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1784-1854

Formon, Étienne Joseph de

Propriétaire des forges et de la forêt de Paimpont de 1841 à 1854

Étienne Joseph de Formon est un négociant actif dans la traite négrière de 1806 à 1827. Il réinvestit son avoir dans la construction d’un haut-fourneau à Missillac (Morbihan) en 1827 puis devient propriétaire des Forges et de la forêt de Paimpont de 1841 à sa mort en 1854.

Éléments biographiques

Originaire du Lyonnais, les Formon s’établissent près de Nantes, à Couëron, au moins dès le 16e siècle. Ils y demeurent jusqu’au dernier tiers du 18e siècle, lorsque Pierre-Joseph s’embarque pour Saint-Domingue.

PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier, L’argent de la traite ; milieu négrier, capitalisme et développement : un modèle, Aubier, 1996, 423 p. [ Page 18]

Pierre Joseph Formon (1748-1792) 1, s’installe à Saint-Domingue (Caraïbes) à partir de 1767. Il y rencontre Charles Marthe Chaveneau (†1825) 2 avec laquelle il se marie le 15 avril 1777, à Torbeck, (Saint-Domingue).

Leur fils Étienne Joseph nait le 15 décembre 1784 aux Cayes (Saint-Domingue). Il se marie le 5 novembre 1829, à l’église catholique Saint-Pierre (New-York, USA), avec Louisa Antoinette van Schalkwyck de Boisaubin Beauplan (1803- ?) 3, originaire d’une famille de planteurs guadeloupéens émigrée aux USA pendant la Révolution. Six enfants naissent de cette union.

  • Louise Amélie Catherine (1831-1832)
  • Marie Stéphanie Emma (1832-1893) 4
  • Étienne Louis Marie (1833-1913)
  • Marie Catherine Louise (1834-1875)
  • Henri Édouard Marie (1836-1837)
  • Henri Louis Marie (1839-1896) 5
Louisa Antoinette van Schalkwyck de Boisaubin
Louisa Antoinette van Schalkwyck de Boisaubin
Généanet

Étienne Joseph de Formon meurt le 12 octobre 1854 à Paris, 13 rue de Miromesnil, à l’âge de 69 ans.—  MARPEAU, Patrick, « Généalogie d’Etienne Joseph Formon », 2018, Voir en ligne. —

Négociant, armateur et négrier

Le 1er janvier 1804, l’indépendance de Saint-Domingue est proclamée par Jean-Jacques Dessalines (1758-1806) 6. L’abandon de l’ancienne colonie française par la Révolution puis l’Empire est vécue comme un traumatisme par les colons et les négociants français.

Leur rancœur à l’égard d’un gouvernement révolutionnaire jugé responsable de leurs problèmes est égale à l’ampleur des espoirs qu’ils avaient placés dans une île qui, jusqu’alors, était le premier producteur de sucre et de café du monde. La « génération de Saint-Domingue », regroupe ces hommes, quel que soit leur âge ou leur origine. Un même rejet d’une Révolution les ayant trahis, des périples invraisemblables, une volonté farouche de renverser la situation, par tous les moyens, expliquent leur prompt ralliement à la Restauration.

PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier (1996) op. cit. p. 192

Étienne Joseph Formon a 20 ans en 1805 et malgré l’exil, il s’imagine un avenir fait de fortune et d’aventures.

Lettre d’Étienne Joseph de Formon - 1805 Aussitôt que je saurai parfaitement l’anglais, j’irai travailler à New-York dans une maison très opulente de la connaissance de Mr Duvaud. Quand j’aurai été mis au fait du commerce de pays, j’y voyagerai comme subrécargue 7, c’est, m’a-t-on généralement dit, la voie qui conduit le plus rapidement à la fortune.

PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier (1996) op. cit. p. 171

En 1806, il est à la Guadeloupe, dont il devient consul américain l’année suivante. En 1814, on le retrouve à La Dominique où il travaille pour les Anglais. La même année, de retour en Guadeloupe, il se réjouit de la fin de l’Empire dans une lettre adressée à sa sœur.

Lettre d’Étienne Joseph de Formon à sa sœur Cathy - Pointe-à-Pitre - 5 août 1814

Les détails sur nos princes et la manière dont tout se passe en France m’ont charmé. Sais-tu que le rapport et la lecture de toutes ces scènes triomphales me tournent la tête ? J’y pense sans cesse, le jour, la nuit j’en rêve. Je partage, à la distance où je suis, les transports et enthousiasme de la joie publique. Je maudis mille fois les occupations qui me retiennent et m’ont empêché de partir, il y a six mois, pour aller voir naitre les événements que je soupçonnais déjà et qui ont amené la glorieuse Restauration [...]. Quoiqu’en ait coûté à mon cœur, j’avais pris la résolution de ne jamais paraitre en France [...] tant qu’elle [aurait été] gouvernée par Bonaparte [...] Aujourd’hui, le désir de vous revoir se joint à celui de rentrer en France.

PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier (1996) op. cit. p. 192

Étienne Joseph de Formon est de retour à Nantes dès le début de la Restauration. En 1815, il s’associe à des négociants nantais avec lesquels il tente de faire fortune en pratiquant la traite négrière illégale 8.

La reprise de la traite ne doit rien au hasard. Elle est le fait d’un fort noyau venu tout droit du 18e siècle. La rapidité de son essor s’explique aussi par la densité des contacts que les Nantais ont su conserver avec les Antilles depuis 1792. Ils montre qu’au delà de la traite, c’est un ancien système qui renait. Victor Lemasson de Rancé arme au moins sept négriers à partir de la Guadeloupe. Il y dispose d’une plantation, travaille avec les Nantais Formon et Levesque-Durostu.

PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier (1996) op. cit. p. 206

Dans le même temps, il place une partie de son avoir dans des banques américaines.

L’examen de papiers privés montre qu’Étienne-Joseph Formon, armateur à la traite illégale, se constitue un fonds de réserve aux États-Unis par l’achat d’actions de différentes banques.

CENTRE DE RECHERCHES SUR L’HISTOIRE DU MONDE ATLANTIQUE, Economie et société dans l’Ouest, Université de Nantes, 1990, 169 p., Voir en ligne.

Le 25 avril 1827, une nouvelle loi qualifie la traite négrière de crime et aggrave les sanctions envers les contrevenants. Dès lors, Étienne de Formon se lance dans une stratégie double : mener une carrière politique afin de défendre ses intérêts économiques tout en plaçant son avoir dans des projets métallurgiques en Bretagne.

1827-1830 — Une carrière politique

Étienne de Formon entame sa carrière politique durant le règne de Charles X - 1824-1830. Il se présente à la députation dans le 4e arrondissement électoral de la Loire-Inférieure (Savenay), dans les mois qui suivent le renforcement de la législation en faveur de l’abolition de la traite.

Il est élu député le 17 novembre 1827, par 54 voix sur 100 votants et 119 inscrits, contre 46 au comte de Quéhillac 9. Élu en compagnie du maire de Nantes Louis-Hyacinthe Levesque (1774-1840), il siège dans les rangs de la majorité ministérielle, au côté droit de la Chambre des députés des départements. Il prend notamment la défense du député d’Ille-et-Vilaine (arrondissement de Saint-Malo) Jean-Baptiste Garnier-Dufougeray (1768-1843), dont l’élection est annulée pour irrégularités graves, dans la séance du 15 mars 1828 10.

Le vendredi 3 juillet 1829, il s’exprime à l’assemblée sur le budget du ministère de la marine et des colonies. Dans son discours, Étienne-Joseph Formon apparait comme étant un légitimiste convaincu et un ennemi de toutes les libertés. Le pouvoir devant revenir au seul souverain, elles ne peuvent, dit-il, qu’être usurpées et dangereuses. Il se positionne ouvertement contre tout changement des distinctions sociales, fruit d’un savant équilibre. —  FORMON, Etienne de, Opinion de M. FORMON, député de la Loire-Inférieure, sur le budget du ministère de la marine et des colonies (section des colonies)-, prononcé dans la séance du vendredi 3 juillet 1829., Paris, Imprimerie veuve Agasse, 1829, 20 p. —

Il existe des distinctions de classes à classes. Ici, elles s’établissent parfois par l’éducation, mais le plus souvent par le rang, par les titres, et surtout par la fortune ; là, elles s’établissent par la couleur. Je ne prétends point décider quel mode est le plus raisonnable ; je ne juge point, je cite : mais je dirai que, pour en juger, il faudrait entrer dans la question approfondie des mœurs, des usages, de la nature des choses, des circonstances de temps, de lieu, de climat, et admettre qu’il y a danger de changer un ordre de choses établi [...] Offrez aux pauvres les biens des riches, aux plébéiens le rang et les titres des patriciens ; dites à tous ceux que les circonstances [...] ont placé dans un ordre inférieur de la société qu’ils n’ont qu’à demander pour passer dans les ordres supérieurs, et j’ose le dire [..] qu’aucun ne refusera, que beaucoup s’enivreront des illusions qu’on leur a présentées, et finiront par réclamer comme un droit ce qu’on ne leur offrait que comme un stimulant : c’est ainsi qu’on travaille aux révolutions.

Discours d’Étienne Formon à l’assemblée in BAJOT, M., Annales maritimes et coloniales, Vol. 12-14, Paris, Imprimerie Royale, 1929, Voir en ligne. Pages 251-253

Selon Olivier Pétré-Grenouilleau, sa vision du monde, proche de celle de Louis de Bonald (1754-1840) 11 et de Joseph de Maistre (1753 - 1821) 12, appartient au courant organiciste 13 dont certains éléments seront repris par l’Action Française 14. Étienne de Formon considère également que le commerce français doit être protégé et les colonies conservées et qu’en conséquence l’esclavage ne peut être aboli sans porter un coup fatal à leur économie.

Mais on n’a pas été moins injuste dans les déclamations auxquelles on s’est livré contre [les colonies] leur organisation sociale et leur régime intérieur.

Non, Messieurs, les maîtres (et j’appelle ainsi les propriétaires d’esclaves dans les colonies ), les maîtres ne sont point des tyrans pour leurs esclaves : il y a eu sans doute de mauvais maîtres [...] Mais que les exemples de mauvais maîtres soient rares, c’est ce que j’atteste ; et j’ai toujours vu le mépris public en faire une justice si sévère, qu’on eût pu croire que la société qui les repoussait vengeait sur eux la cause des maîtres offensés, plutôt que celle des esclaves opprimés. Que si l’on veut remarquer que la fortune des colons repose sur le travail et la conservation de leurs esclaves, on comprendra qu’à part toutes autres considérations, ils doivent les traiter humainement et en avoir soin ; mais la générosité et la bienfaisance, naturelles au caractère des colons, et que jamais voyageur qui ait visité ces contrées ne leur a refusées, viennent confirmer ces motifs [...]

Discours d’Etienne Formon à l’assemblée in BAJOT, M., Annales maritimes et coloniales, Vol. 12-14, Paris, Imprimerie Royale, 1929, Voir en ligne. Page 250

Le 11 juillet 1829, Benjamin Constant (1767-1830) 15 réagit au discours d’Étienne de Formon et s’élève à la Chambre contre les armateurs négriers.

S’il faut que la peine de mort existe, je la réclame contre celui qui organise la traite dans nos ports et qui fait froidement le calcul le plus atroce [...] C’est insulter la France que de comparer l’état de paysan à celui de nègre.

Discours de Benjamin Constant - séance du 11 juillet 1829

Ce à quoi Étienne de Formon répond :

Je n’ai point insulté la France en disant que les esclaves de nos colonies étaient plus heureux dans leur existence animale que le sont la plupart des paysans de France. Pendant dix à douze ans que j’ai habité les colonies, jamais je n’ai vu un mendiant. 16

Discours d’Étienne de Formon - séance du 11 juillet 1829

Le 16 mars 1830, il vote contre l’adresse des 221 17. Durant ce mandat, il accède à des distinctions officielles. En 1828, il est nommé Maître des requêtes au Conseil d’État par le gouvernement de Charles X. Il devient par ailleurs Chevalier de la Légion d’honneur le 28 octobre 1829. Le 25 juillet 1830, le roi le nomme Conseiller d’État en service extraordinaire 18.

Les sieurs de Formon et vicomte de Conny, maitres des requêtes, sont nommés conseillers-d’état en service extraordinaire, avec autorisation d’assister et de participer aux délibérations de notre conseil-d’état.

Arrêt de Charles X in LAMOTHE LANGON, Etienne-Léon baron de, Une semaine de l’histoire de Paris, Bruxelles, F. Canongette éditeur, 1830, Voir en ligne. Page 273

Le 23 juin 1830, Étienne de Formon est réélu à la Chambre des députés par 70 voix sur 128 votants et 138 inscrits. Mais sa carrière politique est interrompue par la Révolution de Juillet 19 et l’accession au pouvoir de Louis-Philippe - de la maison d’Orléans, branche cadette des Bourbons - le 9 août 1830. Légitimiste, il refuse de prêter serment au nouveau gouvernement et démissionne le 17 septembre 1830 20.—  ROBERT, Adolphe, BOURLOTON, Edgar et COUGNY, Gaston, Dictionnaire des parlementaires français : Fes-Lav, III, Paris, Bourloton éditeur, 1891, Voir en ligne. pages 28-29 —

1827-1840 — Premiers investissements dans la métallurgie

1827 — Un projet avec Louis-Hyacinthe Levesque

À partir de 1827, Étienne de Formon cherche à réinvestir une partie de ses capitaux dans des entreprises liées à la métallurgie. Dans un premier temps, il projette de s’associer à Louis Hyacinthe Levesque (1774-1840) dans la construction d’un haut-fourneau au coke de l’abbaye de Melleray (Sarthe).—  BELHOSTE, Jean-François, Les Forges du pays de Châteaubriant, Ministère de la culture, 1984, (« Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France, Pays de la Loire »), Voir en ligne. —

1823-1840 — Le haut-fourneau du Rodoir

Attiré par des prospections prometteuses en minerai de fer, Étienne de Formon se lance dans l’acquisition de la forêt de la Bretesche, située aux frontières du Morbihan et de la Loire-Atlantique.

Obtenant en octobre 1823, et à son grand avantage, la subrogation des droits des inventeurs, il reçoit ensuite facilement de l’administration ce que ceux-ci n’avaient jamais pu réussir à se faire accorder. Formon est libre d’effectuer des recherches plus poussées sur une étendue de 23 kilomètres, moyennant une rente annuelle de 5 centimes par hectare. Le directeur général des Ponts et Chaussées, qui est comme Formon, membre du Conseil d’Etat, va plus loin. Il écrit au préfet qu’il « n’y a pas lieu de restreindre et de gêner [les] recherches en effectuant à l’avance un périmètre déterminé. » L’auteur ajoute : « comme il est à désirer que Monsieur Formon exécute promptement ses recherches, je l’ai invité à avoir recours le moins possible à l’administration et à obtenir [...] au moyen d’accompagnement de gré à gré et, au fur et à mesure que les travaux se développent, le consentement des propriétaires de terrains. » Ces propriétaires, justement, se montrent récalcitrants. Formon écrit alors au nouveau préfet, son « très cher collègue », maître des requêtes : « J’ai la conviction qu’autorisé de manière vague et générale à faire ces fouilles [...] je n’éprouverais aucune opposition de leur part. » Il sollicite « un acte quelconque [l’autorisant] à faire ses recherches », ajoutant, « vous le ferez aussi vague que vous le jugerez nécessaire, et pourriez, pour éviter toute éventualité d’une responsabilité quelconque, y insérer d’une manière implicite, la condition de traiter avec les propriétaires. »

PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier (1996) op. cit. p. 293

En 1824, il fait réaliser des sondages profonds d’une dizaine de mètres par un ingénieur de l’École des mines de Saint-Étienne, révélant du minerai en quantité insuffisante. Le 5 août 1829, il obtient par ordonnance royale l’autorisation de construire un haut-fourneau à Nivillac (Morbihan), en bordure de la forêt de la Bretesche.

N.° 12,840.— ORDONNANCE DU ROI qui autorise le sieur Formon à établir un haut-fourneau pour fondre le minerai de fer sur l’étang du Rodoir, dans la commune de Nivillac ( Morbihan ). ( Saint-Cloud, 5 Août 1829.)

ANONYME, Bulletin des lois de la République Française, Vol. 11-12, Paris, Impr. Nat. des Lois, 1829, Voir en ligne. Page 559

Le haut-fourneau, de section circulaire et d’une hauteur de 12 m, est construit en contrebas de l’étang du Rodoir. L’installation comprend aussi une halle de coulée.—  DORNIC, François, Le fer contre la forêt, Ouest France, 1984, Voir en ligne. [ pages 120-122] — Le charbon de bois provient principalement de la forêt de La Bretesche et le minerai de Saint-Gildas-des-Bois (Loire-Atlantique). Les gueuses de fonte produites sont destinées aux Forges de Basse-Indre (Loire-Atlantique). —  LE SAVOIR-FER, « 56 - Morbihan - Le Savoir-Fer - Free », sans date, Voir en ligne. —

Il fait appel pour la construction et la direction de son établissement à l’élève-ingénieur des mines Besqueux. Malgré la présence d’un ingénieur, ce n’est pas un établissement très avancé sur le plan technologique. Si les débuts sont prometteurs, les difficultés surgissent notamment quand Basse-Indre suspend ses activités, mais aussi par insuffisance de réserve hydraulique, malgré l’installation compensatrice d’une machine à vapeur de 12 CV en 1835. Des difficultés internes, un procès entre le fermier et le propriétaire en 1839, après le départ de Besqueux, un manque de charbon de bois et une tentative infructueuse de fabriquer des poteries ont raison de l’activité [...].

ANDRÉ, Bernard, « La naissance d’une métallurgie au bois sous la Restauration dans le Morbihan : les fondateurs et leurs intentions », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 96 / 2, 1989, p. 171-182, Voir en ligne.

En 1840, il vend son domaine, comprenant, la forêt de la Bretesche, le château et les installations métallurgiques à un dénommé Peyron qui épuise les stocks en deux ans avant d’éteindre définitivement le fourneau en 1844.

Dans le même temps, il achète la propriété de « La Crilloire » sur la commune de Toutlemonde (Maine-et-Loire), dans les environs de Cholet. Pour 200 000 francs, il y fait élever un château sur une petite hauteur éloignée d’à peine 400 mètres d’une ancienne bâtisse médiévale. Fervent catholique, il y fait bâtir une chapelle privée, bénie en 1848. — PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier (1996) op. cit. p. 240 ; 261 —

Le chateau de La Crilloire construit par Etienne de Formon à partir de 1844
Le chateau de La Crilloire construit par Etienne de Formon à partir de 1844

1839-1854— Sociétaire des Forges Havraises

Étienne de Formon acquiert par ailleurs seize actions des Forges Havraises pour 12 000 fr, soit 4% du capital de cette société anonyme fondée en 1839. Les Forges Havraises ont notamment pour objet la fonte des minerais de cuivre de toute nature, et la fonte des cuivres bruts des mers du Sud, des États-Unis, etc. avec pour débouchés, les villes du Havre, Paris, Rouen, Bordeaux, Lille, Nantes, Villedieu, etc. 21. —  ANONYME, Dictionnaire du commerce et de la navigation - H-Z, Vol. 2, Paris, Librairie Guillaumin et Cie, 1873, Voir en ligne.Page 35 —

1841 — L’achat de la forêt de Paimpont

En 1840, le système de la copropriété est remplacé par celui de la société par actions, en cela on ne fait que suivre le mouvement général. Puis en 1841, ces actions passent aux mains d’un seul homme. C’est alors l’apogée des forges de Paimpont.

DENIS, Michel, « Grandeur et décadence d’une forêt. Paimpont du XVIe au XIXe siècles », Annales de Bretagne, Vol. 64 / 3, 1957, p. 257-273, Voir en ligne.

1839-1841 — La liquidation de la Société des Forges de Paimpont

En 1839, le sieur d’Andigné de la Chasse, actionnaire de la Société des Forges de Paimpont, notifie à plusieurs de ses coassociés sa volonté de faire cesser la société. Ces derniers ne contestent pas sa demande, stipulant toutefois qu’ils entendent être affranchis de toutes les conséquences des irrégularités de procédure qu’a pu commettre le sieur d’Andigné en n’appelant pas en cause tous les coassociés.

Un jugement du 1er août 1839 ordonne la liquidation et la licitation des biens sociaux de la Société des Forges de Paimpont sans toutefois prononcer sa dissolution. L’expertise et la liquidation sont poursuivies en exécution de ce jugement, et la vente par adjudication fixée au 23 août 1841.—  CUENOT, Stephan, Journal du Palais. Recueil le plus ancien et le plus complet de la jurisprudence francaise, Vol. 1, Paris, Impr. Lange Levy, 1846, Voir en ligne.Page 219 —

Novembre 1841 — La vente par adjudication de la Société des Forges de Paimpont

La vente par adjudication de la Société des Forges de Paimpont, annoncée par la presse régionale, nationale et internationale 22 a lieu le 23 août 1841 au tribunal de Montfort-sur-Meu. Suite à l’absence d’enchères, une vente en dessous de l’estimation est fixée au mercredi 3 novembre.

Le 3 novembre 1841, quelques heures avant la vente par adjudication, Étienne de Formon est à Rennes pour négocier l’achat de 23 des actions des forges de Paimpont, au marquis d’Andigné. Il convient d’un accord au prix de 22 000 fr. chacune, soit 506 000 fr. Lorsque l’audience des criées du tribunal de Montfort commence, Étienne de Formon, est donc déjà propriétaire de 23 % des actions de la Société des Forges de Paimpont.

Le 3 novembre 1841, les propriétaires sont rappelés en plusieurs listes, avant l’adjudication dont les enchères requièrent l’allumage de 30 bougies, la première enchère venant à 1,8 million de M. Bernard, enchère couverte par M. Lebret 23, et ainsi de suite jusqu’à la dernière de M. Bernard à 2,4 millions.

TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.

Le 6 novembre 1841, M. Bernard révèle qu’il a porté l’enchère au nom de monsieur Étienne Joseph Formon, propriétaire, membre de la Légion d’honneur, ancien membre du Conseil d’État et de la chambre des députés, demeurant à Paris, 4 rue du Marché d’Aguessan 24. Cette acquisition en deux temps lui a permis de rendre la vente par adjudication moins attractive pour ses concurrents. Elle lui permet aussi de faire baisser le prix des Forges à 2 400 000 fr au lieu des 2 745 000 fr fixés initialement.

1841-1845 — Six années de procédures

Ces deux acquisitions en date du 3 novembre 1841 ont aussi des conséquences juridiques. Elles entrainent une procédure entre la régie de l’enregistrement et Étienne de Formon. L’administration prétend percevoir une taxe de 5,5 % sur l’acte de cession d’actions soit 27 830 fr à payer en supplément pour le nouveau propriétaire des Forges. Étienne de Formon en appelle au tribunal de Rennes qui rejette son recours le 19 mars 1844. Il se pourvoit en cassation et obtient gain de cause le 6 août 1845 25.—  COUR DE CASSATION, « Art. 12458 - ACTION-ACTIONNAIRE. — SOCIÉTÉ, — DISSOLUTION, - VENTE. (CONTRAT DE) . — ENREGISTREMENT. », Journal des notaires et des avocats, LXVIII, 1845, p. 140-145, Voir en ligne. Page 140  —

Le nouveau propriétaire des Forges de Paimpont

Décembre 1841 — Doutes et tergiversations

Étienne de Formon, nouveau maitre de cette importante et magnifique propriété, considère les Forges de Paimpont comme un investissement où placer son avoir. Dans les premiers mois de son acquisition, il songe à toutes les éventualités. Il écrit à l’un de ses amis qu’il ne souhaite garder la forêt que le temps de lui payer 5 % d’intérêt, puis de la revendre avec une importante plus-value.— PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier (1996) op. cit. p. 294 —

Dans une lettre adressée à l’inspecteur des Forges Félix Guillotin (1788) 26 - rédigée à Nantes le 12 décembre 1841 - il révèle des intentions similaires.

Je réfléchis continuellement à mon acquisition de Paimpont, et ne pouvant pas encore avoir de parti pris sur ce que je ferai à ce sujet ; ne devant pas en prendre de définitif avant le printemps, j’envisage les choses dans toutes les alternatives qu’elles présentent et je vise à l’améliorer dans les divers rapports ; ainsi, dans l’hypothèse où je dusse conserver j’ai préparé des débouchés imposans pour certains fers de qualités supérieures [...] J’ai même reçu des propositions pour location ; mais je conçois fort bien qu’il faut que j’arrive à Paris avant de rien décider, et qu’il faut que j’aie décidé le parti à suivre, pour donner cours à de telles propositions. Je prends note des personnes et me renseignerai sur elles. D’un autre côté et dans l’alternative de la revente, j’écoute sans les repousser, les ouvertures qui me sont faites, me contentant de renvoyer la question à l’époque prochaine (dans deux ou trois mois) où j’aurai pris un parti. En attendant, j’apprécie à quoi je puis prétendre et où j’arriverais si je me décidais à revendre. Monter l’affaire en une société en commandite aurait un succès complet. Tout cela est à peser, à considérer, pour ne prendre que le parti qui ne laisse pas de regret près l’avoir pris 27

Dossier 22 Archives du S.I.V.U. « Forges et Métallurgie en Brocéliande » — Transcription Guy Larcher

Ces deux lettres font écho à la stratégie opportuniste d’investissement d’une partie des négriers nantais, mise en évidence par Olivier Pétré-Grenouilleau.

Cela suffit-il pour en faire un industriel ? [...] En fait en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de véritable projet industriel. Formon se contente de valoriser des situations, des avantages ponctuels. C’est par exemple, la possession de 1000 hectares de forêts qu’il ne faut pas sous-estimer. C’est aussi le fait de disposer de puissantes relations. Cette « rente de situation » dont bénéficient nombres de négriers lui permet de réaliser des coups d’éclats. Formon n’agit pas en industriel, mais en spéculateur et négociant.

PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier (1996) op. cit. p. 292

1842 — Un grève des bûcherons

En janvier 1842, la cinquantaine de bûcherons employés à préparer le bois avant sa transformation en charbon entame un mouvement de grève.

Lettre de l’inspecteur des Forges Guillotin à Étienne Formon — 20 Janvier 1842.
Les ouvriers commencent enfin à reprendre le travail du bûchage ; ce matin il y avait une cinquantaine de haches dans l’atelier de haute forêt. Celui de basse forêt est encore désert, mais si je suis bien informé, il y retournera lundi prochain, une dizaine de bûcherons, forcés par le besoin de braver les menaces de la cabale.

Dossier 21 Archives du S.I.V.U. « Forges et Métallurgie en Brocéliande »

Mouvement auquel Étienne de Formon répond par la fermeté.

Lettre d’Étienne Formon au directeur des Forges Guillotin — Paris le 31 janvier 1842.

Je suis bien aise que les bûcherons récalcitrants aient repris leur travail. S’ils veulent se conduire comme ils doivent le faire, j’ose croire qu’ils n’auront jamais qu’à se féliciter de travailler pour moi ; mais je sais qu’à chaque mutation de propriétaire, les gens de peine veulent toujours essayer les nouveaux venus. Ils verront qu’il n’y a rien à gagner avec moi, par de tels moyens. 28

Dossier 23 Archives du S.I.V.U. « Forges et Métallurgie en Brocéliande » - Transcription Guy Larcher

Conflits d’usages

Étienne de Formon donne dès 1841 des consignes pour que les gardes forestiers fassent régner l’ordre auprès des usagers de la forêt.

Je vous engage à tenir la main à la répression des délits de chasse et de pacage, et à activer le service des gardes, ce sera toujours par écrit que je donnerai quelques permissions de chasse, exceptionnelles.

Lettre de M. Formon en date du 12 décembre 1841 in — Dossier 22 Archives du S.I.V.U. « Forges et Métallurgie en Brocéliande »

Dans un brouillon non daté, le garde général du domaine rend compte de la répression ordonnée par le nouveau propriétaire.

Le service des gardes qui est bien réveillé depuis les ordres que vous m’avez chargé de leur donner ne laisse aucun repos aux délinquants, les gardes de la Fenderie et du Buisson s’étant aperçus que l’on coupait nuitamment de la litière dans les coupes de Beignon et du Brulis non déclaré défensable, y ont fait des tournées nocturnes, & ont pris en délit plusieurs personnes dont quatre vont être traduites en police correctionnelle. Toutes ces poursuites ont fait ouvrir les yeux aux [...] qui plusieurs fois ont agité la question de transaction dont j’ai déjà eu l’honneur de vous entretenir, mais la généralité de la commune ne veut pas en entendre parler.

Brouillon d’un rapport sur les gardes à M. Formon in — Dossier 14/2 Archives du S.I.V.U. « Forges et Métallurgie en Brocéliande »

Le premier délit forestier - pour enlèvement de bruyère - condamné sur sa requête est daté du 7 janvier 1842 29. —  TIGIER, Hervé, Mauvais coups et Coups du sort de Paimpont et du canton de Plélan au Tribunal de Montfort, Auto-édition, Paimpont, 2012, Voir en ligne. [page 146] —

Le 16 novembre 1843, Étienne de Formon se porte partie civile pour un autre délit forestier.

Macé Jeanne, femme de René Chesnay, ménagère à la Ville Danet. Condamnée le 22 décembre 1843 pour avoir coupé deux pins dans "le Hayé de Paimpont" et d’en avoir enlevé deux autres déjà coupés le 16 novembre dernier à 14 francs d’amende, à 9 francs 30 centimes de dommages et intérêts et aux dépens par corps. Perron Jean François, directeur des forges. Plaignant pour un délit forestier commis le 16 novembre 1843. Formon Étienne Joseph, propriétaire des forges et forêt de Paimpont. Paris. Partie civile pour un délit forestier commis le 16 novembre 1843.

TIGIER, Hervé, Mauvais coups et Coups du sort de Paimpont et du canton de Plélan au Tribunal de Montfort, Auto-édition, Paimpont, 2012, Voir en ligne.

De 1842 à 1853, le nouveau propriétaire embauche des gardes forestiers - parmi lesquels des militaires en reconversion - pour faire appliquer ses nouvelles consignes 30.

La contestation de l’usage de chemins forestiers de Saint-Péran

À partir de 1843, Étienne de Formon conteste aux habitants du massif l’usage de chemins forestiers.

Le 27 mars 1843, le maire de Saint-Péran alerte le sous-préfet d’Ille-et-Vilaine sur les agissements du propriétaire des forges qui sème dans les chemins qui gênent tous le publique. Il lui demande d’assigner Étienne de Formon afin qu’il réponde de ses actes.— Lettre du maire de Saint-Péran au sous-préfet du 27 mars 1843 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

En 1845, c’est toutefois Étienne de Formon qui assigne la commune de Saint-Péran en justice, lui contestant la possession de neuf chemins traversant la forêt de Brécilien en différentes directions. Il décide de fermer l’accès à certains de ces chemins par des clôtures et de proposer d’autres voies aux usagers des villages forestiers. — 3U 2 3029, le 11 octobre 1847 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Le 3 mars 1845, le juge de paix de Plélan dresse un procès-verbal à Jean Hervot, laboureur à la Brunetais en Treffendel pour avoir emprunté une voie de la forêt et même pénétré dans la forêt à des passages impraticables. Le 11 avril, c’est pourtant Étienne de Formon qui est condamné à payer les frais de la procédure faite contre Jean Hervot, soient 15 francs 75 centimes. Le propriétaire des Forges fait appel le 19 avril. Le 8 mai, la Cour d’appel de Rennes ne confirme pas le jugement considérant que le juge de paix de Plélan est saisi par ailleurs de la connaissance du litige portant sur la propriété du terrain. 31—  TIGIER, Hervé, Mauvais coups et Coups du sort de Paimpont et du canton de Plélan au Tribunal de Montfort, Auto-édition, Paimpont, 2012, Voir en ligne. Page 149 —

Des experts sont alors dépêchés par la cour d’appel de Rennes afin de savoir qui de la commune de Saint-Péran ou d’Étienne de Formon est le propriétaire des chemins litigieux.

En présence de Mr. Duval, directeur de l’usine et de deux gardes de la forêt, les experts conviennent de dresser un plan à partir du plan cadastral et de leur visite des lieux, précisant qu’ « il fallait non seulement y tracer les chemins contestés, mais encore ceux non contestés, même la nouvelle grande route et le chemin vicinal de Treffendel, en un mot, tout le système de communication existant dans cette partie de forêt ; renseignements manquant presqu’entièrement au cadastre...

TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.

La question pour les experts est notamment de savoir si les chemins sont indispensables ou seulement utiles pour les communications, et si les habitants en ont d’autres qui pourraient suffire à leurs besoins.

Concernant les semis dénoncés par le maire de Saint Péran en 1843, Etienne de Formon répond alors - nous sommes en 1845 - que le chemin incriminé n’était pas contesté et que ce n’était que par une erreur du seul fait des ouvriers employés aux ensemencements des parties vagues que quelques potées avaient été ensemencées dans ce trajet et que cela était sans aucune conséquence.

Un jugement du tribunal de Montfort du 18 septembre 1846 clôt l’affaire en tenant compte de l’avis des experts 32.

La contestation de l’usage de la route Plélan-Saint-Méen

Le 7 mai 1843, le conseil municipal de Paimpont se réunit pour discuter de la création de la route n° 10 de grande communication de Plélan à Saint Méen.

Le conseil municipal considère que l’ancien tracé - passant par la lande de Paimpont, le Château du Bois, la Gelée et la forêt de Paimpont - est trop coûteux. Il préconise de la faire passer par le chemin vicinal marqué n° 2 de l’état étant donné que, les terrassements en sont à peu près faits et même une grande partie des empierrements. Le principal avantage de cette proposition est de faire passer cette importante voie de communication par le bourg de Paimpont, alors en construction. Quatorze voix sur dix-sept se prononcent favorablement à ce nouveau tracé 33. — Délibération du conseil municipal de Paimpont du 7 mai 1843 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

En novembre 1844, une pétition émanant des forges concernant le chemin vicinal de grande communication n° 10 de Plélan à Saint Méen (Mr. Perron représentant, Mr. Formon propriétaire) est adressée au conseil municipal de Paimpont .— Délibération du conseil municipal de Paimpont du 24 novembre 1844 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

En septembre 1847, Étienne de Formon propose l’aide d’ouvriers des Forges pour accélérer les travaux de construction de la route n°10.

Pour accélérer la confection de la route de Plélan à Paimpont, j’ai autorisé le sieur Métayer entrepreneur de ladite route à employer une vingtaine d’ouvriers attachés à la forge, le travail a été vite et bien fait.

Lettre d’Edmond Duval, directeur des Forges au sous-préfet du 19 septembre 1947 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.

Pourtant, le propriétaire des Forges pense être lésé par l’existence de cette nouvelle voie de communication. Le 23 septembre 1847, il fait une réclamation en préfecture afin d’obtenir une indemnité pour le droit qu’il dit avoir d’extraire, s’il y en a, du minerai de fer dans le terrein compris entre la chaussée de l’étang de Paimpont et le Bois de la Moutte, terrein dont une partie est occupée par le chemin de grande communication n° 10. — lettre du préfet au sous-préfet du 23 septembre 1847 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

En décembre 1848, deux marchés concernant le redressement de la route n° 10, sont proposés au conseil municipal de Paimpont par Étienne Formon d’une part, et le baron Pierre de Moncuit (1760-1850), propriétaire du bois de la Moutte d’autre part. — Délibération du conseil municipal de Paimpont du 31 décembre 1848 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. — C’est finalement Mr de Moncuit qui remporte le marché et démolit 75/00/00 de taillis pour le chemin de Saint Méen-Plélan en 1849—  TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

1843-1846 — L’acquisition de la lande du « Pré Bouvier »

Lors du conseil municipal du 7 mai 1843, trois élus de Paimpont proposent pour la route Plélan-Saint-Méen un itinéraire passant par Telhouët et Gaillarde. Cet itinéraire finalement rejeté par le conseil, devait passer par la lande du Pré Bouvier, un landier de soixante douze ares situé à Gaillarde.

Les soussigné membre du conseille municipal présent à la séance pence que ce qui est certin que la direction la plus courte pour la routte de grande communication de Plélan à St Méen serait de passer par le Gué par Thellouet et par la lande du Pré Bouvier pour rejoindre celle qui est tracée sur le Lohy ? commune de Concoret parce que cette direction serait avantageuse aux vilages de Thellouet et Trudo lesquelle ont faits de très grands sacrifice étants très etandu et très peuplé.— Délibération du conseil municipal de Paimpont du 7 mai 1843 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Au début de l’année 1845, Étienne de Formon se porte acquéreur de cette lande. Le 29 janvier, des habitants de la Ville Danet portent plainte contre le propriétaire des Forges. Le préjudice porte notamment sur les arbres du « Pré Bouvier » employés aux besoins de la commune notamment à faire des ponceaux sans que les propriétaires de la forge d’alors aient à faire aucune opposition à un acte aussi flagrant de propriété. Après enquête, il apparait qu’une erreur aurait été commise par le géomètre ou le contrôleur des contributions directes.

Le 15 mai 1845, le conseil municipal examine à nouveau la contestation du Pré Bouvier. Quinze jours plus tard, il rejette les arrangements proposés par M. Perron, directeur des Forges pour Étienne de Formon. — Délibérations du conseil municipal de Paimpont du 15 mai et du 1er juin 1845 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Le 25 août 1845, le conseil de préfecture donne au conseil municipal de Paimpont l’autorisation d’ester en justice à propos du Pré Bouvier.— Délibération du conseil municipal de Paimpont du 25 août 1845 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Le 13 septembre 1845, M. Perron déclare, dans une lettre adressée au conseil municipal, qu’il a commencé l’ensemencement de la lande du pré Bouvier et de la lande des Aulnais située au pont des Perrières proche le village de Liderho.— Délibération du Conseil municipal de Paimpont du 17 mai 1846 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

En mai 1846, le juge de paix de Plélan propose une tentative de transaction avec Étienne de Formon pour un partage du pré Bouvier selon sa valeur et non selon son étendue. — Délibération du Conseil municipal de Paimpont du 10 mai 1846 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Le 25 février 1847, une délibération du conseil municipal mentionne le report de toute décision pour les suites à donner au procès perdu au possessoire concernant le Pré Bouvier. — Délibération du Conseil municipal de Paimpont du 25 février 1847 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

1845-1849 — L’ensemencement de la lande de Paimpont

Étienne de Formon entreprend de drainer, semer et planter dans des parcelles forestières, notamment dans la lande de Paimpont, située au nord du bourg.

En 1845, le propriétaire des Forges entame des travaux de drainage de la lande de Paimpont en créant une rigole de 900 mètres de long pour augmenter l’alimentation en eau de l’étang de Paimpont, ce qui entraine une procédure de justice entre Étienne de Formon et le sieur Métayer, un des propriétaires de la lande. Le 10 avril de la même année le tribunal de Montfort rend son jugement entre le Sieur Julien Métayer, propriétaire, et Mr. Formon, propriétaire à Paris, relativement à l’écoulement des eaux de la lande de Paimpont vers l’étang du même nom, en présence de M. Radenac, garde général des bois de Mr. Formon. 34— 3U 2 3029 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Par ailleurs, le projet d’ensemencement de la lande entraine une procédure entre la municipalité de Paimpont et Formon. Le 5 septembre 1845, le maire alerte le sous-préfet afin d’user du bénéfice de l’article 113 de cette loi [3 frimaire an VII] qu’il est dans l’intention de faire des semis et des plantations dans toutes les landes, vagues et clairières de sa propriété.— Lettre du maire de Paimpont au sous préfet du 5 septembre 1845 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Une autre lettre du maire de Paimpont au sous-préfet en date du 13 février 1846 fait mention de quelques parcelles dont la commune pourrait être propriétaire et sur lesquelles Étienne de Formon a fait semer. —  TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Le 17 juin 1847, le tribunal de Montfort rend son verdict au sujet de deux chemins dont la direction a été changée par suite de clôtures établies par Mr. Formon dans la lande de Paimpont lui appartenant. Il est procédé à une expertise en présence de M. Duval, directeur et de M. Radenac, garde général. — 3U 2 3029 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Le 7 novembre 1847, un membre du conseil propose que M. Formon fasse en premier la démarche concernant le projet de transaction pour les contestations faites par la commune vis-à-vis des forges. Contre l’avis d’un membre, le conseil décide de ne pas profiter du jugement du juge de paix concernant la revendication par M. Formon de la parcelle n° 13 section B.— 3U 2 3029 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Le 22 juin 1848 35, des usagers de la lande de Paimpont s’opposent violemment aux travaux de M. Formon.

Formon Sieur, propriétaire des forges et forêt de Paimpont. Se déclare partie civile le 5 janvier 1849 contre les prévenus Rolland et Toussaint Buis, Pierre Clement et la Veuve Roulin suite à la destruction de clôtures, au pacage de plusieurs bêtes et à l’arrachage de plants, dans l’opération menée autour d’un drapeau de ralliement planté dans la lande de Paimpont le dimanche 22 juin 1848 et la nuit précédente.

TIGIER, Hervé, Mauvais coups et Coups du sort de Paimpont et du canton de Plélan au Tribunal de Montfort, Auto-édition, Paimpont, 2012, Voir en ligne. Page 153

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1850-1851 — Le défrichement de la Haute-Forêt

En 1850, Étienne de Formon fait la demande en préfecture d’un défrichement de 2784 sur 6448 [hectares], c’est-à-dire presque la moitié des deux forêts. Il invoque pour appuyer sa demande les problèmes économiques rencontrés par les Forges, considérant que l’avilissement actuel du prix du fer et les difficultés de toute espèce éprouvées dans les transactions auxquelles donnent lieu sa fabrication et sa vente constituent les véritables motifs de la demande présentée par M. Formon— Lettre du préfet du 24 septembre 1850 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

Une pareille demande ne s’explique de la part d’un industriel aussi éclairé que M. de Formon que par l’état de souffrance de son industrie métallurgique, que par la menace de ruine qui pèse sur l’établissement des forges de Paimpont 36.

Lettre non signée du 23 janvier 1851 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.

Sa requête déclenche de vives réactions, notamment du maire de Gaël qui redoute un changement climatique ainsi qu’une perte en apport hydraulique pour les cultures et les moulins.

Détruire la forêt de Paimpont aurait probablement pour effet de modifier brusquement le climat du pays environnant et révolutionner leur culture [...] la forêt de Paimpont est ainsi un réservoir puissant d’alimentation des étangs et des cours d’eau qui en dérivent [...] employée non seulement par les forges de Paimpont, mais [...] par les 33 moulins situés en aval sur une longueur de 5 myriamètres. Que deviendront toutes ces usines si la force motrice vient à manquer ? 37

Lettre non signée du 23 janvier 1851 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.

Mais Étienne de Formon parvient à faire valider le défrichement, décision à laquelle le préfet d’Ille-et-Vilaine tente de s’opposer : J’ai réclamé auprès de M. le ministre des finances contre la décision du 6 décembre 1850 qui a autorisé le défrichement de 2250 hectares de la forêt de Paimpont appartenant à M. Formon. — Lettre du préfet au sous-préfet du 1er décembre 1851 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

1853-1855 — Investissements bancaires

Le 5 février 1853 Étienne de Formon devient sociétaire de la banque de la Martinique en tant que liquidateur des activités de la maison Lévesque Durostu et Cie de Nantes, pour 14 964,27 fr.—  ANONYME, « Liste des cent cinquante plus forts indemnitaires liquidés appelés à composer l’Assemblée générale de la Banque de la Martinique. », Bulletin officiel de la Martinique, Vol. 1, 1853, Voir en ligne. —

Le 20 novembre 1855, ses biens après décès sont inventoriés au registre des actes civils publics du 1er bureau de l’enregistrement des actes des notaires à Paris (vol. 211, f° 115). — 3Q 27 332 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. — On y note parmi les détails chiffrés :

  • produit d’actions de la Guadeloupe
  • produit de 10/16e de 20 actions de la banque de la Martinique
    Masse active : 3 321 135,94

1855 — La vente du Domaine de Paimpont

Étienne Joseph de Formon meurt le 12 octobre 1854 à Paris, 13 rue de Miromesnil. Le 7 novembre 1855, sa veuve Louisa Antoinette van Schalkwyck de Boisaubin vend le domaine (6509 ha) et l’usine à MM. Seillière, banquiers à Paris pour la somme de 2 500 000 Fr.—  LEVESQUE, Jérôme, Les Levesque de la fin du XVIIe siècle à nos jours, Les Forges de Lanouée, 2004. [pages 105] —

Tous ses biens en Paimpont sont évalués dans l’inventaire du 6 novembre 1854 (Maitre Duclos, Rennes).

Meubles : 498 158,16 francs, dont 229 864,61 pour lesquels les droits restent à payer.

  • droits réglés à Paris pour 246 848,28 et pour 10 351 francs d’argent comptant inventoriés à Paimpont.
  • 8 064 francs à Rennes pour minerais déposés à la Motte au Chancelier.
  • 3 030 francs à Guer pour minerais déposés.

Immeubles : la propriété des forges et de la forêt de Paimpont.

  • 1. La forêt haute contenant environ 2795 hectares, estimée de revenu annuel, futaies et baliveaux, la somme de 24 000 francs
  • 2. La forêt basse, futaies et baliveaux, contenant environ 2814 hectares, revenu annuel de 26 000 francs
  • 3. La forêt centrale, comprenant la Lande de Paimpont, toute située en cette commune, contenant 830 hectares, revenu annuel 8 000 francs.

En la commune de Plélan :

  • La forge avec toutes les dépendances, tous les logements d’employés et ouvriers, la scierie, la petite forge, les prairies, les jardins, toute la portion en Plélan, contenant environ cent soixante hectares, revenu annuel 23 000 francs.
  • La cantine, auberge sur les dépendances des forges en Paimpont loués verbalement à la Veuve Roulois pour la somme annuelle de 600 francs.

En la commune de Paimpont

  • La métairie du Bruly en Paimpont affermée verbalement à Saulnier (30 hectares) moyennant un fermage annuel de douze cents francs réduit à 1160 francs depuis la vente authentique de prés en Beignon.
  • Le Château du Bois, petite ferme contenant environ un hectare soixante centiares loué verbalement aux soeurs de Paimpont pour soixante francs par an.
  • La Mère-Fontaine, petite ferme d’environ 5 hectares, loué verbalement à Alix et Lecoq pour cent dix francs.
  • La Noë-Perray, terre de 70 ares affermée à Dutay pour 14 francs.
  • Les sept maisons de garde et dépendances dont une en Saint Péran et les autres en Paimpont, évaluées 350 francs de revenu annuel.
  • Le moulin de la Ruisselais et dépendances en Plélan et Paimpont, loué verbalement à la Veuve Troch pour la somme annuelle de 500 francs.
  • Le moulin de la Fonderie (sic) en Paimpont affermé à Nevot suivant bail du 30 décembre 1848, enreg. à Montfort le 11 janvier suivant pour la somme annuelle de 1000 francs.
  • La métairie de la Motte en Saint-Thurial contenant environ 50 hectares affermée verbalement à Paratte pour la somme annuelle de 750 francs.

Total du revenu des acquêts : 85 544 francs, soit au capital 1 710 880 francs.— 3Q 27 332 -13 juillet 1855 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —


Bibliographie

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ANONYME, « Liste des cent cinquante plus forts indemnitaires liquidés appelés à composer l’Assemblée générale de la Banque de la Martinique. », Bulletin officiel de la Martinique, Vol. 1, 1853, Voir en ligne.

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DENIS, Michel, « Grandeur et décadence d’une forêt. Paimpont du XVIe au XIXe siècles », Annales de Bretagne, Vol. 64 / 3, 1957, p. 257-273, Voir en ligne.

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FORMON, Etienne de, Opinion de M. FORMON, député de la Loire-Inférieure, sur le budget du ministère de la marine et des colonies (section des colonies)-, prononcé dans la séance du vendredi 3 juillet 1829., Paris, Imprimerie veuve Agasse, 1829, 20 p.

LAMOTHE LANGON, Etienne-Léon baron de, Une semaine de l’histoire de Paris, Bruxelles, F. Canongette éditeur, 1830, Voir en ligne.

LE SAVOIR-FER, « 56 - Morbihan - Le Savoir-Fer - Free », sans date, Voir en ligne.

LEVESQUE, Jérôme, Les Levesque de la fin du XVIIe siècle à nos jours, Les Forges de Lanouée, 2004.

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PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier, L’argent de la traite ; milieu négrier, capitalisme et développement : un modèle, Aubier, 1996, 423 p.

ROBERT, Adolphe, BOURLOTON, Edgar et COUGNY, Gaston, Dictionnaire des parlementaires français : Fes-Lav, III, Paris, Bourloton éditeur, 1891, Voir en ligne.

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TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.


↑ 1 • Pierre Joseph Formon est né le 24 février 1748 à Couëron (44). Il décède le 12 juillet 1792 aux Cayes (Saint-Domingue) à l’âge de 44 ans.

↑ 2 • Charles Marthe Chaveneau est la fille de Martin Chaveneau, officier des milices des Cayes, propriétaire de maisons à Torbeck (café-Coton), père d’Étienne Martin, commissaire de la marine à Saint-Domingue.—  ESTÈVE, Cécile, « 89-39 CHAVENEAU (St-Domingue, 18e) », Généalogie et histoire de la Caraïbe, Vol. 204, 2007, p. 5244, Voir en ligne. —

↑ 3 • Louisa Antoinette van Schalkwyck de Boisaubin est née en 1803 à Morristown, New-Jersey (USA) de Bon Vincent van Schalkwyck de Boisaubin Beauplan et de Marie Louise Douillard Mahaudière

↑ 4 • Marie Stéphanie Emma Formon se marie le 12 juillet 1858 avec René Jacques Marie de Chastenet de Puységur (1816-1895).

↑ 5 • Henri Louis Marie se marie le 23 juin 1866 avec Marie Léonore Sicre de Fontbrune (1845-1924).

↑ 6 • Jean-Jacques Dessalines (1758-1806) est un homme militaire et dirigeant haïtien, ayant combattu sous la Révolution française (1789-1804) puis lors de la Révolution haïtienne (1791-1804), en tant que lieutenant-général au service de Georges Biassou puis de Toussaint Louverture. Après la trahison et la capture de Louverture en 1802 lors de l’expédition, Dessalines devint le leader de la révolution. Allié aux forces françaises, il les trahit et bat définitivement les Français à la bataille de Vertières en 1803. Il proclame l’indépendance d’Haïti en 1804 et se déclare gouverneur-général à vie. Au pouvoir, il ordonne le massacre de la minorité blanche haïtienne, entraînant la mort de 3 000 à 5 000 personnes, entre février et avril 1804.

↑ 7 • Le subrécargue désigne, dans l’activité de transport maritime, une personne responsable de la cargaison.

↑ 8 • Napoléon Ier, lors des Cent-Jours, décrète l’abolition de la traite négrière pour se concilier la Grande-Bretagne. Sa décision est confirmée par le traité de Paris le 20 novembre 1815 et par une ordonnance de Louis XVIII le 8 janvier 1817. La loi du 15 avril 1818 renouvelle l’interdiction de la traite, mais la traite de contrebande se poursuit malgré les sanctions prévues. Le 25 avril 1827, une nouvelle loi qualifie la traite négrière de crime et aggrave les sanctions. Au cours des débats, à la Chambre des députés et à la Chambre des pairs, plusieurs parlementaires réclament l’abolition de l’esclavage. Les dispositions prises contre la traite sont encore renforcées en 1831 sous Louis-Philippe.

↑ 9 • Sous Charles X le suffrage est censitaire : il faut payer 300 francs d’impôts par an pour voter. Le 2 mars 1848, le suffrage universel est proclamé. Les hommes âgés de 21 ans peuvent voter. Les femmes restent cependant exclues du droit de vote.

↑ 10 • 

Dans la séance du 15 février, le rapport sur l’élection de M. Garnier-Dufougeray fut présenté à la Chambre, et l’ajournement fut prononcé. Dans la séance du 15 mars, M. Charles Dupin, rapporteur du 4° bureau, proposa de déclarer l’élection nulle, par le motif que onze électeurs avaient voté sans avoir le cens électoral ; que trois fonctionnaires publics avaient également voté, bien qu’ils n’eussent pas leur domicile politique à Saint-Malo, lieu de l’élection ; qu’ainsi quatorze individus avaient pris part à l’élection, sans en avoir le droit ; et qu’enfin M. Garnier-Dufougeray n’avait obtenu que six voix de majorité. - Mais M. le rapporteur fit remarquer que plusieurs membres du bureau avaient pensé qu’il y avait lieu d’ajourner, pour faire juger par des tribunaux compétens ou par le Conseil d’État l’infirmation définitive des électeurs qui avaient été jugés incapables ; mais que la majorité avait pensé que la Chambre avait le pouvoir de décider dès à présent sur la validité de l’élection.—  DUVERGIER, Jean-Baptiste, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens avis du Conseil d’état, publiée sur les éditions officielles du Louvre, Paris, A. Guyot et Scribe, 1835, Voir en ligne.Page 64 —

↑ 11 • Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald (1754-1840), est un homme politique, philosophe et essayiste français. Monarchiste et catholique, ce gentilhomme du Rouergue issu d’une longue lignée de juristes, est la grande voix des légitimistes. Dans ses nombreux ouvrages, il s’attaque à la Déclaration des droits de l’homme, au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau et aux innovations sociales et politiques de la Révolution pour prôner le retour à la royauté et aux principes de l’Église catholique romaine.

↑ 12 • Le comte Joseph de Maistre (1753 - 1821), est un homme politique, philosophe, magistrat, historien et écrivain savoyard. Membre du souverain Sénat de Savoie, il émigre en 1792 quand les forces armées françaises occupent la Savoie. Il passe ensuite quelques années en Russie, avant de retourner à Turin. Il est l’un des pères de la philosophie contre-révolutionnaire, membre éminent de la franc-maçonnerie, et incliné vers l’ésotérisme.

↑ 13 • La société française d’ancien régime peut être qualifiée d’organiciste. D’une part, elle se compose d’ordres et d’autre part les mentalités de l’époque sont imprégnées d’une certaine notion d’équilibre. Il est courant de penser que pour le bon fonctionnement d’un corps, au sens large, les parties qui le composent doivent être symbiotiques. De plus, cette conception se retrouve dans la théorie des humeurs, alors bien en vogue.

↑ 14 • L’Action française est une école de pensée et un mouvement politique nationaliste et royaliste d’extrême droite, partisan orléaniste, qui s’est principalement développé dans la première moitié du XXe siècle en France.

↑ 15 • Benjamin Constant (1767-1830) est un romancier, homme politique, et intellectuel français d’origine vaudoise. Républicain et engagé en politique depuis 1795, il soutient le Coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797), puis celui du 18 Brumaire (an VIII : 9 novembre 1799). Il devient, sous le Consulat, le chef de l’opposition libérale dès 1800. Après avoir quitté la France pour la Suisse puis l’Allemagne, il se rallie à Napoléon pendant les Cent jours, et revient en politique sous la Restauration. Élu député en 1818, il le sera encore à sa mort en 1830. Chef de file de l’opposition libérale, connue sous le nom des « Indépendants », il est l’un des orateurs les plus en vue de la Chambre des députés et défend le régime parlementaire. Lors de la Révolution de juillet, il soutient l’installation de Louis-Philippe sur le trône.

Auteur de nombreux essais sur des questions politiques ou religieuses, Benjamin Constant est aussi l’auteur de romans psychologiques sur le sentiment amoureux.

↑ 16 • Le 15 novembre 1821, Louis Hyacinthe Levesque, député de la Loire Inférieure et associé d’Étienne de Formon dans la traite négrière tenait déjà des propos similaires à la Chambre :

Le nègre, par la vente au marché des produits du petit terrain qu’il cultive à son profit, se procure les moyens de subvenir à ses habitudes d’aisances, je dirais de luxe, inconnues à nos habitants de la campagne.

↑ 17 • L’adresse des 221 est adressée le 16 mars 1830 par la Chambre des députés à l’intention du roi de France, Charles X. À l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire de 1830, elle exprime la défiance de la majorité libérale de la Chambre, forte de 221 députés, à l’égard du ministère dirigé par le prince de Polignac.

↑ 18 • L’article 4 de l’ordonnance de Louis XVIII du 23 août 1815 portant organisation du Conseil d’État a prévu de répartir les conseillers d’État et les maîtres des requêtes entre « service ordinaire et service extraordinaire ». Par l’article 7 de l’ordonnance concernant l’organisation du Conseil d’État du 5 novembre 1828, le roi Charles X décida que le service extraordinaire serait réservé à « ceux de nos sujets exerçant des fonctions publiques auxquels, en récompense de leurs bons services, il nous plaît d’accorder ce titre ».

↑ 19 • La révolution de Juillet se déroule sur trois journées, les 27, 28 et 29 juillet 1830, dites « Trois Glorieuses ». Après une longue période d’agitation ministérielle, parlementaire et journalistique, le roi Charles X tente par un coup de force constitutionnel de freiner les ardeurs des députés libéraux par ses ordonnances de Saint-Cloud du 25 juillet 1830. En réponse, des Parisiens se soulèvent, dressent des barricades dans les rues, et affrontent les forces armées. L’émeute se transforme rapidement en insurrection révolutionnaire. Elle porte sur le trône un nouveau roi, Louis-Philippe Ier, à la tête d’un nouveau régime, la monarchie de Juillet, qui succède à la Seconde Restauration.

↑ 20 • Il remplacé à la Chambre, le 6 novembre, par M. Varsavaux.

↑ 21 • Le 20 novembre 1855, ses biens après décès sont inventoriés au registre des actes civils publics du 1er bureau de l’enregistrement des actes des notaires à Paris (vol. 211, f° 115). Étienne de Formon possède alors 4 % des Forges havraises, exploitée par une Société Anonyme au capital de 300 000 Fr. — 3Q 27 332 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

↑ 22 • Liste des treize journaux ayant publié la vente par adjudication à partir du 25 juin 1841 :

  • 1° Le Français de l’Ouest, journal de St Brieuc, n° 5, puis 22, 41, 47, 53.
  • 2° L’Hermine de Nantes, n° 1796, puis 1837 - Le Breton de Nantes, n° 189, 202 et 213.
  • 3° Le Progrès, journal de Rennes, n° 40, puis 27 !, 55, 67, 76.
  • 4° la Vigie du Morbihan, n° 139, puis 148, 158, 160, 163.
  • 5° L’Auxiliaire Breton, journal de Rennes, n° 883, puis 857, 885, 891, 898.
  • 6° Le Quimperois, journal de Quimper, n° 156, puis 184, 173, 175, 177.
  • 7° Le Commerce, journal de Paris, n° 132, puis 185, 254, 273, 290.
  • 8° La Presse, journal de Paris, n° 1405, puis ?, 2655, 2755, 2875.
  • 9° Le Siècle, journal de Paris, n° 135, puis 192.
  • 10° Le Courrier Belge, journal de Bruxelles, n° 154 (ou 144), puis 186, 256, 262, 276.
  • 11° L’indépendant, journal de Bruxelles, n° 154, puis 187, 259, 268, 288.
  • 12° Le Times, journal de Londres, n° 17 677, puis 17 714, 17 773, 17 780.
  • 13° Le Morning Chronicle, journal de Londres, n° 23 306, puis 22 343, 22 402, 22 415, 22 430.
  • 14° La Gazette des Tribunaux, n° 4997, 4514 et 4529.—  TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

↑ 23 • M. Lebret est l’avoué de Hippolyte de la Chou de la Métrie (et Dame Anonime de la Landelle) et d’Emmanuel Paul Vincent de Cahideuc. TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.

↑ 24 • Un document d’archives du SIVU mentionne la date du 23 septembre 1841, jour de la prise de possession de l’établissement des forges de Paimpont par Monsieur Formon.— dossier 25 Archives du S.I.V.U. « Forges et Métallurgie en Brocéliande »  —

↑ 25 • Cette affaire ne semble pas avoir pris fin le 6 août 1845, puisque par jugement du tribunal de Montfort en date du 19 mars 1846, M. Formon est condamné à payer en supt. de droit 30831,57...—  TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

↑ 26 • Félix Marie Joseph Guillotin (1788) porte le titre d"Inspecteur des forges et forêts de Brécilen".)

↑ 27 • Lettre d’Étienne à Monsieur Guillotin, Inspecteur à l’usine de Paimpont à Plélan (Ille et Vilaine) du 12 décembre 1841

Nantes le 12 décembre 1841

Monsieur, J’ai été retardé ici plus que je ne comptais ; mais il a fallu travailler et m’occuper avec autant d’assiduité que je l’ai fait, pour être aujourd’hui prêt à partir. Je ne veux toutefois pas le faire, sans vous adresser quelques lignes. Je ne perds pas de vue ce que je vous ai dit, et mes dernières lettres de Paris me font pressentir que je trouverai en y arrivant l’affaire à maturité ou y arrivant rapidement. Je suis à peu près décidé à ne pas laisser échapper l’occasion, à moins que je ne m’en trouve trop sur les bras, pour ajouter encore un fardeau ; mais la marche que je compte suivre me déchargerait en faisant porter l’affaire là où il y a force, énergie et activité. Je réfléchis continuellement à mon acquisition de Paimpont, et ne pouvant pas encore avoir de parti pris sur ce que je ferai à ce sujet ; ne devant pas en prendre de définitif avant le printemps, j’envisage les choses dans toutes les alternatives qu’elles présentent et je vise à l’améliorer dans les divers rapports ; ainsi, dans l’hypothèse où je dusse conserver j’ai préparé des débouchés imposans pour certains fers de qualités supérieures ; j’ai pris des dispositions pour substituer le calcaire de marbre très pur au calcaire de Pont Péan ; mais comme il reviendra à Paimpont , beaucoup plus cher que la castine dont on fait actuellement usage, je n’y procèderai qu’avec mesure et pour essai. Un ingénieur civil dont je connais beaucoup la famille, Mr Champrionnière ( ?), se rendant à Rennes pour affaires, avant de retourner à Paris, ira jusqu’à Paimpont donner un coup d’œil à l’usine, pour me donner un avis sur les améliorations urgentes à y faire. J’ai même reçu des propositions pour location ; mais je conçois fort bien qu’il faut que j’arrive à Paris avant de rien décider, et qu’il faut que j’aie décidé le parti à suivre, pour donner cours à de telles propositions. Je prends note des personnes et me renseignerai sur elles. D’un autre côté et dans l’alternative de la revente, j’écoute sans les repousser, les ouvertures qui me sont faites, me contentant de renvoyer la question à l’époque prochaine (dans deux ou trois mois) où j’aurai pris un parti. en attendant, je (compute), j’apprécie à quoi je puis prétendre et où j’arriverais si je me décidais à revendre. Monter l’affaire en une société en commandite aurait un succès complet. Tout cela est à peser, à considérer, pour ne prendre que le parti qui ne laisse pas de regret près l’avoir pris. Je recevrai avec grand plaisir à Paris, rue du marché d’Agueneau n°4, vos communications sur ce sujet et celles que vous m’avez promises sur les détails d’améliorations diverses, dont je vous ai entretenu : comptez sur tout ce que je vous ai dit, à cet égard, de ma réserve et de ma considération. Comme il faut toujours poser des pierres d’attente et travailler pour l’avenir, ne manquez pas l’occasion de faire voir l’usine et même certaines parties de la forêt, si le temps le permet, à Mr Championnière, l’ingénieur dont je viens de parler, de manière à lui faire concevoir une juste idée de cette importante et magnifique propriété. Il ne peut que m’être utile et avantageux que Paimpont soit connu pour ce qu’il est, et la voix d’un ingénieur pénètre dans bien des endroits et retentit au loin. Dans les ouvertures que j’ai déjà reçues pour acheter ou m’aurait si je n’avais pas de moi-même ajourné la question, on m’aurait demandé des lettres pour aller visiter les lieux. Je désire que les personnes, dans de tels cas, vous soient adressées particulièrement ; mais je vous avoue que je suis un peu embarrassé de avoir quel prétexte donner à ces visites, dont je ne voudrais pas faire connaître le but. Aidez moi un peu de vos lumières et de vos conseils sur la marche à suivre. Il me semble que ce que j’ai de mieux à faire est de leur donner sur un prétexte quelconque une lettre pour Mr Nicolle, et pour vous, une lettre qui les recommande pour la visite de la forêt. Je voudrais bien ajourner des visites de lieux jusqu’à l’époque du printemps ; mais si on insiste trop, je me verrai peut-être forcé de céder. Qu’en pensez-vous ? J’apprendrai avec plaisir que vous avez commencé votre exploitation de forêt, que les autres travaux marchent et que tout va bien. Si vous apprenez quelque chose des dispositions de la commune à proposer une transaction, donnez m’en connaissance. L’arrêt a été signifié. Je vous engage à tenir la main à la répression des délits de chasse et de pacage, et à activer le service des gardes, ce sera toujours par écrit que je donnerai quelques permissions de chasse, exceptionnelles. Je vous prie, Monsieur, de faire agréer mes compliments à votre famille, et de recevoir la nouvelle assurance des sentimens avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur, Votre très humble et très obéissant — Formon

P.S.
Lorsque le temps le permettra, je me recommanderai à vous pour un chevreuil. Mlle Mac-Auliffe aurait la complaisance de le recommander à (…) frère, à Rennes.

Dossier 22 Archives du S.I.V.U. « Forges et Métallurgie en Brocéliande » — Transcription Guy Larcher

↑ 28 • Lettre d’Etienne Formon à Monsieur Guillotin, Inspecteur à Paimpont du 31 janvier 1842.

Paris le 31 janvier 1842
Monsieur, J’ai reçu votre lettre du 20 (…) Je suis bien aise que les bûcherons récalcitrants aient repris leur travail. S’ils veulent se conduire comme ils doivent le faire, j’ose croire qu’ils n’auront jamais qu’à se féliciter de travailler pour moi ; mais je sais qu’à chaque mutation de propriétaire, les gens de peine veulent toujours essayer les nouveaux venus. Ils verront qu’il n’y a rien à gagner avec moi, par de tels moyens. Je crois que les usagers finiront par reconnaître que ce qu’ils ont de mieux à faire est de transiger. Quant aux travails qu’ils peuvent aller chercher auprès de Mr (MEAULE) ou de tout autre avocat, ils ne les mèneront pas loin, et j’ai peine à croire qu’ils aient comme vous me l’avez mandé précédemment, envoyé 500 francs à Rennes pour former un pourvoi en cassation. L’arrêt d’avant est passé en force de chose jugée. Les délais de pourvoi (étaient alors expirés depuis quelque temps). Je suis étonné que l’on ne sût pas cela à Paimpont, et que pour savoir à quoi m’en tenir, sur cette question importante, j’ai été obligé d’écrire moi-même à Montfort. J’ai reçu de Mr MAUDET une lettre qui me demande si j’ai définitivement renoncé à acheter les bois de Mr CARRE, et si je ne serais pas contrarié qu’il achetât les bois. Je suis très reconnaissant du procédé de Mr MAUDET, et je lui ai répondu qu’à mon arrivée à Paimpont, vous m’aviez demandé de la part de Mr CARRE si je continuerais à prendre ses bois, et que je vous avais répondu affirmativement, mais qu’à mon second voyage à Paimpont et au moment de mon départ, vous m’aviez dit que Mr CARRE voulait augmenter le prix de ses cirdes, et que vous m’engagiez à y renoncer. Je compris vos motifs qui étaient de ne pas changer les bases des autres marchés de bois, et m’en rapportai à vous. Aujourd’hui, monsieur, je désire connaître l’importance et la nature de tous les marchés de bois passés à Paimpont, y compris celui de Mr CARRE, avec les propriétaires voisins, les prix, et la distance de ces bois de l’usine.Vous voudrez bien y ajouter vos observations de manière à m’éclairer sur les circonstances qui peuvent me mettre à même de me former une opinion précise sur l’avantage que peuvent me présenter ces marchés. Veuillez surtout me dire pour combien de temps sont passés ces marchés et s’il est à mon option d’en faire des engagements de longue durée. J’ai besoin de ces renseignements pour être à même d’apprécier la position de l’usine et le revenu que je puis espérer en tirer. Je ne veux point (prononcer) en aveugle sur la grande décision que je dois prendre. Je vois s’avancer l’époque que je me suis fixée pour prendre cette décision, et je vous prie de me répondre sans délai. Veuillez comprendre dans votre note les bois de la Moutte, et me répéter les raisons qui vous feraient penser que je ne devais pas passer sur ces bois-là de marché de durée. Aussi pourquoi je devais me refuser à la proposition de débornement si elle m’était faite. J’ai cherché à me rappeler vos motifs, pour les consigner dans mes notes, ils ont absolument échappé à mon (…). Ayez la bonté de me remettre à l’état que vous m’aviez promis de tous les bois que l’usine pourrait trouver à affouager dans les environs, et en augmentation de ceux qu’elle tire de son propre fonds, cela pour faciliter ce que je cherche et que j’espère trouver. Mais comme j’ai toujours eu pour principe, de faire pendant que je possède une propriété, tout ce qui peut l’améliorer et lui donner de la valeur, je ne pers pas de vue, les ensemencements à effectuer cette année. Il n’y a pas de temps à perdre pour demander de la graine, ne manquez pas, je vous prie, de me donner la contenance des terrains à ensemencer et la quantité de graine de prix nécessaire pour les ensemencer. Tâchez, je vous prie, de ne pas tarder à m’envoyer tout ce que je vous demande par cette lettre. J’ai l’honneur d’être, Monsieur, Votre très humble et très obéissant — FORMON

Dossier 23 Archives du S.I.V.U. « Forges et Métallurgie en Brocéliande » - Transcription Guy Larcher

↑ 29 • Formon Étienne Joseph, propriétaire de l’usine et forêt de Paimpont. Paris. Premier délit forestier condamné sur sa requête le 7 janvier 1842 :

  • Macé Rose, 21 ans, fille de Jean, fille de labour au Canée. Paimpont. Condamnés le 7 janvier 1842 pour enlèvement de bruyère le 24 décembre dernier à 6 francs d’amende, 6 francs de dommages et intérêts et solidairement aux dépens par corps montant à 53 francs 53 centimes, "ayant menacé de la frapper [le garde] avec sa faucille".
  • Macé Marie Gabrielle, 23 ans, fille de labour au Canée. Paimpont. Condamnés le 7 janvier 1842 pour enlèvement de bruyère le 24 décembre dernier à 3 francs d’amende, 3 francs de dommages et intérêts et solidairement aux dépens par corps montant à 53 francs 53 centimes.
  • Roulle Marie Reine, 18 ans, fille de Pierre, au Cannée. Paimpont. Condamnés le 7 janvier 1842 pour enlèvement de bruyère le 24 décembre dernier à 2 francs d’amende, 2 francs de dommages et intérêts et solidairement aux dépens par corps montant à 53 francs 53 centimes.

—  TIGIER, Hervé, Mauvais coups et Coups du sort de Paimpont et du canton de Plélan au Tribunal de Montfort, Auto-édition, Paimpont, 2012, Voir en ligne. [page 146] —

↑ 30 • Liste des gardes embauchés par Étienne de Formon :

  • 13 août 1842 — Le Sr. Joseph Marie Pihuit, né à Carentoir, demeurant à Montauban, prête serment suite à la commission de garde des forêts de Paimpont et Montauban donnée par le Sr. Perron directeurs des forges, fondé de pouvoir de Mr. Formon, propriétaire... Même chose concernant le Sr Julien Marie Radenac, né à Pleugriffet (Morbihan), domicilié à Paimpont... — 3U 2 3005 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —
  • 8 décembre 1843 — Mathurin Marie Chevalier, né à Paimpont, prête serment suite à la commission donnée au nom de Mr. Formon.— 3U 2 3005 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —
  • 26 mai 1848 — Serment de Mr. Constant Carillet, 27 ans, ex-militaire, suite à la commission donnée par Etienne Joseph Formon.
  • Le 24 novembre 1848, serment de Jean Marie Bellamy...
  • Le 30 novembre 1849, serment de Pierre Laumailler, ex maître ouvrier du régiment du génie...
  • Le 30 novembre 1849, serment de Mathurin Névot, ex maréchal des logis du 11e chasseurs à cheval...— 3U 2 3006 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —
  • 27 mai 1853 — Serment du Sr. Louis Tignon, né à Hernek (Maine et Loire), garde particulier de toutes les propriétés de Mr. Formon dans l’arrondissement.— 3U 2 3007 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

↑ 31 • 

Hervot Jean, 62 ans, propriétaire et laboureur à la Brunetais. Treffendel. Renvoyé le 11 avril 1845 de la plainte du directeur des forges de Paimpont pour avoir emprunté une voie de la forêt et même pénétré dans la forêt à des passages impraticables. Formon Étienne Joseph, propriétaire de la forêt de Paimpont. Paris. Condamné le 11 avril 1845 à payer les frais de la procédure faite contre Jean Hervot, soient 15 francs 75 centimes. Il fait appel le 19 avril. Le 8 mai 1845, la Cour d’appel de Rennes ne confirme pas le jugement considérant que le juge de paix de Plélan est saisi par ailleurs de la connaissance du litige portant sur la propriété du terrain.

TIGIER, Hervé, Mauvais coups et Coups du sort de Paimpont et du canton de Plélan au Tribunal de Montfort, Auto-édition, Paimpont, 2012, Voir en ligne. Page 149

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↑ 32 • Les onze chemins examinés par les experts :

  • 1. chemin dit du Trusseau ou de Trescouët à l’Epy (en Monterfil)... principal chemin de Montfort à Plélan [...] lorsque de 1820 à 1825 il fut décidé que le chemin de Plélan passerait par le bourg de St. Perran comme chemin vicinal [...] celui du Trusseau est à peine reconnaissable dans le bois et la bruyère [...] .
  • 2. chemin de Ville Neuve à la Jarroussais, plutôt un sentier de pied qu’une voie charretière attendu que le terrain accidenté et fangeux qu’il traverse le rend impraticable du village de la Jarroussais au bourg de St Perran et même à Ville Neuve qui n’est qu’un lieu isolé.
  • 3. chemin du pas Rissel en Plélan à Montfort par l’Epy. Il est certain que par la disposition des lieux que nous avons visités, les points A et B situés sur le ruisseau du Trescouët entre des gorges de montagnes sont des passages forcés très fréquentés pour lesquels il faut des issues de communes à communes du sud au nord. .
  • 4. chemin de St. Perran à la Victoire par la Jarroussais.
  • 5. chemin du bourg de St Perran au village de la Brétonnais en Monterfil : il n’est tout au plus suivi que pour desservir quelques pièces de terre.
  • 6. chemin de St. Perran à Isaugouet et vers Monterfil.
  • 7. chemin des Abreuvoirs aux Rues Fresnel très rapproché de la grande route qu’il longe parallèlement.
  • 8. chemin dit la sente à Simon conduisant de St. Malon et de la Besnardière au village de l’Epy et à Monterfil : Mr. le Directeur de la forge déclara en notre présence que la traverse JH dans la partie sud de cette lande n’était pas contestée et que ce n’était que par une erreur du seul fait des ouvriers employés aux ensemencements des parties vagues que quelques potées [souligné] avaient été ensemencées dans ce trajet et que cela était sans aucune conséquence.
  • 9. chemin dit de la Mâre de la Chèvre conduisant de St Perran à la Roberdière : Si autrefois les habitants du bourg de St. Perran avaient eu des plans du cadastre, ils ne leur serait jamais venu à l’idée, pour une différence de 100 mètres de parcours, d’aller à la Roberdière, soit directement en traversant 1500 mètres dans la forêt et le bois du Buisson à Mr. Dandigné, ou soit même par la Rue Loyer et la Poulanière pour en traverser 8 à 900 ; ils auraient pris l’ancien chemin de St Perran à l’Epy, puis l’ancien chemin de Montfort.
  • 10. chemin de St Perran à la Hamelinais : ce chemin est tellement utile pour faire aboutir directement à l’etang de Penhouët puis à droite et à gauche sur ces contrées de la commune d’Iffendic qu’il a été reconnu public par Mr. De formon.
  • 11. chemin n° 11 de la Brunetais en Treffendel au village de Boutavent en Iffendic par l’est de l’étang de Boutavent et au village du Perray aussi en Iffendic passant à l’ouest dudit étang. Au point A, dit le Grand pont, point de jonction des territoires de Plélan, Treffendel et St Perran, il y a un passage forcé par les accidents de terrain environnants ; de ce point où quatre charrois aboutissent de la contrée sud, deux seulement s’offrent au choix du public sur la commune de St. Perran, l’un inclinant au nord-ouest se dirige sur le bourg même, l’autre se dirigeant plus au nord sur la pointe sud du bois de la Jarroussais.

↑ 33 • Les trois voix opposées au nouveau tracé se positionnent pour un passage par Telhouët et Trudo.

Les soussigné membre du conseille municipal présent à la séance pence que ce qui est certin que la direction la plus courte pour la routte de grande communication de Plélan à St Méen serait de passer par le Gué par Thellouet et par la lande du Pré Bouvier pour rejoindre celle qui est tracée sur le Lohy ? commune de Concoret parce que cette direction serait avantageuse aux vilages de Thellouet et Trudo lesquelle ont faits de très grands sacrifice étants très etandu et très peuplé.— Délibération du conseil municipal de Paimpont du 7 mai 1843 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —

↑ 34 • Rapport des experts du tribunal de Montfort concernant l’affaire opposant le Sieur Julien Metayer et Mr. Formon en date du 30 avril 1845 :

1. En ce qui concerne les innovations opérées par Mr. Formon, elles consistent à avoir fait creuser sur une longueur d’environ 900 mètres, partant du point le plus élevé du canton sud-est de la sus-dite lande et se dirigeant vers la ferme des Chènes et l’étang de Paimpont, une rigole principale continue, non point en ligne droite, mais en ligne brisée afin de suivre la pente la plus naturelle du terrain et sur laquelle ligne brisée un grand nombre de petites rigoles latérales, de longueurs inégales de dix à environ deux cent mètres, viennent aboutir ; le tout évidemment pratiqué pour faciliter l’écoulement des eaux sur l’ancienne trace même de leur passage et assainir aussi le sol supérieur dont une très grande partie vient d’être ensemencée en bois par Mr. Formon. Les principales rigoles ont une dimension moyenne d’un mètre de largeur sur soixante centimètres de profondeur. De plus, tant pour enclore et pour égoutter ces parties de terrain ensemencées que pour offrir dès aujourd’hui au public des moyens de communication plus facile entre les points opposés de cette contrée de lande, Mr. Formon a aussi fait tracer deux nouveaux chemins en ligne droite du point A aux points B et C (voir le plan) où se trouvent d’anciens chemins, mais les fossés bordant ces deux nouveaux chemins étant de dimensions égales et ordinaires et les eaux ayant toujours ainsi leur cours naturel, il est constant qu’aucun de ces travaux n’a changé la nature des lieux de manière à nuire à qui que ce soit.

2. [Les deux pages suivantes expliquent que le Sieur Métayer n’a aucune raison d’être mécontent de cette innovation. Sa propriété n’a pas été modifiée et] « ce cours, qui du reste le 21 mars après un hiver pluvieux, n’offrait pas l’équivalent d’un décimètre cube d’eau au passage, ne peut jamais nuire en rien, mais qu’étant plus longtemps saisissable à point fixe et pouvant être utilisé dans la saison la plus favorable pour les irrigations, devient un moyen plus efficace d’amélioration, non seulement pour les trois parcelles de terre sur lesquelles le Sieur Metayer l’utilisait précédemment, mais sur une plus grande étendue de sa propriété. »

3. & 4.[Concevant que les magistrats ne suivent pas ses conclusions, les experts répondent à la dernière question en imaginant une rigole de 400 mètres de long reportant les eaux dans « la vallée GH »] « Cette rigole qui n’aurait tout au plus qu’un mètre de profondeur au point le plus élevé et se terminerait à zéro au point F, ne coûterait pas plus de cinquante francs (à raison de 18 à 20 centimes par mètre cube) ; prix auquel il faudrait ajouter celui d’un pontceau à construire sur le chemin vicinal de grande communication de Paimpont à Gaël, soit environ 300 francs, ou en tout 350 francs. » ; [cette voie jusqu’à présent seulement coupée par le ruisseau des Chènes « où de temps immémorial, il y a toujours eu un petit pont établi »]. [Les experts voient de nouveaux inconvénients pour le plaignant.]. « ... les eaux du canton de lande sus-dit ne pouvant en définitive se rendre ailleurs que dans l’étang de Paimpont, n’y arriveraient cependant, par ce moyen, qu’en traversant encore la pièce de lande n° 5 dépendant aussi de sa propriété. Donc, il pourrait dépendre de lui, ou d’empêcher l’écoulement des eaux, ou bien de condamner le propriétaire de la lande de Paimpont à laisser à l’état perpétuel de stérilité cet immense terrain ; alternative dont nous laissons l’appréciation aux magistrats chargés de rendre la justice. ».

3U 2 3029 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.

↑ 35 • C’est au même moment que se déclenchent « Les journées de Juin », révolte du peuple de Paris du 22 au 26 juin 1848 pour protester contre la fermeture des ateliers nationaux.

↑ 36 • Extrait d’une lettre non signée, de quatre pages grand format, détaillant les inconvénients d’un défrichement.

C’est donc 2784 sur 6448, c’est-à-dire presque la moitié des deux forêts que Mr. de Formon peut faire défricher... [...] Une pareille demande ne s’explique de la part d’un industriel aussi éclairé que M. de Formon que par l’état de souffrance de son industrie métallurgique, que par la menace de ruine qui pèse sur l’établissement des forges de Paimpont. [...] vous savez en effet Monsieur le préfet que l’emploi de la houille tend chaque jour à faire disparaître les fers travaillés au bois, et que les fers de cette espèce sont surtout précieux en agriculture pour la confection des outils de labour, des essieux de voiture, etc. [...] Y-a-t-il lieu de défricher un sol dont la valeur après le défrichement sera de 300 francs l’hectare [...] environ 700 pour Montauban. —  Lettre non signée du 23 janvier 1851 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016. —)

↑ 37 • 

Monsieur le maire de Gaël démontre clairement que les bois de Haute forêt exercent sur les nuages une action de condensation, et qu’ils déterminent la pluie nécessaire pendant la saison d’été à la culture des terres argileuses du plateau où se trouvent placées plusieurs communes voisines de la forêt, et particulièrement celle de Gaël. " Détruire la forêt de Paimpont aurait probablement pour effet de modifier brusquement le climat du pays environnant et révolutionner leur culture [...] la forêt de Paimpont est ainsi un réservoir puissant d’alimentation des étangs et des cours d’eau qui en dérivent [...] est employée non seulement par les forges de Paimpont, mais [...] par les 33 moulins situés en aval sur une longueur de 5 myriamètres. Que deviendront toutes ces usines si la force motrice vient à manquer ? " au moins " respecter la haute forêt à la conservation de laquelle paraît subordonné le climat de la contrée et par suite l’état actuel de la culture et qui est la principale source d’alimentation des étangs et des cours d’eau de ce pays." aussi un préjudice pour les usagers (indemnité ?)

Lettre non signée du 23 janvier 1851 in TIGIER, Hervé, Terroir de Paimpont, Auto-édition, 2016.