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1900-1973

Les charbonniers de la forêt de Paimpont - III

Fours à braisettes et dernières fouées

Après la fermeture des Forges de Paimpont en 1884, l’activité charbonnière décline fortement. Elle se maintient durant la première moitié du 20e siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle connait un dernier regain de vitalité. Elle disparait au début des années 1970.

1900-1939 — L’entreprise Berson

Avec la fermeture des Forges en 1884, l’activité charbonnière perd son principal débouché. Le nombre de charbonniers décline rapidement, passant de trente-deux charbonniers recensés sur la commune de Paimpont en 1881 à six en 1886 1.

Une famille de négociants en charbon de bois - les Berson de Concoret - maintient cependant la tradition charbonnière en forêt de Paimpont durant la première moitié du 20e siècle. En marge de son activité principale - une scierie mécanique 2 - Eugène Alexandre Berson, trouve de nouveaux débouchés au charbon de bois fabriqué en forêt, permettant à quelques familles de charbonniers de travailler à Paimpont.

[...] continuant ce que son père avait tenté de faire pour survivre, il persuade des raffineurs nantais de la qualité de sa production. Il multiplie les contacts avec des entreprises modernes qui utilisent un charbon de bois de grande qualité tels que des producteurs de vins cuits comme Byrrh, des industries chimiques utilisant des filtres à base de charbon de bois, des ateliers mécaniques consommateurs de braisettes. A côté de ses scieries employant 45 personnes, il réussit à maintenir un négoce de charbon de bois qui permettra à une poignée de charbonniers ayant du savoir-faire de continuer leur métier. Il incite même quelques charbonniers de Camors 3 fort compétents et capables, les quatre frères Guégan, à s’installer en Paimpont.

BOULÉ, Joseph, « La vie au XVIIIe siècle en Centre-Est-Bretagne (suite 3e partie) : Les artisans et ouvriers de la filière métallurgique -1ère partie », Revue du Cegenceb, Souche, Vol. 28 - 4e trimestre, 2009, p. 21-24, Voir en ligne.

Un autre de ses débouchés consiste à fournir l’Armée française en combustible pour 10% de ses véhicules équipés en gazogènes, précaution prise en cas de pénurie d’essence en temps de guerre.

1930 — Charles le Goffic et le charbonnier de la forêt de Paimpont

Vers 1930, l’écrivain Charles le Goffic (1863-1932) fait la rencontre d’un de ces charbonniers non loin du Hêtre de Ponthus. Il y consacre une page dans Brocéliande, ouvrage posthume paru en 1932.

Les charbonniers nous restent en nombre réduit.
Sur la route de Pontus, j’ai visité la case de l’un d’eux, gardée par son chien Bas-Blanc. Son chien Bas-Blanc...
N’est-ce pas un Wigwam comanche, cette case, ou bien une hutte gauloise ? Pas de trou de cheminée. On fait du feu au milieu avec des rondins et des mottes de tourbe. Deux couchettes, une à chaque bout. Deux tabourets. Une table. Des affiches coloriées égaient cet intérieur d’un autre âge. Un réveille-matin donne le ton du siècle.
Dehors, la niche de Bas-Blanc et le poulailler.
La femme du chef est là ; lui, au travail. Tous deux sont de Loudéac. Elle m’emmène à sa recherche, après un coup de cidre. Le sol que nous foulons est tapissé de myrtilles.
Ah voici mon frère le charbonnier.
Nous causons.
Il m’explique le métier.
Le cuiseur - ou fourneau - est en forme de meule. Une ouverture triangulaire est ménagée dans le haut, pour le tirage. C’est aussi par là qu’on met le feu, avec des charbons incandescents. La meule est insatiable : sans cesse il faut lui donner à manger. Il va douze cordes de bois dans une meule. On brûle surtout du bouleau. Mais le chêne est encore meilleur ; le hêtre est bon, sans valoir le chêne ; le sapin ne vaut rien ; le châtaignier pas grand’chose. Quand le tas est fait, les rondins disposés de façon à former la meule, on la recouvre de mottes. Le bois est fourni par un bûcheron. Et le charbonnier ne travaille pas à son compte, mais pour un patron de Loudéac, qui le paye à « la corde brûlée ».
Autrefois, il venait ici des charbonniers de Beffou et de Coat an Noz - le Bois de la Nuit - Ils ne savaient pas un mot de français. Le patron les approvisionnait de lard pour la semaine. Un fermier du voisinage leur fournissait les pommes de terre. « Ils vivaient comme des sauvages ». J’aime cette appréciation dans cette bouche.
Mais vivre comme des sauvages, n’est-ce pas parfois vivre comme des saints ? Avec des prières et sans femme, ce serait la vie de saint Léry, de saint Elocan, de vingt autres saints oubliés. Ou celle du Gaulois dans la forêt druidique ; ou celle de l’indien dans une vallée des Rocheuses : au choix. La bonne vie peut-être.
Mais ces charbonniers ne sont même pas des gars du pays.

LE GOFFIC, Charles, Brocéliande, 1932, Terre de Brume, 1995, 163 p., (« Bibliothèque celte »).

Charles Le Goffic indique que le charbonnier et sa femme sont de Loudéac. Il s’agit donc certainement du seul charbonnier originaire de cette localité, recensé à Paimpont vers 1930, Jean ou Jean-Marie Caro (recensé en 1921 et 1931).

Philippe Guégan a d’ailleurs signalé qu’une partie de la forêt, située entre Haute-Forêt et le village de Beauvais - soit à proximité de Ponthus - était appelée la coupe à Caro. —  LARCHER, Guy, « Les charbonniers à Paimpont : contribution à l’histoire d’une commune », Le Châtenay - Journal de l’Association des Amis du Moulin du Châtenay, 1986, p. 64. [page 53] —

1901-1936 — Les charbonniers de Paimpont dans les recensements

Durant la première moitié du 20e siècle, sept dénombrements de population ont lieu sur la commune de Paimpont. Ils permettent de connaitre le nombre de charbonniers travaillant en forêt ainsi que leur nom, leur âge et leur lieu de naissance.

Ce recensement se limitant à la commune de Paimpont, il ne prend pas en compte les charbonniers habitant les communes limitrophes comme Plélan-le-Grand, Concoret, Néant-sur-Yvel ou Saint-Malon-sur-Mel. De plus, il minore le nombre de charbonniers, ne comptabilisant pas ceux qui exercent plusieurs professions en fonction des saisons 4. Enfin, les noms, les dates et les lieux de naissance peuvent être approximatifs.

En 1901, douze charbonniers appartenant à dix familles sont recensés à Paimpont.

  • Berson Jean — Gaillarde — 32 ans
  • Caro Jean — Le Cannée — 61 ans
  • Doniaux Joseph — Beauvais — 21 ans — patron B. Levesque
  • Jagenay Lucien — le bourg — 50 ans
  • Montreuil Lucien — Telhouët — 33 ans
  • Morel François — Perthuis Néanti — 44 ans
  • Saffray Francis — le bourg — 37 ans — patron V. Gortais
  • Saffray J.-B. — le bourg — 41 ans
  • Saliou Joseph — Beauvais — 35 ans
  • Saliou Louis — Beauvais — 38 ans
  • Tannoux Félix — Beauvais — 30 ans — patron Morel
  • Thomas Jean — le bourg — 31 ans — patron Le Cam

En 1906, seize charbonniers appartenant à sept familles sont recensés à Paimpont 5.

  • Galliot François — Perthuis Néanti — 24 ans, né à Camors
  • Galliot Pierre — Perthuis Néanti — 45 ans, né à Camors
  • Gendron François — Perthuis Néanti — 61 ans, né à Sion
  • Gendron François — Perthuis Néanti — 33 ans, né à Sion
  • Gendron Pierre — Perthuis Néanti — 30 ans, né à Sion
  • Guérin Joseph — Telhouët — 55 ans, né à Paimpont
  • Hubert Guillaume — Folle Pensée — 47 ans, né à Sainte-Brigitte
  • Hubert Yves — Telhouët — 65 ans, né à Sainte-Brigitte
  • Lebreton Jean — Coganne — 49 ans, né au Gâvre
  • Levesque Eugène — Le Cannée — 43 ans, né à Paimpont
  • Montreuil Ernest — Le Cannée — 28 ans, né au Gâvre
  • Merten Désirée (sa femme) — Le Cannée — 23 ans, née à Paimpont
  • Montreuil Julien — Le Cannée — 38 ans, né au Gâvre
  • Merten Joséphine (sa femme) — Le Cannée — 27 ans, née à Paimpont
  • Saffre Jean-Baptiste — Telhouët — 46 ans, né au Gâvre

En 1911, douze charbonniers appartenant à sept familles sont recensés à Paimpont 6

  • Gaignon Eugène — Perthuis Néanti — né en 1886 à Montfort
  • Gaignon Fernande — Perthuis Néanti — né en 1889 à Iffendic
  • Hamelin Pierre — Telhouët — né en 1872 à Plélan
  • Le Guyadaire Auguste — Le Cannée — né en 1897 au Gâvre
  • Louyer Louis — Telhouët — né en 1885 à Bazouges-la-Pérouse
  • Montreuil Ernest — Le Cannée — né en 1877 au Gâvre
  • Merten Désirée — Le Cannée — née en 1892 à Paimpont
  • Montreuil Julien — Le Cannée — né en 1867 au Gâvre
  • Merten Joséphine — Le Cannée — née en 1878 à Paimpont
  • Saffre Joseph — Coganne — né en 1854 au Gâvre
  • Saffre Pierre — Coganne — né en 1899 au Gâvre
  • Tornier Auguste (ou Cornier) — Le Cannée — né en 1864 à Paimpont

En 1921, dix-sept charbonniers appartenant à 11 familles 7

  • Caro Jean — le Bourg — né en 1881 à Loudéac
  • Cornier Auguste — Le Cannée — né en 1864 à Paimpont
  • Guegan Jacques — Coganne — né en 1895 à Quimperlé
  • Guegan Marie — Coganne — née en 1894 à Camors
  • Hamard Frédéric — Ville-Danet — né en 1885 à Broons-sur-Vilaine
  • Le Galliou Jean — Coganne — né en 1903 à Camors
  • Le Galliou Joseph - Coganne — né en 1898 à Camors
  • Louyer Louis — Telhouët — né en 1885 à Bazouges-la-Pérouse
  • Louyer Rosalie — Telhouët — née en 1883 à Paimpont
  • Louyer Henri — Telhouët — né en 1903 à Paimpont
  • Montreuil Ernest — Coganne — né au Gâvre en 1877
  • Montreuil Désirée — Coganne — née à Paimpont en 1892
  • Olivry Arsène — Le Cannée — né en 1885 à Quédillac
  • Renault Pierre — Ville Danet — né en 1885 en Vendée
  • Rouge Eugène — Beauvais — né en 1874 à Paimpont
  • Thomas Auguste — Coganne — né en 1889 à Sérent
  • Thomas Augustine — Coganne - née en 1886 à Trédion

En 1926, treize charbonniers appartenant à 9 familles 8

  • Baril Augustin — Beauvais — né en 1875 à Paimpont
  • Bigot Armand — Trudo — né en 1903 à Paimpont
  • Bigot Célestin — Beauvais — né en 1877 à Paimpont
  • Chilou Henri — Le Cannée — né en 1873 à Médréac
  • Guegan Jacques — Thelouët — né en 1895 à Quimper
  • Hamard Frédéric — Ville-Danet — né en 1885 à Broons-sur-Vilaine
  • Louyer Louis — Telhouët — né en 1885 à Bazouges-la-Pérouse
  • Louyer Rosalie — Telhouët — née en 1883 à Paimpont
  • Louyer Henri — Telhouët — né en 1903 à Paimpont
  • Louyer Marguerite — Telhouët — née en 1910 à Paimpont
  • Olivry Arsène — Coganne — né en 1885 à Quédillac
  • Saliou Louis — Telhouët — né en 1862 à Saint-Péran
  • Thomas Auguste — Folle Pensée — né en 1889 à Sérent

En 1931, quinze charbonniers appartenant à onze familles 9

  • Biou Joseph — Perthuis-Néanti — né en 1881 à Plumaugat
  • Cabelguen Anna — Telhouët — née en 1899 à Camors
  • Caro Jean-Marie — Le Bourg — né en 1881 à Loudéac
  • Duros Gabrielle — Pethuis-Néanti — née en 1876 à Plumaugat
  • Guegan, Jacques — Coganne — né en 1895 à Quimperlé
  • Guegan, Pierre — Telhouët — né en 1897 à Tremeven
  • Hamard Frédéric — Telhouët — né en 1895 à Broons-sur-Vilaine
  • Lefeuvre Marie-Louise — Le Cannée — née en 1849 ? à Liffré
  • Le Gallio Joseph — Coganne — né en 1898 à Camors
  • Le Gallio Jean-Marie — Coganne — né en 1905 à Camors
  • Louyer Eugène — Telhouët — né en 1916 à Paimpont
  • Louyer Louis — Telhouët — né en 1885 à Bazouges-la-Pérouse
  • Melan Nicole — Coganne — née en 1874 à Camors
  • Olivry Arsène — Coganne — né en 1885 à Quédillac

En 1936, les charbonniers de Paimpont ne sont plus que neuf, issus de sept familles 10

  • Courtel Jean-Baptiste — Le Cannée — né en 1896 à Plaintel
  • Galliot Jean — Le Gué — né en 1902 à Camors
  • Galliot Joseph — Le Gué — né en 1898 à Camors
  • Guegan, Jean — Le Cannée — né en 1900 à Lanvaudan
  • Le Foulgoc Marie — Le Cannée — née en 1901 à Lanvaudan
  • Louyer Eugène — Telhouët — né en 1916 à Paimpont
  • Louyer Louis — Telhouët — né en 1885 à Bazouges-la-Pérouse
  • Méheut Marie — Le Cannée — née en 1895 à Saint-Julien
  • Soulabail Jean-Marie — Le Cannée — né en 1915 à Saint-Jacut

Les charbonniers du bois de Montfort

Les bois en périphérie de la forêt de Paimpont (Montfort-sur-Meu, Montauban-de-Bretagne, Le Bois-de-la-Roche, etc.) sont aussi exploités par des charbonniers - négociants comme M. Berrée.

Mon frère allait cuire à Saint M’Hervon de l’autre côté de Montauban ; mes sœurs, pendant la guerre faisaient du charbon dans le bois du Buisson. Mon bonhomme allait jusqu’au Grès Saint-Méen, deux fois dans la nuit voir sa fouée : il ne fallait pas qu’elle brûle, on aurait eu de la cendre et pas de charbon. Une fouée de seize cordes mettait cinq jours à cuire. Quand le charbon était fait, les femmes en remplissaient les sacs de toile liés avec de la ficelle. Monsieur Berrée, avec son camion, faisait « la chine » dans les épiceries : des sacs de 2 et 4 kilos pour les fers à repasser à charbon.

Témoignage de madame Desgrée, de « l’Ânière » dans le bois de Montfort in LAPEYRE, M., « Une vie avec la forêt », Glanes en pays pourpré, Vol. 19, 1988, p. 9-11, Voir en ligne.
Mme Desgrée, de l’Anière en Montfort, à l’exposition du Châtenay sur les charbonniers en 1981
Guy Larcher

1939-1944 — Les charbonniers pendant la Seconde Guerre mondiale

Durant la Seconde Guerre mondiale, les restrictions sur l’essence ouvrent de nouveaux débouchés aux charbonniers. La transformation du bois en charbon de bois connait un pic d’activité avec la technique dite du « four à braisettes ».

La guerre va changer du tout au tout la donne : les occupants rationnent à l’extrême l’essence et le charbon. Pour se tirer d’affaire, les Français utilisent le moteur à gaz pauvre produit par des gazogènes pour faire tourner leurs voitures, leurs camionnettes, les machines agricoles ; les petites entreprises de métallurgie réclament du charbon de bois et de la braisette pour pallier le manque de houille.

BOULÉ, Joseph, « La vie au XVIIIe siècle en Centre-Est-Bretagne (suite 3e partie) : Les artisans et ouvriers de la filière métallurgique -1ère partie », Revue du Cegenceb, Souche, Vol. 28 - 4e trimestre, 2009, p. 21-24, Voir en ligne.

Le bois est cuit dans des fours en métal en forme de coffres ou de marmites approvisionnés en fagots ou petites billettes, donnant un charbon de moins bonne qualité. La fabrication se fait en deux jours : le chargement et la cuisson durent une journée ; l’extinction et l’extraction ont lieu la nuit suivante.

Au four c’est pas pareil. C’est pas le même charbon de toute façon, c’était plus petit. C’était fait avec des fagots qu’y brûlaient, du petit bois. Pendant la guerre y faisaient ça camouflés, en cachette.

Célestine Maleuvre in GLAIS, Pascal, GOOLAERTS, Laurent et CHENU, Frédéric, Charbonniers de Brocéliande : L’art de la fouée, Amis de la Bibliothèque de Paimpont, 2007, 86 p., Voir en ligne.
Vestiges de fours à braisettes en forêt de Paimpont
Pascal Glais

Point-Clos et l’usine de carbonisation des Forges de Paimpont

Durant la guerre, les possibilités de trouver un travail sont rares. Le camp militaire allemand de Point Clos, sur Gaël est le principal employeur de la région.

Le 20 avril 1943, la fonderie des Forges de Paimpont cesse son activité sur ordre de l’armée allemande. Selon Jean Soufflet, ancien ouvrier de la fonderie, une partie des installations est utilisée par les Allemands pour fabriquer du charbon de bois avec du bois acheminé par train.

Ils avaient monté pendant la guerre une usine de carbonisation de bois dans les bâtiments d’affinerie, les bâtiments qui sont encore restés là, le laminoir dans le temps. Et là dessus, il y avait des fours électriques et il y avait peut être bien 30 ou 40 ouvriers, 40, 50, qui faisaient partie du camp de Gaël là, d’aviation. C’était des Allemands mais enfin on avait des civils là. Oui et quand ça a fermé l’usine, on est allé là travailler le reste de la guerre quoi. [...] ! Je ne sais pas où c’était expédié parce que le travail qu’on leur a fait, on en a pas beaucoup sorti ! Le moins possible ! C’était des Français, mais alors, bon enfin je vous en dis pas plus. Mais c’était le commandant de Point-Clos là-bas. C’était un lieutenant. [...] Le bois, il venait par le train. Ils faisaient venir le bois de je ne sais pas d’où par le train et on cuisait ça là.

CUCARULL, Jérôme, « Résultat de l’étude ethno-historique sur la fonderie de Paimpont », Paimpont — Plélan-le-Grand, Syndicat Intercommunal à Vocation Unique (SIVU), 2003, p. 49, Voir en ligne. [page 18]

Marchands de charbon de bois et fours à braisettes

Les métiers de la forêt sont une des rares alternatives au travail proposé par l’occupant.

Ce juteux centre économique [Point-Clos] n’est pas sans incidences. Seules les quatre entreprises qui se partagent la forêt de Paimpont pour la confection du charbon de bois peuvent rivaliser.

MONTGOBERT, Gilles, Liberté retrouvée en Pays de Brocéliande, Office Culturel du District de Mauron, 1994. [pages 17-18]

S’appuyant sur le petit noyau de vétérans charbonniers de Paimpont et de Camors, Eugène Berson fait revenir au bois leurs anciens compagnons dispersés et forme à la hâte de nouveaux charbonniers.

Eugène Alexandre Berson rassemble autour de son négoce les forces vives de plus de 300 charbonniers qui vont travailler sur plusieurs forêts de la Bretagne centrale dont celle de Paimpont et organise la commercialisation de leur production. Monsieur Deron, de Beignon, réunit de son côté une vingtaine (?) de charbonniers. Au milieu de ces charbonniers se glissent des réfractaires du S.T.O. qui constitueront les premiers foyers de la Résistance locale.

BOULÉ, Joseph, « La vie au XVIIIe siècle en Centre-Est-Bretagne (suite 3e partie) : Les artisans et ouvriers de la filière métallurgique -1ère partie », Revue du Cegenceb, Souche, Vol. 28 - 4e trimestre, 2009, p. 21-24, Voir en ligne.

Fours à braisettes, réfractaires au (S.T.O.) et maquisards

[Des entreprises] engagent de nombreux réfractaires au S.T.O. [Service du Travail Obligatoire]. Ces éléments qui se côtoient en forêt, plus mal payés, vont être le réservoir des premiers noyaux de résistance comme celui du Parc Jacques. [...] Le groupe du Parc Jacques est constitué par Georges L. [Georges Lenglet] alias Grégor, Marcel Grebet et Jean Brener, trois réfractaires au S.T.O. Il comprend 12 personnes qui rejoindront le maquis de Saint-Marcel. Georges L. travaille chez Launay à Folle Pensée.

MONTGOBERT, Gilles, Liberté retrouvée en Pays de Brocéliande, Office Culturel du District de Mauron, 1994. [page 34]

Marcel Hervé, originaire du « Boissy » en Néant-sur-Yvel (Morbihan), est réfractaire au S.T.O. Il travaille comme charbonnier durant la guerre avant de rejoindre le maquis de Saint-Marcel avec Georges Lenglet à l’été 1944.

En 1941, à 19 ans, pour vivre sous l’occupation, la liberté c’est de pouvoir travailler. Je gagne chaque jour la forêt de Paimpont pour la confection du charbon de bois dans l’entreprise Brouard – Giraudet d’Ancenis.

Témoignage de Marcel H. - « Le Boissy » - in MONTGOBERT, Gilles, Liberté retrouvée en Pays de Brocéliande, Office Culturel du District de Mauron, 1994. [page 39]

Guy Lucas s’est lui aussi caché en forêt de Paimpont pour échapper au S.T.O. Ami de Marcel Hervé et de Georges Lenglet, il fait du four à braisette en forêt de Paimpont avant de rejoindre le maquis de Saint-Marcel.

Marcel, Georges et Guy : voila reconstitué le trio qui a souffert lors de la terrible retraite après le maquis de Saint-Marcel. Mais j’ai, moi aussi, de joyeux souvenirs du temps des grands fours à charbon de bois à Ponthus avec Marcel Hervé, costaud, plein d’entrain et toujours joyeux, surtout quand la journée était terminée.

LUCAS, Guy, « Lettre à Marcel Hervé », 1998, Voir en ligne.

Quelques noms de charbonniers

Aucun recensement de population n’a été effectué durant la Seconde Guerre mondiale. Nous ne connaissons pas le nombre exact de charbonniers à avoir travaillé au four à braisettes pendant cette période. Seuls quelques-uns d’entre eux nous sont connus.

  • Les Guégan (Philippe et Roger)

Pendant la guerre y avait des marmites et des fours à braisettes. Philippe Guégan a fait ça.

Célestine Maleuvre in Glais, Pascal (2007) op. cit.
Philippe Guégan dans le film de Jean-Pierre Le Bihan
—  LE BIHAN, Jean-Pierre, « La fouée.. d’un charbonnier (film) », 1991. —
Jean-Pierre Le Bihan

Dans l’époque on faisait du charbon c’était pendant la guerre ou après la guerre un peu : parce que pendant la guerre y avait les gazogènes. Les moteurs marchaient au charbon, les moissonneuses-batteuses. Y faisaient des petits sacs de deux kilos. Y vendaient ça chez les tailleurs. Y avait des fers à repasser au charbon à l’époque. C’était de la braisette qu’y faisaient dans leurs fours, c’était pas pareil. Ça servait pour les gazos et après c’est venu pour les barbecues. Ça servait aussi à Couëron (Loire-Atlantique). Y avait une usine de cuivre 11. Y faisaient venir ça par camions complets.

Roger Guégan in Glais, Pascal (2007) op. cit.

Pendant la guerre, mon père a été mobilisé. Les Allemands l’avaient réquisitionné pour travailler. Il faisait du charbon de bois pour le gazogène.

Célestine Maleuvre in Glais, Pascal (2007) op. cit.
  • Lemel

Lemel il a fait du charbon de bois au four sûrement, vu que je l’ai jamais vu faire du charbon de bois. On dit qu’il avait fait ça pendant la guerre, mais moi j’habitais pas ici.

Célestine Maleuvre in Glais, Pascal (2007) op. cit.
  • Maurice Denis

D’anciens ouvriers de l’entreprise de fonderie des Forges, fermée en avril 1943, sont pour partie employés par Eugène Berson dans des métiers forestiers, bûcheronnage ou fours à braisettes. C’est le cas de Maurice Denis.

Maurice Denis fera de la braisette pour les gazogènes pour le compte du même entrepreneur [Eugène Berson].

CUCARULL, Jérôme, « Résultat de l’étude ethno-historique sur la fonderie de Paimpont », Paimpont — Plélan-le-Grand, Syndicat Intercommunal à Vocation Unique (SIVU), 2003, p. 49, Voir en ligne. [page 18]
  • Les sœurs de madame Desgrée

Mes sœurs, pendant la guerre faisaient du charbon dans le bois du Buisson [forêt de Montfort].

Témoignage de madame Desgrée, de « l’Ânière » dans le bois de Montfort in LAPEYRE, M., « Une vie avec la forêt », Glanes en pays pourpré, Vol. 19, 1988, p. 9-11, Voir en ligne.

1946-1973 — Derniers fours à braisettes, derniers charbonniers

Au sortir de la guerre, l’activité charbonnière se maintient en forêt de Paimpont tant que durent la pénurie d’essence et le bon état des gazogènes.

Des progrès sont même réalisés grâce à l’usage de fours métalliques transportables fournis par les Américains.

BOULÉ, Joseph, « La vie au XVIIIe siècle en Centre-Est-Bretagne (suite 3e partie) : Les artisans et ouvriers de la filière métallurgique -1ère partie », Revue du Cegenceb, Souche, Vol. 28 - 4e trimestre, 2009, p. 21-24, Voir en ligne.
Four à braisettes
Les Hindrés
Alain Bellido

Au recensement de 1946, vingt-deux charbonniers sont encore en activité à Paimpont 12 :

  • Courtel Cyprien (1896) — Thimonbert
  • Courtel Marie, épouse Méheut (1894) — Thimonbert
  • Guégan Jean Marie (1900) — Telhouët
  • Guégan Jacques ( 1895) — Coganne
  • Guégan Philippe ( 1921) — Coganne
  • Guégan Henri (1928) — Coganne
  • Guégan Roger ( 1931) — Coganne
  • Hamard Frédéric (1889) — Ville Danet
  • Hamard Maurice (1930) — Ville Danet
  • Le Courioux Jean (1885) — Le Cannée
  • Le Courioux Jean (1923) — Le Cannée
  • Le Courioux Noël (1925) — Le Cannée
  • Le Galliot Joseph (1898) — Thimonbert
  • Le Galliot Jean (1905) — Thimonbert
  • Le Golfan N* (1922) — Thimonbert
  • Le Nicol Joachim (1890) — Thimonbert
  • Le Nicol Joseph (1921) — Thimonbert
  • Louyer Louis (1885) — Telhouët
  • Olivry Arsène (1886) — Telhouët
  • Olivry Rosalie (1886) — Telhouët
  • Olivry Siméon (1927) — Telhouët
  • Renouard Victor (1906) — Telhouët

À partir de 1952, le renouvellement du parc automobile et la fin de la pénurie d’essence provoquent un second effondrement de la filière. MM. Berson et Deron arrêtent leurs négoces définitivement. En deux ou trois ans, la plupart des charbonniers quittent le métier.

BOULÉ, Joseph, « La vie au XVIIIe siècle en Centre-Est-Bretagne (suite 3e partie) : Les artisans et ouvriers de la filière métallurgique -1ère partie », Revue du Cegenceb, Souche, Vol. 28 - 4e trimestre, 2009, p. 21-24, Voir en ligne.

En 1954, ils ne sont plus que six à exercer cette profession à Paimpont 13.

  • Chotard Joseph (24-08-1907) — Bonamenais
  • Courtel Cyprien (07-10-1896) — Coganne
  • Guégan Roger (20-06-1931) — Coganne
  • Le Galliot Jean-Marie (05-11-1903) — Trédéal
  • Maleuvre Jean-Marie (20-09-1905) — Trédéal
  • Olivry Siméon (28-04-1927) — Trédéal

En 1962, il ne reste qu’un seul charbonnier recensé à Paimpont, Joseph Noblet (né en 1921).

Seul charbonnier recensé avec son fils en 1968 14, Victor Renouard a dû s’organiser pour continuer à faire du charbon de bois. L’absence de débouchés ainsi que la disparition de la filière l’oblige à acheter lui-même ses coupes, à faire son charbon, à trouver des acheteurs et à le livrer. Il achète un camion pour les livraisons et établit son entrepôt au moulin de la Rosière, à proximité du Gué en Plélan-le-Grand.

On a arrêté parce qu’y avait plus de patron. Fallait trouver où l’envoyer le charbon. Mon père c’était bien, mais faire soi-même, acheter son bois, faire comme y faisait le gars à la fin, Renouard. À la fin y n’avait plus d’ouvrier, ou des ouvriers qu’y prenait comme ça. Y travaillait pour lui et puis y vendait. Il achetait une coupe complète, trois cents, quatre cents cordes et ça y était. Il avait un petit camion pour le charbon.

Témoignage de Roger Guégan in Glais, Pascal (2007) op. cit.

En 1973, Victor Renouard éteint sa dernière fouée sur la côte de Beauvais, mettant un point final à 2 500 ans de pratique du charbonnage en Forêt de Paimpont.

La dernière fouée de Victor Renouard en 1973

Bibliographie

BOULÉ, Joseph, « La vie au XVIIIe siècle en Centre-Est-Bretagne (suite 3e partie) : Les artisans et ouvriers de la filière métallurgique -1ère partie », Revue du Cegenceb, Souche, Vol. 28 - 4e trimestre, 2009, p. 21-24, Voir en ligne.

BOULÉ, Joseph, « Charbonniers en forêt de Paimpont : le temps du libéralisme de 1791, à nos jours (seconde partie) », Revue du Cegenceb, Souche, Vol. 71 -3ème trimestre, 2020, p. 22-31 (I-IV), Voir en ligne.

CUCARULL, Jérôme, « Résultat de l’étude ethno-historique sur la fonderie de Paimpont », Paimpont — Plélan-le-Grand, Syndicat Intercommunal à Vocation Unique (SIVU), 2003, p. 49, Voir en ligne.

GLAIS, Pascal, GOOLAERTS, Laurent et CHENU, Frédéric, Charbonniers de Brocéliande : L’art de la fouée, Amis de la Bibliothèque de Paimpont, 2007, 86 p., Voir en ligne.

MONTGOBERT, Gilles, Liberté retrouvée en Pays de Brocéliande, Office Culturel du District de Mauron, 1994.


↑ 1 • Le nombre de charbonniers fluctue ensuite entre 12 et 17 jusqu’en 1931.

↑ 2 • Vers 1905 Eugène Alexandre Berson trouve à emprunter auprès de la famille de Charette et ouvre une scierie mécanique qui aura du succès. Il a le soutien des propriétaires forestiers de Paimpont qui espèrent beaucoup d’une implantation d’une grosse scierie.

↑ 3 • Camors (Morbihan) se trouve à 65 km de Paimpont. La forêt domaniale de Camors est située à l’ouest de la localité.

↑ 4 • C’est le cas d’Arsène Olivry, charbonnier en 1931, bûcheron en 1936 puis à nouveau charbonnier en 1946.

↑ 5 • 2 originaires de Camors ; 4 de Paimpont ; 2 de Sainte-Brigitte ; 4 du Gâvre

↑ 6 • 6 des environs de Paimpont ; 5 du Gâvre

↑ 7 • 5 de Paimpont ; 3 de Camors ; 1 du Gâvre

↑ 8 • 7 des environs

↑ 9 • 1 de Paimpont ; 4 de Camors

↑ 10 • 1 de Paimpont ; 2 de Camors ; 2 de Lanvaudan

↑ 11 • Cette usine a été construite en 1861 au bord de la Loire à Couëron, pour traiter le minerai de plomb et laminer le laiton et le cuivre. Elle appartenait à la Société des fonderies et laminoirs de Couëron qui a cessé son activité en décembre 1988 dans le cadre de l’entreprise Tréfimétaux, après avoir connu plusieurs raisons sociales.

↑ 12 • Le recensement mentionne le nom, la date de naissance et le lieu d’habitat des charbonniers

↑ 13 • Victor Renouard est absent du recensement de Paimpont de 1954. Il est pourtant encore en activité puisque Roger Guégan - après avoir travaillé pour Berson, puis Deron - dit avoir travaillé chez Renouard. Son absence est certainement due à l’établissement de son entrepôt au moulin de la Rosière à proximité du Gué, en Plélan-le-Grand.

↑ 14 • Victor Renouard - né le 22-04-1906 - et son fils Jean C. - né le 14-05-1947 - au Pertre (Tertre ?) en Paimpont, sont les deux seuls charbonniers recensés en 1968.