famille. Elle rencontre dans un premier temps les réticences de l’évêque de Vannes ainsi que du Père Bazire qui estiment que Mauron est mal situé pour devenir le siège d’un nouvel ordre. Mais ayant perçu son héritage paternel et des dons importants des membres de l’association qu’elle anime, elle dispose de fonds permettant une réalisation rapide. Ceci finit par emporter la décision : l’évêque de Vannes donne enfin son accord en 1877 pour qu’elle fonde une congrégation régie par la règle 4 que Virginie a établie, inspirée de celle des Augustines, et pour qu’elle bâtisse un couvent qui reçoit le nom d’Action de Grâces. La construction de l’hébergement jouxtant et incluant une maison construite par Sigismond qui accepte de l’échanger avec un autre bien, sera terminée en 1881. La fondatrice crée pour ses Sœurs un costume « majestueux et seyant » de lainage blanc orné d’une ganse jaune.

Couvent de l'Action de Grâces
Couvent de l’Action de Grâces
Virginie Danion et ses soeurs

Les premières prises d’habits se font le 21 novembre 1883, réunissant Virginie, devenue sœur Marie du Saint Sacrement, Athénaïs Lapostolle, de Mauron (sœur Madeleine de la Croix), Jeanne-Marie Chefdor, de Ploërmel (sœur Marie Joseph de Jésus). Le 27 novembre 1884, Marie-Françoise Bayon, de Caro (sœur Saint Pierre du Précieux Sang), Anne-Marie Haupas, de la Saudraie de Mauron (sœur Sainte Victoire de l’Eucharistie) prennent à leur tour le voile. Virginie n’assume pas la direction matérielle de l’établissement, se réservant la formation spirituelle des novices et des religieuses dont le nombre s’accroît peu à peu. Au décès de Virginie, la communauté est constituée de Jeanne-Marie Chefdor, sa Mère supérieure, et de 12 autres sœurs : Marie-Anne Bouée, Aurélie Trévilly, Marie Marot, Armelle Bourdet, Marie Giffart, Antoinette Legof, Désirée Thébaud, Aimée Faglin, Françoise Bayou, Désirée Le Luec, Jeanne Trévilly et Marie-Anne Chefdor. Après 1918, une quinzaine de novices les rejoindront.

Mode de vie des religieuses

Les sœurs se consacrent par roulement, jour et nuit, à l’adoration perpétuelle de « l’hostie consacrée » exposée dans la chapelle. Les moniales vivent sur un territoire étroit cerné de hauts murs ; elles sont séparées du monde par un enfermement très strict. Pendant un temps, elles accueillent aussi quelques fillettes que leur confient des parents vivant à l’étranger et notamment aux colonies. Certaines deviendront des membres de la Communauté, sans avoir rien connu de l’extérieur depuis l’âge de sept ans.

Couvent de l'Action de Grâces (cloitre)
Couvent de l’Action de Grâces (cloitre)
carte postale

La règle de la clôture monacale est très stricte. Elle gère les temps de prière, les temps consacrés par roulement à l’Adoration perpétuelle, les temps de silence et de parole, de travail et de distraction de ces femmes coupées du monde. Les sœurs se trouvent confinées dans un espace d’environ un hectare, clos de hauts murs, sans vue sur l’extérieur. Cet espace, portant l’hébergement, la chapelle et de petits bâtiments de ferme, ne laisse libre à la déambulation qu’un parc d’environ 2000 m2, bien petit pour environ 30 personnes. En 1907, donc après le décès de Virginie, le couvent sera augmenté de la Maison Méat donnée à l’Action de Grâces par Marguerite Janvier, descendante des Méat de La Mariais.

Couvent de l'Action de Grâces et maison Méat
Couvent de l’Action de Grâces et maison Méat
carte postale (entre les deux guerres)

Séparée du couvent par la Grand-rue, il faut construire par-dessus cette voie, pour respecter la règle de la clôture monastique, un pont couvert sans fenêtre pour rejoindre les deux bâtiments et munir de claustras les fenêtres de cette maison de façon à couper toute vue. Elle sert essentiellement d’hôtellerie pour les visiteurs. Les parents d’une religieuse ne peuvent voir leur fille qu’à des intervalles de plusieurs années et ce, au parloir, derrière une grille pour n’avoir aucun contact physique. Seules deux religieuses ont le droit de sortir : la thuriféraire, libre de parler, qui fait des achats dans les commerces de Mauron et traite avec des acheteurs de la vente des produits fabriqués par les sœurs ; une sœur-lais, tenue au silence, qui conduit les trois vaches de la communauté sur des prairies dépendant du couvent. La Communauté a en effet des sœurs-lais c’est-à-dire des sœurs subalternes faisant fonction de servantes. Leur situation tient à ce qu’elles n’ont pas été dotées par leur famille à leur entrée ou n’ont pas un niveau d’instruction suffisant pour participer à des réflexions complexes. Une religieuse dispense aussi des cours de piano auprès d’enfants, dans le parloir du couvent.

Couvent de l'Action de Grâces
Couvent de l’Action de Grâces
Intérieur de la chapelle

Leurs sorties se limitent à deux occasions : l’enterrement d’une religieuse dans leur carré réservé du cimetière de Mauron et, à partir de 1945, les votes à la mairie. Les religieuses se rendent à la mairie voile baissé jusqu’à la taille de façon à ni ne voir ni être vues. Elles forment une longue cohorte d’aveugles se tenant par la main, guidées par la thuriféraire marchant en tête. Il leur faut attendre Vatican II (1962-1965) pour avoir accès à la radio et à la télévision ! Elles ont alors aussi le droit de correspondre avec d’autres couvents de religieuses notamment avec des communautés situés en Amérique latine. Lors des offices dans la chapelle, elles se trouvent séparées du public par une grille, public à qui elles présentent le dos. Leurs offices sont appréciés pour la qualité de leur chant choral. Avec Vatican II, l’enregistrement et la diffusion de leurs chants leur apportent beaucoup de satisfaction. Un aumônier, souvent un prêtre érudit de santé médiocre, logé dans une annexe du couvent, assume la conduite des offices et la direction spirituelle des sœurs. Se succèdent, entre autres, dans cette fonction l’abbé Chasseboeuf de 1880 à 1884, l’abbé Vincent Morel du 3 novembre 1890 au 17 octobre 1897 et notamment l’abbé Le Claire 5, historien et archéologue local d’un certain renom. Le dernier aumônier sera l’abbé Gouelleu, recteur de Saint-Léry.

Leurs ressources dépendent des dots, des dons, de leur fermette et du produit de leur travail. Les sœurs brodent des trousseaux pour les jeunes filles, des services de table, des nappes d’autel et cousent des vêtements à la commande. Elles adjoignent au fil du temps la fabrication d’objets décoratifs délicats et souvent amusants à partir de coquillages. Elles cultivent et vendent des fleurs à couper et des fleurs de Toussaint avec succès. La modestie de leurs ressources les oblige à beaucoup de frugalité.

Malgré la dureté de sa règle, la communauté connaît le succès 6 jusqu’à compter plus de trente religieuses. Mais à partir de 1945, le recrutement des novices décline. La raréfaction et le grand âge des dernières religieuses ne permettent plus l’assiduité permanente voulue par la règle malgré le soutien de laïcs qui assurent leur relais devant l’ostensoir. Leur grand âge réduit dramatiquement leur possibilité de s’auto-suffire. Pour perdurer, la communauté s’unit en 1970 avec la Congrégation des Filles de Jésus de Kermaria à Plumelin (Morbihan). Cent ans après le décès de leur fondatrice, les neuf dernières moniales sont obligées de quitter définitivement ce lieu en 2002 pour rejoindre la communauté de Kermaria. La maison Méat est vendue à des particuliers. L’ancien couvent de l’Action de Grâces, parmi les derniers créés en Bretagne, accueille maintenant un EHPAD.—  ANONYME, « Entretien avec Sœur Anne, dernière prieure de l’Action de Grâces », Le Pèlerin de Sainte-Anne, 1986, p. 21-27. —

Virginie Danion, décédée le 22 janvier 1900, a d’abord été inhumée dans le cimetière de Mauron avant d’être transférée devant l’autel de sa chapelle. —  BOUSSARD, Pierre-Auguste, Virginie Danion, fondatrice de l’Action de Grâces de Mauron, Imprimerie monastique St Julien l’Ars, 1966. —


Bibliographie

VEUILLOT, François, « Le dixième lépreux », sans date.

BOUSSARD, Pierre-Auguste, Virginie Danion, fondatrice de l’Action de Grâces de Mauron, Imprimerie monastique St Julien l’Ars, 1966.

BOUSSARD, Pierre-Auguste, Virginie Danion : Fondatrice de l’Action de Grâces de Mauron ; 1884-1984, Mauron, 1984, 36 p.

ANONYME, « Entretien avec Sœur Anne, dernière prieure de l’Action de Grâces », Le Pèlerin de Sainte-Anne, 1986, p. 21-27.

BOULÉ, Joseph, « L’Action de Grâces de Mauron », Souche, Revue du Cegenceb, Mauron, 2015.

FICHET, Jean-Claude et BOULÉ, Joseph, « Sigismond Jean Pélage Ropartz », Souche, Revue du Cegenceb, Mauron, 2017.


↑ 1 • Des informations sur la Famille de Virginie Danion sont disponibles sur le wiki de la CC-mauron-broceliande. (Voir en ligne)

↑ 2 • Lettres du Père Eymard à Virginie Danion (Voir en ligne) ] (canonisé en 1962).

↑ 5 • Cahiers de l’abbé Le Claire (ancien aumônier de l’Action de Grâces) (page 307)

↑ 6 • Succès de la congrégation — Manuscrit de l’abbé David (Né en 1864 à Questembert ; vicaire à Mauron à partir de 1867) (pages 373 entre autres)