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1766-1903

Le Pont du Secret

Histoire et légende d’un toponyme

Le « Pont du Secret » est un lieu-dit de la commune de Paimpont. Ce lieu-dit a été le théâtre d’une bataille entre républicains et chouans en 1794. Il est associé, pour la première fois en 1903, à un épisode arthurien par le marquis de Bellevüe.

« Le Pont du Secret » est un lieu-dit situé à l’extrémité sud de la commune de Paimpont. Le lieu-dit est délimité par deux cours d’eau, l’Aff et le ruisseau de la Moutte. Deux ponts enjambent ces cours d’eau.

La plus ancienne mention

À notre connaissance, la plus ancienne mention du toponyme date de la reconstruction du pont sur l’Aff entre 1766 et 1768.

Guillaume de Roche et Antoine Robinet, entrepreneurs de la reconstruction du pont du Secret. 10 et 26 avril 1766, 3 juillet et 3 août 1768.

BOURDE DE LA ROUGERIE, Henri, PARFOURU, Paul et LESORT, André, Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 : États de Bretagne. Articles 3797 à 5444, Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, 1934.p. 456

Le toponyme « Pont du Secret » est absent de la carte de Cassini, réalisée vers 1783.

La Secouette Carte de Cassini

Le toponyme apparait sur le cadastre de 1823. Il désigne un hameau de quatre maisons (Section I 3 du Cannée. Parcelles 1153-1289).

Le Pont du Secret

Le pont des chouans

« Le Pont du Secret » a été le lieu d’un important affrontement durant la Révolution. Le 3 mai 1794, 3000 républicains sont attaqués par l’armée royaliste de Joseph de Puisaye. Cette bataille a durablement marqué les esprits.

Selon Baron du Taya, la duchesse de Berry, initiatrice de la chouannerie légitimiste de 1832, passa au Pont du Secret en 1827.

Dans les jours heureux de la restauration des Bourbons, Brocéliande retentit des cris de joie de ses riverains, lorsqu’une princesse bienaimée, Madame la duchesse de Berry, passa sur le pont du Secret en 1827. BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Brocéliande, ses chevaliers et quelques légendes, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1839, Voir en ligne. [Page 93]

Un article du Feuilleton du Globe de 1843 sur le camp du Thélin s’en inspire pour expliquer l’origine de ce toponyme.

Ces vastes terrains, tenant à la forêt de Pimpon, qui servit longtemps de refuge aux bandes de chouans, même dans ces dernières années, touchent le Pont du Secret. Ce lieu est ainsi nommé, parce que les chefs de bandes y donnaient le mot d’ordre à leurs émissaires. Ce pont est dans l’endroit le plus sauvage, le plus inaccessible. A sa vue on devine qu’il a été le théâtre d’horribles projets élaborés dans le profond silence inhérent au lieu. Aujourd’hui, la route de Vannes le sépare de la route de Pimpon.

L*****, « Le camp du Thélin », Feuilleton du Globe, 1843.

Les dessins de Charles de Tournemine

Le peintre Charles de Tournemine (1812-1872) 1 se rend au camp du Thélin en 1843. Il y peint plusieurs tableaux dont une œuvre intitulée :

  • Pont du Secret, 7 août 1843, camp de Plélan.

Lancelot et Guenièvre

Le marquis de Bellevüe

La plus ancienne mention de la rencontre entre Lancelot et Guenièvre au « Pont du Secret » en Paimpont, est due au marquis de Bellevüe en 1903. L’épisode littéraire est évoqué à plusieurs reprises dans le deuxième chapitre intitulé La forêt enchantée. Il y est cité en compagnie d’une quinzaine de sites légendaires de la forêt.

[...] « le Pont du Secret » où Lancelot reçut l’aveu de l’amour de la reine Guenièvre ; [...]

BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, la forêt druidique, la forêt enchantée et les romans de la table ronde, Rennes, Simon, 1903. [page 54]

Daniel Derveaux

Cette localisation reste ignorée des itinéraires touristiques jusqu’au début des années 1950, date à laquelle elle s’impose avec l’auteur et éditeur Daniel Derveaux (1914-2010) 2.

Au pont du Secret, sur l’Aff, là où la reine Guenièvre avoua son amour à Lancelot, Puisaye et ses chouans battirent, en 1794, 3000 républicains réguliers.

DERVEAUX, Daniel, De la Côte d’Émeraude à Brocéliande par la Rance : Voyage en Haute-Bretagne sur le territoire de l’évêché de Saint-Malo, Vol. 2, Saint-Malo, Editions d’art Derveaux, 1950. [page 96]

La Carte chasseresse et mythologique de Brocéliande. forêt de Paimpont diffusée à partir de 1958, puis rééditée en 1978, a consacré cette localisation.—  DERVEAUX, Daniel, « Carte chasseresse et mythologique de Brocéliande. Forêt de Paimpont », Paramé, Editions d’art Derveaux, 1958, Voir en ligne. —

Carte chasseresse et mythologique de Brocéliande
Carte chasseresse et mythologique de Brocéliande
—  DERVEAUX, Daniel, « Carte chasseresse et mythologique de Brocéliande. Forêt de Paimpont », Paramé, Editions d’art Derveaux, 1958, Voir en ligne. —
Daniel Derveaux

Daniel Derveaux édite deux ans plus tard une seconde carte qui reprend cette localisation de la légende. —  DERVEAUX, Daniel, « Carte de Brocéliande. Forêt de Paimpont », Paramé, Editions d’art Derveaux, 1960, Voir en ligne. —

Mentions de la localisation de la légende

Les premières mentions de la localisation de l’épisode légendaire commencent à fleurir dans l’édition à partir de 1961.

  • Henri Queffelec : 1961

    [...] le Pont du Secret, où la reine Guenièvre aurait avoué son amour à Lancelot du Lac, ne paie plus de mine, englouti dans une large route [...]

    QUÉFFELEC, Henri, La Bretagne intérieure, Hachette, 1961, 110 p. [page 12]
  • Xavier de Langlais : 1965

Xavier de Langlais évoque le Pont du Secret en Paimpont dans Lancelot, deuxième tome du Roman du roi Arthur. Dans le chapitre du Pont du Secret, Lancelot et Guenièvre s’avouent leur amour à proximité des Forges de Paimpont.

De peur qu’elle ne fasse quelque mauvaise rencontre, Lancelot la raccompagne jusqu’au carrefour des forges de Paimpont.

LANGLAIS, Xavier de, Le Roman du roi Arthur, Vol. 1, 2006, Spézet, Coop Breizh, 1965, 511 p. [ page 367]
  • Michel de Mauny : 1974

    Il [Lancelot] devient son amant après avoir reçu d’elle l’aveu de son amour au Pont du Secret, sur la route de Plélan à Ploërmel.

    MAUNY, Michel de, Légendes et vérités de la forêt de Brocéliande, Chateaulin, Jos le Doaré, 1974. [page12]

En 1996, Jean Markale, consacre un chapitre de son Guide spirituel de la forêt de Brocéliande au « Pont du secret ».

On ignore à quelle date l’épisode arthurien a été localisé à cet endroit. Il est fort probable que les « implanteurs » de légendes de la forêt de Paimpont se soient servis d’une appellation traditionnellement ancienne. S’agissait-il du souvenir d’un événement ancien lié à l’histoire du pays ? S’agissait-il d’une réunion secrète au temps de la Révolution ? Quoi qu’il en soit, le pont devait être très étroit à ce moment là et la rivière constituait une limite. Il était donc tentant d’intégrer là une des scènes les plus romantiques des aventures du beau Lancelot, le meilleur chevalier du monde, et de la reine Guenièvre, modèle de toutes les beautés et de toutes les vertus de ce royaume imaginaire d’Arthur.

MARKALE, Jean, Guide spirituel de la forêt de Brocéliande, Monaco, Éditions du Rocher, 1996. [Page 112]

Bibliographie

BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Brocéliande, ses chevaliers et quelques légendes, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1839, Voir en ligne.

BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, la forêt druidique, la forêt enchantée et les romans de la table ronde, Rennes, Simon, 1903.

BOURDE DE LA ROUGERIE, Henri, PARFOURU, Paul et LESORT, André, Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 : États de Bretagne. Articles 3797 à 5444, Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, 1934.

DERVEAUX, Daniel, « Carte de Brocéliande. Forêt de Paimpont », Paramé, Editions d’art Derveaux, 1960, Voir en ligne.

DERVEAUX, Daniel, « Carte chasseresse et mythologique de Brocéliande. Forêt de Paimpont », Paramé, Editions d’art Derveaux, 1958, Voir en ligne.

DERVEAUX, Daniel, De la Côte d’Émeraude à Brocéliande par la Rance : Voyage en Haute-Bretagne sur le territoire de l’évêché de Saint-Malo, Vol. 2, Saint-Malo, Editions d’art Derveaux, 1950.

L*****, « Le camp du Thélin », Feuilleton du Globe, 1843.

LANGLAIS, Xavier de, Le Roman du roi Arthur, Vol. 1, 2006, Spézet, Coop Breizh, 1965, 511 p.

MAUNY, Michel de, Légendes et vérités de la forêt de Brocéliande, Chateaulin, Jos le Doaré, 1974.

MARKALE, Jean, Guide spirituel de la forêt de Brocéliande, Monaco, Éditions du Rocher, 1996.

QUÉFFELEC, Henri, La Bretagne intérieure, Hachette, 1961, 110 p.


↑ 1 • Charles de Tournemine, né Charles-Émile Vacher de Tournemine, le 25 octobre 1812 à Toulon, où il est mort le 22 décembre 1872, est un peintre orientaliste français. Il fait une partie de sa carrière comme dessinateur au Ministère de la Guerre.

↑ 2 • Daniel Derveaux, né le 26 août 1914 à Paris et décédé le 14 novembre 2010 à Saint-Malo, est un artiste et éditeur d’art français.