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1961

L’artilleur de Paimpont

Un conte de Jean Markale inspiré d’un fait divers

L’artilleur de Paimpont est une adaptation en conte par Jean Markale d’un « fait divers » du début du 20e siècle qui aurait eu lieu à la mine de l’Étang Bleu à Paimpont.

1961 — La seule publication du conte

En 1961, Jean Markale publie aux Éditions du Ploërmelais un recueil de contes populaires et de légendes arthuriennes localisés en forêt de Paimpont dans lequel figure le conte intitulé L’artilleur de Paimpont. —  MARKALE, Jean, Contes et légendes de Brocéliande, Ploërmel, Les Éditions du Ploërmelais, 1961, 48 p. [pages 20-21] —

Contes et légendes de Brocéliande
Contes et légendes de Brocéliande
—  MARKALE, Jean, Contes et légendes de Brocéliande, Ploërmel, Les Éditions du Ploërmelais, 1961, 48 p. —

Cette histoire est une adaptation par Jean Markale d’un fait divers du début du 20e siècle, situé à la mine de l’Étang Bleu à Paimpont.

Forêt de Paimpont - Le minerai
Forêt de Paimpont - Le minerai
Collection La Bretagne Pittoresque - Carte postale n°1777

Le récit intégral de L’artilleur de Paimpont

Les orages sont terribles en forêt de Brocéliande. L’histoire de Menou le Herquelier, histoire authentique, à ce qu’on m’a assuré, en est une preuve, mais elle me remet en mémoire un fait divers surprenant qui vaut bien un conte. Écoutez-le donc, et que sainte Barbe vous protège !...

Vers 1900, l’Étang Bleu n’existait point encore. C’était un coin de forêt un peu marécageux. Les hommes de Rennes étaient venus et avaient dit que le terrain était riche en minerai de fer. Et l’on mit en chantier une mine, ou plutôt une carrière pour exploiter le minerai. Les hommes de Rennes recrutèrent des ouvriers un peu partout dans les environs, et un beau jour, on commença à creuser à coups de pelles et de pioches, histoire de débroussailler. Puis, enfin, on en vint à placer des mines pour faire sauter le rocher.

Celui qui était chargé des mines était un ancien artilleur originaire de Paimpont, du nom de Caro. Nul n’était mieux indiqué que lui pour accomplir ce travail. Il n’avait pas besoin de choses compliquées : une charge d’explosifs placée dans un trou, une mèche suffisamment longue à laquelle il mettait le feu ; on reculait derrière un rideau d’arbres, on se bouchait les oreilles et broum ! ... Il n’y avait plus qu’à recommencer ailleurs. Caro faisait plaisir à voir. Il se démenait comme un beau diable, donnait des ordres avec une voix rauque d’adjudant ; et lorsqu’il sortait son briquet pour allumer la mèche, il s’écriait :

— A vos pièces !... Feu !...

Or, ce matin là, Caro venait de faire sauter plusieurs quartiers de rocher quand le ciel s’assombrit, de grosses gouttes de pluie se mirent à cingler sur les feuilles des arbres.

On entendit au loin le roulement du tonnerre. Les hommes continuèrent cependant à déblayer, mais lorsque l’orage devint trop fort et la pluie torrentielle, force leur fut de s’abriter dans les cabanes qu’on avaient construites à l’usage du matériel.

Caro, lui, ne se souciait pas d’être mouillé ; il en avait vu d’autres à la guerre, devant les Prussiens. Il restait près de la porte d’une des cabanes, riant et plaisantant avec les ouvriers. Chaque fois qu’un éclair déchirait le ciel sombre, on l’entendait crier de sa voix félée :

— A vos pièces !... Feu !...

Et le tonnerre lui répondait immanquablement. Satisfait de lui, pénétré de l’orgueil de commander aux éléments, Caro soulevait son chapeau et faisait une pirouette. L’écho et l’orage dans la forêt murmuraient sinistrement et prolongeaient le cri de triomphe de l’artilleur.

— Caro ! clama l’un des ouvriers, viens donc te mettre à l’abri et ne fais pas le fanfaron ! Cela ne te portera pas bonheur !

Caro éclata de rire :

— Tu vois bien que c’est moi qui dirige le feu d’artifice ! Tiens, regarde !

Un éclair blanchit le chaos des roches éventrées.

— A vos pièces !... Feu !...

Mais alors, un autre éclair, accompagné d’un terrible craquement, jaillit en face de la cabane. Le cri de Caro se perdit dans le tumulte, et, frappé en plein par la foudre, Caro s’écroula, mort, sur le sol détrempé...

—  MARKALE, Jean, Contes et légendes de Brocéliande, Ploërmel, Les Éditions du Ploërmelais, 1961, 48 p. [pages 20-21] —


Bibliographie

MARKALE, Jean, Contes et légendes de Brocéliande, Ploërmel, Les Éditions du Ploërmelais, 1961, 48 p.