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1857

Les lutins du château de Coëtbo

Une légende du Pays de Guer

Les lutins du château de Coëtbo est une légende du Pays de Guer publiée par Alfred Fouquet en 1857.

Trois légendes du pays Guer publiées par Alfred Fouquet

En 1857, Alfred Fouquet (1806-1875) publie trois légendes de la région de Guer dans un ouvrage consacré aux traditions populaires du Morbihan. —  FOUQUET, Alfred, Légendes, contes et chansons populaires du Morbihan, Vannes, Caudéran, 1857, Voir en ligne. [pages 82-90] —

Dans un chapitre intitulé Le Pays de Guer, Alfred Fouquet évoque la légende de saint Gurval, fondateur de la paroisse. Le château de Coëtbo, situé au sud de la commune de Guer, inspire la seconde légende. La troisième et dernière légende est une version de La bête de la Lohière, collectée sur la commune frontalière de Loutehel (Ille-et-Vilaine). —  FOUQUET, Alfred, « Le Pays de Guer », in Légendes, contes et chansons populaires du Morbihan, Vannes, Caudéran, 1857, p. 82-90, Voir en ligne. —

Le château de Coëtbo en Guer
Le château de Coëtbo en Guer

Le texte intégral des Lutins du château de Coëtbo

Si le bourg de Guer est fort laid, la contrée qui l’entoure offre en revanche des paysages pleins de charme. Les gazons verts, les champs dorés, les bois silencieux et les eaux vives y abondent. D’élégantes habitations, semées de tous les côtés dans la riante campagne, y donnent l’animation et ajoutent à ses attraits des attraits de plus.

De toutes ces habitations, la plus fastueuse sans contredit est l’ancienne demeure des marquis de Guer, le château de Coëtbo qui, assis à mi-pente d’une gracieuse colline dont les pieds se plongent dans l’Aff, semble contempler avec amour les vastes plaines et les terrains accidentés de Comblessac.

Ce beau château, qu’un incendie vient de consumer en partie, est plus agréable à voir qu’à habiter, car il est célèbre dans toute la contrée par les lutineries que des hôtes inconnus et invisibles ont fait supporter jusqu’à nos jours à tous ceux qui y ont résidé. Avant de t’en narrer quelques-unes, je te préviens, mon ami, qu’au moindre doute émis par toi, qu’au premier sourire d’incrédulité qui naitra sur tes lèvres, j’en appellerai à toute la population du pays, et te citerai vingt témoins oculaires et auriculaires qui te confirmeront, sous la foi du serment, si tu l’exiges, tout ce que je vais te dire. Si après cela tu ne crois pas, je m’en lave les mains !

Au lieu où s’élève Coëtbo existait jadis un vieux manoir dans lequel se plaisaient des lutins qui vivaient là fort paisiblement et en parfaite intelligence avec les propriétaires. Mais, au commencement du XVIIe siècle, quand le vieux manoir fut détruit pour faire place au beau château de nos jours, les lutins, furieux d’avoir été dérangés, se mirent à faire rage dans leur nouvelle résidence.

Se mettait-on à table ? les verres éclataient sans avoir été touchés ; les assiettes se brisaient dans les mains des convives !... Voulait-on se reposer ? les clefs des chambres n’étaient plus aux portes, et quelquefois on les retrouvait sur la margelle du puits, au milieu de la cour !.. Se couchait-on ? un vacarme infernal rendait le sommeil impossible.... Enfin, voulait-on se lever ? les habits avaient disparu ou tombaient en lambeaux à mesure qu’on s’en revêtissait !....

Un jour, des couturiers, sauf ton respect, étaient réunis au château pour y confectionner les hardes de noces d’un domestique qui se mariait. Ils avaient, suivant leur coutume, placé sous eux toutes les pièces du drap préalablement taillé ; mais quand ils voulurent reprendre ces pièces pour les assembler et les coudre, ils les trouvèrent déchirées en mille et mille morceaux !

Ces lutins endiablés ne respectaient ni hommes ni femmes, ni maitres ni valets, ni gens ni meubles, et l’on montre encore au château des portraits de famille lacérés par cette engeance maudite qui, acharnée surtout contre les habits, forçait souvent les gens à demeurer en chemise, seul vêtement qu’elle épargnât, par pudeur, sans doute !

Excédé de ces éternelles vexations, le seigneur châtelain fit venir un docteur en Sorbonne pour en rechercher les causes et y mettre fin ; le docteur y perdit son grec et son latin ! Le seigneur eut alors recours à son évêque qui vint de Saint-Malo à Coëtbo, hélas ! sans plus de succès. Enfin on s’imagina qu’une pauvre fille qui avait été recueillie par charité au château y avait jeté des sorts, et, sans pitié, on la chassa, mais les enragés lutins redoublèrent leurs méfaits, et les environs du château devinrent, comme le château lui-même, témoins de faits étranges. Ainsi, quand un homme à cheval passait près de Coëtbo, un lutin montait en croupe derrière lui et tourmentait cavalier et monture jusqu’à ce qu’il eût perdu de vue le château ; si c’était un piéton, le lutin s’élançait sur ses épaules et le traitait comme on traite un cheval ! C’est horriblement vexant, n’est-ce pas, d’être pris pour une bête ?

Éléments de comparaison

Une autre légende du Pays de Guer, Les lutins du moulin de la Hâtaie, publiée par l’abbé François Cadic en 1914, est à rapprocher de celle des Lutins du château de Coëtbo.—  CADIC, François, « Les lutins du moulin de la Hâtaie », La Paroisse bretonne, 1914. —


Bibliographie

CADIC, François, « Les lutins du moulin de la Hâtaie », La Paroisse bretonne, 1914.

FOUQUET, Alfred, Légendes, contes et chansons populaires du Morbihan, Vannes, Caudéran, 1857, Voir en ligne.