1913-2003
Caouissin, Herry
Brocéliande et le roi Arthur dans l’oeuvre d’un militant breton
Herry Caouissin (1913-2003) est une figure majeure de l’édition nationaliste bretonne. Entre 1932 et les années 2000, il diffuse dans des ouvrages, des revues et des films à destination d’un public jeune, une propagande mettant en avant une Bretagne autonome et catholique. La forêt de Brocéliande, thème secondaire de sa production, y est présentée comme le terroir de deux héros bretons, le roi Arthur et Judicaël.
Éléments biographiques
Herry Caouissin est né le 7 mai 1913 à Pleyber-Christ (Finistère). Il est le premier fils de Jean Yves Marie Caouissin (1888-1930) et de Marie Lucie Francine Yvonne Lancou (1889-1976). Il a trois frères. — FLEGARREC1, « Généalogie d’Herry Caouissin », 2025, Voir en ligne. —
- René (Ronan) (1914-1986)
- Robert (1915-2009)
- Pierre (Perig) (1922-2020)
Herry Caouissin fait des études à l’École Pratique de Commerce et d’Industrie de Brest. En 1930, il quitte l’école avec un brevet commercial et se rend en région parisienne, afin d’occuper la fonction de secrétaire des Œuvres Catholiques de Paris. Il débute dans le journalisme pour le compte de publications catholiques pour la jeunesse, Pierrot 1, Lisette 2, l’Intrépide 3 et Cœurs Vaillants 4 où il côtoie Hergé (1907-1983), Étienne Le Rallic (1891-1968), Marijac (1908-1994) ou Jean Nohain (1900-1981).
En 1932, il revient en Bretagne, sollicité par l’abbé Jean-Marie Perrot (1877-1943) 5 pour devenir son secrétaire. En 1933 il fonde en compagnie de cette figure emblématique du nationalisme breton, la revue Feiz Ha Breiz Ar Vugale (Foi et Bretagne des enfants), dans laquelle, en 1934, paraît la première bande dessinée en breton 6.
De 1934 à 1948, il est secrétaire général du Bleun Brug 7 (Fleur de bruyère), manifestation culturelle importante pour la jeunesse catholique bretonne.
Entre 1932 et 1939, il est suspecté - avec son frère René Caouissin - d’appartenir au groupe d’activistes bretons Gwenn-ha-du, auteur de cinq attentats contre des symboles de l’état français 8. En aout 1932, le Kuzul Meur 9 - grand conseil secret du mouvement breton - le condamne à verser une amende de 30 francs pour s’être approprié le nom de Gwenn a Du sans autorisation.
10 — DENIEL, Alain, Le mouvement breton 1919-1945, François Maspero, 1976, 451 p., (« Textes à l’appui »), Voir en ligne.
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Pour s’être approprié le nom Gwenn-Ha-du sans autorisation, en signant un billet sur lequel il était écrit, « Ar gwir Vretoned a youc’h e lec’h strakal o daouarn » [les vrais Bretons manifestent leur allégresse par des cris au lieu d’applaudir], au cours des fêtes du Bleun Brug, à Brest, condamné à payer 30 (trente) francs.
Le 3 janvier 1939, il se marie avec Jeanne Leclerc (1915-1992) 11 à Saint-Pol de Léon, avec laquelle il aura quatre enfants 12.— FLEGARREC1, « Généalogie d’Herry Caouissin », 2025, Voir en ligne. —
La même année, il fait l’acquisition d’une imprimerie à Landerneau (Finistère) et, avec son frère Ronan, fonde les éditions Brittia, afin de diffuser une littérature bretonne et catholique principalement à destination de la jeunesse.
Durant la Seconde Guerre mondiale, il prend ses distances avec le Parti National Breton et son leader politique Olier Mordrel, en raison de divergences sur la place du catholicisme dans le combat politique breton.
Herry Caouissin, c’était autre chose, le milieu des autonomistes qui étaient aussi des catholiques affichés, résolument hostiles à l’orientation néo-païenne d’un Mordrel ou d’un Lainé qui irritait passablement l’abbé Perrot, lequel était impuissant à les ramener dans l’orbite catholique.
En novembre 1940, Herry Caouissin lance, avec son frère Ronan, un journal illustré à destination de la jeunesse, O Lo Lê, qui parait jusqu’en mai 1944.
O Lo Lê propose à ses jeunes lecteurs de se construire sur le modèle des héros catholiques qui ont œuvré à l’indépendance bretonne.
"O Lo Lê" défend, en français, la cause bretonne, mais donne aussi dans les thèmes chers à la droite nationale et catholique de l’époque : anticommunisme (publication en feuilleton de Tintin au pays des soviets), antisémitisme, anglophobie.
La ligne éditoriale, dans un premier temps pétainiste, devient pro-allemande en 1941, au moment de l’abandon de la politique provincialiste de Vichy.
Le journal se donne pour pétainiste mais vise, plutôt qu’une renaissance des provinces, une autonomie de la Bretagne dans le cadre du Reich.
À partir de 1941, Herry Caouissin adhère au Seiz Breur et réalise de nombreuses bandes dessinées bretonnes dont la visée est clairement partisane
. — AUMASSON, Pascal, Seiz Breur : pour un art en Bretagne - 1923-1947, Locus Solus, 2017, 229 p.
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En 1943, le succès de O Lo Lê est tel que Herry Caouissin double la revue d’un mouvement d’enfants : L’Urz Goanag Breiz (Ordre de l’espérance de Bretagne). Ce mouvement dont les jeunes lecteurs peuvent suivre les engagements et les actions dans leur journal est dans l’esprit de son créateur la matrice d’un ordre de chevalerie celtique
. Démarré, un an avant la fin de la guerre - période trouble et peu favorable pour le Mouvement Breton - il a plutôt été l’ébauche d’un scoutisme nationaliste breton préfigurant l’Urz Skaouted Bleimor 13. — TRANVOUEZ, Yvon, La puissance et l’effacement : Destin du catholicisme breton (fin xixe-début xxie siècle), Rennes, Presses Universitaire de Rennes, 2022, 238 p.
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En 1944, les frères Caouissin sont arrêtés et jugés pour avoir été des membres du Kommando de Landerneau 14. À l’issue du procès, Pierre est condamné à cinq ans de réclusion, ses frères bénéficiant d’un non-lieu 15.
Ronan, Herry et Pierre Caouissin, quittent la Bretagne pour Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) où ils sont assignés à résidence. Herry participe alors à l’organisation des scouts Bleimor et commence une seconde carrière tournée cette fois vers le cinéma. En 1950, il est conseiller breton et religieux du film Dieu a besoin des hommes, réalisé par Jean Delannoy d’après le roman d’Henri Queffélec. En 1952, il cofonde avec ses frères Ronan et Pierre, la première société cinématographique bretonne, Brittia-Films, qui réalise trois longs métrages ainsi qu’une dizaine de courts métrages, mais doit s’arrêter rapidement faute de capitaux.
Herry Caouissin reprend son activité d’auteur et d’éditeur et en 1970 lance L’Appel d’O Lo Lê, revue bimensuelle pour enfants qui disparaît en 1973 après 26 numéros.
Herry Caouissin décède le 12 février 2003 à Hennebont (Morbihan).
Herry Caouissin, Brocéliande et le roi Arthur
Depuis ses premiers pas dans le monde de l’édition en 1930 jusqu’à ses dernières publications en 2000, l’activité éditoriale d’Herry Caouissin est intimement liée à ses convictions politiques et religieuses.
Tour à tour auteur, illustrateur, éditeur, cinéaste ou directeur de publication, il cherche à transmettre sa foi à la jeunesse bretonne afin que le combat pour une Bretagne autonome et catholique puisse continuer.
Héritiers de l’abbé Perrot, Herry et ses frères 16 s’activent durant soixante-dix ans à construire une propagande à base de romans illustrés ou de bandes dessinées à destination de la jeunesse.
La forêt légendaire de Brocéliande occupe une place mineure dans la hiérarchie de ses valeurs et de ses productions. Toutefois, Brocéliande est à ses yeux la forêt mythique qui couvrait la péninsule armoricaine, terre sur laquelle des héros de la cause bretonne ont vécu et mené leur combat.
1932-1939 — Les débuts dans l’édition bretonne
La première phase de production d’Herry Caouissin dans l’édition bretonne est liée à ses activités de secrétaire de l’abbé Perrot et à la revue Feiz Ha Breiz Ar Vugale (Foi et Bretagne des enfants). A partir de 1937, il investit le domaine du théâtre pour lequel il écrit et met en scène des pièces en breton et en français, notamment Bécassine vue par les Bretons coécrit avec Léone Calvez.
La forêt de Paimpont est mentionnée une seule fois dans cette partie de la production d’Herry Caouissin.
1937 — La mariée de Trécesson
En 1937, Léone Calvez publie un recueil de contes à destination des jeunes Bretons.
Puisse ce livre vous faire aimer davantage encore ce petit coin de terre si grand par son culte des morts et des saints, par son génie et ses artistes, par ses rêves et ses légendes, par ses menhirs et ses dolmens, ses chapelles et ses calvaires, ses croyances en un Idéal Divin, toujours fidèle à sa devise :
Plutôt la mort que la souillure !
L’ouvrage illustré par Herry Caouissin comprend une version de la légende de La mariée de Trécesson. L’histoire ne se déroule pas à l’orée de la forêt de Brocéliande mais pour mieux ancrer le conte dans un territoire réel, à l’entrée de la forêt de Paimpont.
— CAOUISSIN, Herry et CALVEZ, Léone, Légendes de Bretagne pour la jeunesse, Pleyber-Christ, Ronan, 1937, Voir en ligne. pp. 40-44 —
Cette version de la légende se conclut sur le culte rendu par les jeunes femmes des environs à la robe de la mariée conservée dans la chapelle du château.
Les jeunes filles de Guer, Paimpont, Ploërmel et de tous les environs, venaient dans l’attente d’un mari, suivant leur cœur, baiser la robe blanche de la jeune femme, qui ne fut épouse qu’un jour et s’endormit dans son éternité le soir même de ses noces.
1939-1945 — Publier durant la guerre
La stratégie propagandiste mise en œuvre par Herry Caouissin dans les publications de Brittia édition - fondée en 1939 - repose sur la valorisation d’une trentaine de héros bretons auprès desquels la jeunesse peut s’identifier et trouver des modèles d’édification. Le fondateur d’O Lo Lê présente ces héros aux jeunes loups et hermines de L’Urz Goanag Breiz en 1943.
Loups et hermines, vous serez comme le chantait Botrel, "escortés dans l’ombre de héros sans nombre", qui vous guideront : Arthur le Grand, Waraok "le Champion", Morvan le soutien de la Bretagne, Judicaël le généreux, Nominoë le père de la patrie, Barbe-Torte le libérateur, Fergent le Croisé, Porhoët le stoïque, Arthur le martyr, Jeanne-la-Flamme l’audacieuse, Jean IV le Conquérant, Jean V le Magnifique, François de Rohan le combattant, Anne la vaillante, Cadoudal l’indomptable, Surcouf l’intrépide, Brizeux le Chantre, La Villemarqué le génial, Bleimor le Barde etc. et à leur tête le Porte-étendard de la Bretagne Saint-Yves 17.
Les héros mis en avant par O Lo Lê, tous catholiques, sont majoritairement des guerriers médiévaux aux contours historiques fantasmés.
Déséquilibre chronologique symptomatique : du roi Arthur à la duchesse Anne, quatorze figures médiévales occupaient l’essentiel de la scène ; pour l’époque moderne et contemporaine, il ne restait que deux guerriers, Cadoudal et Surcouf, et trois écrivains, Brizeux, La Villemarqué et Bleimor. La Bretagne idéale d’O Lo Lê, magnifiquement illustrée par les dessins de Le Rallic, c’était celle des saints, des rois et des ducs : après 1532, l’histoire n’était plus qu’un long désenchantement.
C’est dans le cadre de cette valorisation des grandes figures héroïques bretonnes que Brocéliande apparait dans l’œuvre de Herry Caouissin. La forêt n’y est pas présentée dans son aspect légendaire mais en tant que terroir armoricain dans lequel ces héros - Judicaël et le roi Arthur - réalisent une partie de leurs exploits 18.
Le korrigan de Brocéliande
O Lo Lê n°1 - novembre 1940
La une du premier numéro de O Lo Lê, paru en novembre 1940 comprend un strip de Benjamin Rabier (1864-1939) sur un korrigan de Brocéliande. Ce dernier se débarrasse de son ennemi, un gros mulot continuellement à ses trousses
, en lui coupant le museau, et peut tranquillement continuer à vivre dans sa forêt. — RABIER, Benjamin, « Le Korrigan de la forêt de Brocéliande », O Lo Lê, Vol. 1, 1940, p. 1, Voir en ligne. —
Brocéliande est ici le domaine du Korrigan - simplification enfantine de la Bretagne représentée par une forêt - et par extension celui des Bretons se défendant contre leurs ennemis.
Le roi Arthur
Figure majeure de l’imagerie de l’Emsav de la première moitié du 20e siècle, le roi Arthur est pour nombre de ses membres le messie dont le retour tant attendu redonnera à la Bretagne sa place dans le concert des nations.
Pour les créateurs d’O Lo Lê, le roi Arthur est avant tout un personnage historique, premier héros de l’Histoire de Bretagne, dont la jeunesse doit s’inspirer pour refonder une nouvelle chevalerie celtique 19.
O Lo Lê n°1 - novembre 1940
Une grande et belle histoire, celle de notre Bretagne est une chronique des grands moments de l’Histoire de Bretagne, imagée par Étienne Le Rallic (1891-1968). Le premier épisode évoque les origines arthuriennes des Bretons de Petite Bretagne et montre le roi Arthur et sa cour écoutant le barde Marzin. — CAOUISSIN, Herry et LE RALLIC, Etienne, « Une grande et belle histoire, celle de notre Bretagne », O Lo Lê, Vol. 1, 1940, p. 4, Voir en ligne. —
L’Histoire de ma Bretagne - 1942
En 1942, Herry Caouissin publie une histoire de Bretagne illustrée par Étienne Le Rallic qui reprend en couleur les grandes lignes de la chronique Une grande et belle histoire, celle de notre Bretagne, publiée dans O Lo Lê à partir de novembre 1940. — CAOUISSIN, Herry et LE RALLIC, Etienne, L’Histoire de ma Bretagne, O Lo Lê, 1942. —
Cet ouvrage essentiel de l’historiographie nationaliste bretonne pose les bases de la vision historique d’Herry Caouissin. Les exploits du roi Arthur y sont notamment présentés comme des faits attestés marquant les débuts de l’histoire de Bretagne. — FLOCH, David, « Origines, horizons, mondes défaits : quand commence l’espace breton ? De quelques rapports contemporains aux origines bretonnes », En Evor, 2013, Voir en ligne. —
Arthur est qualifié de vaillant et grand chef celte
dont le plus grand exploit est de se lancer à la Conquête du Saint Graal dans lequel aurait été recueilli le sang divin du Christ lors de sa Passion.
Malgré une héroïque résistance aux Saxons, Arthur et ses chevaliers bretons sont finalement vaincus.
Arthur est blessé, les Chevaliers de la Table Ronde dispersés. Sentant venir sa fin, brandissant une dernière fois sa redoutable épée Kaledvouc’h qui vainquit tant d’ennemis, Arthur prie un chevalier de la jeter dans un lac profond afin qu’elle ne tombe pas aux mains des Saxons. Depuis ce jour, le Roi Arthur dort de son sommeil millénaire dans l’île d’Avalon, en attendant le réveil de la Celtie.
O Lo Lê supplément - 1943
Un supplément d’O Lo Lê paru en 1943 propose une pochette à rabats contenant douze planches de personnages à découper et à habiller, parmi lesquels le roi Arthur et le barde Merlin. — CAOUISSIN, Herry, « N° spécial de la Saint Yves », O Lo Lê, 1943. —
Ces découpages permettent aux jeunes lecteurs d’O Lo Lê de donner corps à ces héros celtiques afin que quittant l’univers de la publication ils puissent prendre pied dans l’intimité de leur chambre.
O Lo Lê n°129 - 1944
Le n°129 d’O Lo Lê présente la forêt de Paimpont à ses jeunes lecteurs comme les vestiges de l’ancienne forêt de Brocéliande qui couvrait toute la Bretagne. Barenton, Merlin, Viviane, Lancelot y sont évoqués, mais aussi Arthur qui attend l’heure où il régnera de nouveau sur l’Armorique
.
L’Histoire de Bretagne de Toutouig - 1944
En 1944, Herry Caouissin publie une Histoire de Bretagne illustrée par Félix Jobbé-Duval en breton et en français. — CAOUISSIN, Herry et JOBBÉ-DUVAL, Félix, L’Histoire de Bretagne de Toutouig, Editions Olole Urz Goanag Breiz, 1944, 30 p., Voir en ligne. —
[page 3] —
Cet ouvrage est une déclinaison de son Histoire de Bretagne publiée en 1942, à destination de la petite enfance. La cour du roi Arthur, son barde Marzin et les Chevaliers de la Table Ronde y sont représentés dans le premier chapitre comme l’origine du peuplement de la Petite Bretagne.
Judicaël
Judicaël est l’une des quatorze figures médiévales mises en avant par Herry Caouissin dans O Lo Lê. Roi guerrier luttant contre les Francs et saint breton à la vie miraculeuse, Judicaël a toutes les qualités pour servir la propagande de la revue.
O Lo Lê n°3 - décembre 1940
Une grande et belle histoire, celle de notre Bretagne du n°3 de O Lo Lê est une mise en image de la légende de Judicaël et du lépreux, localisée par certains sur le bord du Meu. — CAOUISSIN, Herry, « Une grande et belle histoire, celle de notre Bretagne : Judicaël et le lépreux », O Lo Lê, Vol. 3, 1940, p. 4, Voir en ligne. —
L’Histoire de ma Bretagne - 1942
L’Histoire de ma Bretagne illustrée par Étienne Le Rallic présente Judicaël comme un roi au cœur d’or et au bras d’acier
. L’ouvrage est introduit par dix dédicaces dont une du Cardinal Charost (1883-1930) datée de la fête pour la canonisation de Judicaël à Paimpont en 1925 20.
Après avoir rappelé la bonté et la générosité dont il fit preuve durant son règne ainsi que son accord de paix avec Dagobert, Herry Caouissin met en avant l’ancrage de Judicaël en Brocéliande.
Après un long règne, sentant sa tâche terminée, laissant son pays en paix et en prospérité, Judikaël se retire en l’abbaye de Saint-Méen, en forêt de Brocéliande, où il mènera l’humble vie des moines. A sa mort, le peuple le proclame saint et le range parmi les protecteurs de la Patrie bretonne.
O Lo Lê n°100 - avril 1943
Le centième numéro d’O Lo Lê comprend un épisode miraculeux méconnu dans lequel Judicaël et Saint-Méen donnent une leçon d’humilité à un abbé mévennais trop orgueilleux. — CAOUISSIN, Herry, « L’abbé de Saint-Méen », O Lo Lê, Vol. 100, 1943, p. 1, Voir en ligne. —
L’Histoire de Bretagne de Toutouig - 1944
Le miracle de Judicaël et du lépreux est présenté dans cet ouvrage à destination de la petite enfance comme le premier épisode historique après le débarquement des Bretons vaincus par les Saxons en Petite Bretagne. — CAOUISSIN, Herry et JOBBÉ-DUVAL, Félix, L’Histoire de Bretagne de Toutouig, Editions Olole Urz Goanag Breiz, 1944, 30 p., Voir en ligne. —
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L’illustration de Félix Jobbé-Duval diffère de celle d’Étienne Le Rallic sur ce thème. Le miracle n’y est plus représenté dans le contexte forestier de l’Argoat mais dans celui d’une Bretagne granitique et côtière.
1952-1958 — Le cinéma au service de la Bretagne
En 1952, avec ses frères Ronan, Pierre et Robert, Herry Caouissin fonde la firme cinématographique Brittia-Films, qui réalise une demi-douzaine de courts et longs métrages sur la Bretagne.
Herry Caouissin y tenait la fonction d’auteur et de réalisateur, celle d’opérateur étant dévolue à Périg. Ronan assurait la charge de régisseur et de producteur délégué, tenant à l’occasion le rôle d’acteur de complément. Quant à Robert, imprimeur, il apportait au besoin le concours technique de son imprimerie.
Pionnier du cinéma breton, Herry Caouissin utilise la forme cinématographique pour œuvrer à la réhabilitation d’une identité bretonne fortement entamée par l’action politique du Parti National Breton durant la Seconde Guerre mondiale. Les productions de la compagnie Brittia-Films comptent notamment un long métrage mettant en scène Brocéliande, réalisé par Herry Caouissin 21.
1954 — Le meilleur de ma jeunesse
Réalisé en 1954, Le meilleur de ma jeunesse met en scène six chapitres de l’autobiographie de Théodore Botrel (1868-1925) - Souvenirs d’un barde errant- parmi lesquels l’épisode de La forêt enchantée, dont l’action se déroule en forêt de Brocéliande. — CAOUISSIN, Herry, CAOUISSIN, Ronan et CAOUISSIN, Pierre, « Le meilleur de ma jeunesse », Brittia films, 1954, Voir en ligne. —
L’utilisation de Théodore Botrel comme modèle d’édification pour la jeunesse a déjà été mise en oeuvre par Herry Caouissin dans O Lo lê. — CAOUISSIN, Herry, « Un des plus beaux succès de Botrel, le barde au coeur d’or », O Lo Lê, Vol. 95, 1943, p. 1, Voir en ligne. —
Les scènes de La forêt enchantée - tournées dans les décors naturels de la forêt de Paimpont - narrent sa découverte de Brocéliande, de l’étang de l’abbaye ainsi que sa rencontre avec la fée Viviane.
Soudain m’apparut un étang, que dis-je, un lac...— CAOUISSIN, Herry, Théodore Botrel : le meilleur de la Bretagne, Brittia films, 1955, Voir en ligne. —
1955 — Alternances
Dans un article de la revue Alternances dédié à la Poésie de Brocéliande, Herry Caouissin présente les productions de Brittia-films comme le retour au merveilleux
. — CAOUISSIN, Herry, « Le cinéma Breton », Alternances, Vol. 27, 1955. —
Ce retour au merveilleux s’est par conséquent fait le plus naturellement du monde. D’ailleurs, à vrai dire, chez nous Bretons il n’y a pas de “retour”. Nous croyons toujours au merveilleux hier comme aujourd’hui. Et peut-être est-ce là encore un de nos “secrets” pour traduire en images nos visions intérieures, aussi bien à l’écran que sur le vitrail ou dans le granit.
La revue comprend aussi des articles, poèmes ou témoignages sur Brocéliande de Théophile Briant (1891-1956), Jean Markale (1928-2008), Michel Velmans (1926-2022), Ronan Pichery (1891-1963) ou Angèle Vannier (1917-1980).
1958-2003 — Derniers combats éditoriaux
À la fermeture de Brittia-Films en 1958, Herry Caouissin renoue avec son travail d’auteur-éditeur. La majorité de ses publications consiste alors en une réédition ou une réécriture des thèmes abordés durant la Seconde Guerre mondiale, expurgés de leur dimension pétainiste.
Brocéliande est à nouveau présentée comme la forêt dans laquelle Arthur ou Judicaël ont écrit des pages d’histoire de la cause bretonne.
En 1970, Herry Caouissin fonde L’appel d’O Lo Lê, revue pour la jeunesse bretonne proche de la ligne éditoriale autonomiste et catholique d’O Lo Lê. Une nouvelle thématique apparait alors : le combat pour la préservation de la faune et des paysages bretons.
Chaque mois, des articles invitent les jeunes lecteurs à protéger les forêts bretonnes - au même titre que l’hermine ou le phoque, animaux emblématiques de la Bretagne - contre les chasseurs, les promoteurs, les industriels ou les technocrates.
Brocéliande
L’appel d’O Lo Lê n°16 - 1972
Trois articles de L’appel d’O Lo Lê n°16 évoquent Brocéliande.
Le premier d’entre eux s’intéresse à l’Argoat, reste de la forêt primitive, de la majestueuse forêt bretonne qui couvrait jadis l’Armorique
. La forêt de Paimpont, le plus important de ses lambeaux épars
est présentée à travers une photographie du Val sans Retour et deux citations de Charles Le Goffic (1863-1932) et de Charles Le Quintrec (1926-2008) : voici le temps venu de suivre Merlin en Brocéliande, qu’importe le chemin, nous le suivrons jusqu’à l’orée de la forêt ombreuse...
— CAOUISSIN, Herry, « Argoat », L’appel d’Ololé, Vol. 16, 1972, p. 3, Voir en ligne. —
Le second article est une ode à la forêt bretonne, création divine bénéfique aux hommes, poumon des villes
menacé par les promoteurs et autres technocrates de 1972
. L’article se conclut par l’exemple de la passion de Judicaël pour sa forêt de Brocéliande.— CAOUISSIN, Herry, « L’arbre, ce don du ciel », L’appel d’Ololé, Vol. 16, 1972, p. 4, Voir en ligne. —
Notre roi breton Judikäel aimait passionnément ses bois solitaires et sacrés. La Douna était pour lui un sanctuaire. Sous ses dômes de verdure, il songeait à l’infini : aux rumeurs sonores des feuillages, il se recueillait dans une prière intime. Brocéliande était sa cathédrale. Dieu en avait lui même construit les voûtes ogivales, avant l’éclosion de l’art gothique, et fait vibrer les ramures vivantes aux souffles de l’abîme.
Le troisième article reprend des extraits du film d’Herry Caouissin dédié à l’initiation de Théodore Botrel en Brocéliande. — CAOUISSIN, Herry, « La forêt enchantée », L’appel d’Ololé, Vol. 16, 1972, p. 16, Voir en ligne. —
Arthur
L’appel d’O Lo Lê n°4 et 5 - 1970
La rubrique Le merveilleux voyage de Matilin à travers les siècles bretons propose un voyage imaginaire et humoristique à travers l’histoire de Bretagne. Deux épisodes parus en 1970 mettent en scène les aventures de Matilin à la cour du roi Arthur.
- — THOMEN, Y. et FURIC, R., « Le merveilleux voyage de Matilin à travers les siècles bretons : IV - le Dragon de Caerleon », L’appel d’Ololé, Vol. 4, 1970, p. 14, Voir en ligne. —
- — THOMEN, Y. et FURIC, R., « Le merveilleux voyage de Matilin à travers les siècles bretons : A la table du Roi Arthur », L’appel d’Ololé, Vol. 5, 1970, p. 16, Voir en ligne. —
Judicaël
1969 — Breizh visions d’histoire
En 1969, Herry Caouissin et Xavier Haas rééditent la version de la légende écrite par Adrien de Carné en 1902 dans Breizh visions d’histoire, ouvrage exaltant les grandes heures de la Bretagne. L’épisode légendaire intitulé Le lépreux de Brocéliande
y est illustré par Xavier Haas. — CAOUISSIN, Herry et HAAS, Xavier-V., Breizh visions d’histoire, Fontenay-aux-Roses, Melezour Breizh, 1969. —
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L’appel d’O Lo Lê n°20 - 1972
Janig Corlay (1915-1992) 22 signe un article sur la geste de Judicaël dans le n°20 de L’appel d’O Lo Lê. L’épisode du miracle du lépreux y est présenté sous le titre Le lépreux de Brocéliande
en référence au texte d’Adrien de Carné publié en 1902. L’article mentionne aussi la fondation de l’abbaye de Paimpont par Judicaël ainsi que son bras reliquaire. — CORLAY, Janig, « Judikaël au coeur d’or et au bras d’acier », L’appel d’Ololé, Vol. 20, 1972, p. 3, Voir en ligne. —
Robinault de Saint-Régent
En 1986, Herry Caouissin réédite le roman illustré sur Cadoudal paru dans O Lo Lê entre 1940 et 1944 en version étendue. Le chef chouan du Bois de la Roche, Robinault de Saint-Régent (1766-1801) y apparait dans l’épisode de l’attentat manqué du 24 décembre 1800 contre Napoléon. — CAOUISSIN, Herry et CORLAY, Janig, Goneri le filleul de Cadoudal, Lorient, Janig Corlay, 1986, 107 p., Voir en ligne. —



