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Onenne

La sainte de Tréhorenteuc

Onenne est la patronne secondaire de Tréhorenteuc. C’est Eutrope, évêque de Saintes, qui est d’après la tradition locale le premier saint de la paroisse. Considérée comme une des sœurs du roi Judicaël, Onenne aurait eu une existence historique à la fin du 6e ou au début du 7e siècle.

Onenne a aussi été appelée Onenna, Onnen, Onène ou Ouenne. Son culte n’est attesté que dans la seule paroisse de Tréhorenteuc. Elle possédait son tombeau dans l’église, où trois statues lui étaient dédiées. Les paroissiens se rendaient à sa fontaine avec bannière. La procession était précédée par des oies.

Les sources historiques

Deux sources généalogiques font mention d’Onenne. La plus ancienne est la Vita Judicaelis du moine-écrivain Ingomar, de l’abbaye de Saint-Méen, rédigée au début du 11e siècle. La partie généalogique de la Vita est conservée dans le Chronicon Briocense 1. La seconde mention provient de la Vita Winnoc, rédigée par Drogon, religieux de l’abbaye de Saint-Winoc à Bergues (département du Nord) au 12e siècle 2.

Onenne est citée dans ces Vitae parmi les très nombreux enfants de Judhaël et de son épouse Pritelle qui règnent sur la Domnonée armoricaine à la fin du 6e siècle. Elle est donc l’une des sœurs de Judicaël, roi historique honoré comme saint fondateur avec saint Méen de l’abbaye Saint-Jean de Gaël, refondée au 11e siècle sous le nom d’abbaye de Saint-Méen. Ces deux sources ne lui prêtent aucun caractère de sainteté et ne donnent aucun détail biographique la concernant.

  • L’historien Pierre Le Baud est, à la fin du 15e siècle, le premier à la nommer Saincte Onenne. —  LE BAUD, Pierre, « Cronicques des Roys, Ducs et Princes de Bretaigne Armoricaine », in Histoire de Bretagne avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, Paris, Chez Gervais Alliot, 1638. p. 81 —
  • Elle est mentionnée au 17e siècle par Albert le Grand sous le nom d’Ouenne, dans la liste des enfants de Judhaël et Pritelle. —  LE GRAND, Albert, Les vies des saints de la Bretagne Armorique, Rééd. 1659, Rennes, Jean Vatar, Julien Ferré, 1637, Voir en ligne. p. 363 —
  • En 1836, l’abbé Tresvaux note qu’elle est fêtée au 1er octobre, date de la sainte Eurielle, sœur d’Onenne, dans l’ancien calendrier de l’abbaye de Saint-Méen. —  LOBINEAU, Dom Guy-Alexis et TRESVAUX, abbé François-Marie, Les vies des saints de Bretagne et des personnes d’une éminente piété qui ont vécu dans cette province, Vol. 2, Nouvelle édition, Paris, chez Méquignon junior, 1836, Voir en ligne. p. 118 —
  • Le chanoine Garaby, au 19e siècle, indique deux dates pour la fête de la sainte, au 1er octobre et au 30 avril. —  GARABY, abbé Malo-Joseph de, Vie des bienheureux et des saints de Bretagne, pour tous les jours de l’année, Saint-Brieuc, 1839, Voir en ligne. p. 445 —

La vie de sainte Onenne : une légende locale christianisée

En l’absence de données biographiques historiquement attestées, les éléments relatifs à la vie de sainte Onenne proviennent de légendes chrétiennes de la région de Tréhorenteuc. Il existe trois versions de la légende de sainte Onenne. La plus ancienne provient d’un manuscrit du 18e siècle aujourd’hui disparu. La seconde est collectée à Tréhorenteuc à la fin du 19e siècle. La plus récente est une synthèse, par l’abbé Gillard, des deux précédentes, enrichies d’éléments inventés vers 1943.

Une légende manuscrite du 18e siècle

La plus ancienne version de la légende chrétienne de sainte Onenne est tirée d’une transcription d’un manuscrit du 18e siècle effectuée par l’abbé Piéderrière, recteur de Saint Léry en 1863 et reprise par Sigismond Ropartz —  ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, p. 195-219, Voir en ligne. pp. 196-219 —.

Cette légende locale présente la sœur du roi Judicaël, âgée de dix ans, quittant à l’insu de ses parents le château royal de Gaël. Afin d’assurer son salut, elle échange ses habits de princesse contre ceux d’une pauvresse. Arrivée à quelques pas du bourg de Tréhorenteuc, elle voit une fontaine et s’installe près de celle-ci dans des ruines dont elle fait son ermitage.

… On raconte qu’étant sortie un jour avec quelques compagnes, dans la campagne voisine, elle rencontra un jeune seigneur qui voulut l’enlever pour l’épouser. Onenne jeta des hauts cris et des canes qui se trouvaient à proximité en firent autant et permirent à des soldats qui passaient près de là de venir au secours de la jeune fille et de la délivrer de son agresseur.

Un conte collecté au 19e siècle

Un conte collecté par Adolphe Orain, vers 1870, auprès d’une gardienne de vaches du village voisin de Néant 3, donne une autre version de la vie de la sainte. —  ORAIN, Adolphe, « Sainte Onenna – récit de la gardeuse de vaches », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 38, 1875, p. 269-273, Voir en ligne. —

Onenna est la fille du roi de Bretagne Hoël III. Un ermite de passage à la cour royale de Gaël lui annonce qu’elle ne vivra pas longtemps. Impressionnée par cette prédiction, la petite Onenna décide de se consacrer à Dieu et fuit la demeure parentale pour réaliser ce vœu. Elle trouve refuge dans un château, après avoir échangé ses vêtements contre des guenilles. Onenna devenue gardienne d’oies, cueille chaque jour des fleurs au jardin du château et les dépose dans la chapelle où elle prie la Vierge. Un jour, un miracle se produit. Deux anges apparaissent, qui la prenant par les bras, lui permettent de recevoir un baiser de la Vierge. La châtelaine qui l’épiait lui fait avouer le miracle ainsi que sa royale origine, puis la convainc de retourner auprès de ses parents. De retour à la cour de Gaël, la prédiction s’accomplit et Onenna meurt d’hydropisie.

Cette version de la légende d’Onenne est plus fortement christianisée que celle de l’abbé Piederrière. La dévotion d’Onenne pour la Vierge est au cœur de l’intrigue. La légende est notamment expurgée de l’agression sexuelle et du rôle protecteur des oiseaux.

La version de l’abbé Gillard

L’abbé Gillard est nommé curé de Tréhorenteuc en 1942. En juin 1943, il publie une nouvelle version de la légende de sainte Onenne.—  GILLARD, abbé Henri, « Notice sur sainte Onenne », in Documents inédits "in memoriam", Vol. 20, 1942, Josselin, Abbé Rouxel, 1987, (« Œuvres complètes : le recteur de Tréhorenteuc »), p. 57-62. —

L’histoire commence exactement comme celle collectée par Adolphe Orain. C’est seulement à partir du retour d’Onenne à la cour de Gaël que des éléments diffèrent.

Âgée de douze années, la jeune Onenne est conduite par sa mère auprès de saint Élocan qui résidait dans son ermitage de Saint-Léry. Celui-ci la bénit et prédit à la mère la sainteté de sa fille. La princesse vient alors vivre à Tréhorenteuc au manoir de la Roche, consacrant son temps aux bonnes œuvres et à la prière. À l’âge de 30 ans, alors qu’elle revient de Brambily, elle est attaquée par un groupe de jeunes qui tuent toutes les compagnes de la sainte.

Sainte Onenne défendant son honneur
Sainte Onenne défendant son honneur
Vitrail de la nef de l’église de Tréhorenteuc
Henry Uzureau

Un jeune lui « propose » alors de pécher mais Onenne défend vaillamment sa virginité. Des canes sauvages qui passaient dans le ciel alertent une troupe de soldats et sauvent ainsi la sainte. Quelques mois plus tard, Onenne meurt des suites de cette agression et se fait enterrer dans l’église de Tréhorenteuc.

On l’enterra dans l’emplacement de l’église. Elle y repose encore aujourd’hui sous les dalles. Où exactement ? On n’en sait rien. Mais c’est un fait confirmé par une tradition qui n’a jamais varié : l’église de Tréhorenteuc, où de Sainte Onenne, n’est qu’un immense reliquaire où sont déposées quelque part les restes de la Sainte.

Gillard, Abbé (1943) op. cit.

Le texte de l’abbé Gillard opère une synthèse des deux versions précédentes. Comme dans la version d’Adolphe Orain, la vie d’Onenne devient un exemple de dévotion à la Vierge. Mais l’abbé insère des nouveautés propres à sa vision de la légende.

  • Il ancre plus encore son déroulement dans la toponymie locale : Onenne rencontre Élocan à l’ermitage de Saint-Léry, se fait agresser au retour de Brambily en Mauron.

Une structure mythique dans la légende d’Onenne

La plus ancienne version de la légende d’Onenne, tirée d’un manuscrit du 18e siècle, comporte des thèmes mythiques pré-chrétiens qui ont survécu malgré la christianisation opérée au cours des siècles par le clergé local.

On notera aussi l’existence de saintes celtiques dont la légende médiévale présente l’incrustation de thèmes mythiques pré-chrétiens, vraisemblablement d’origine celtique. La plus intéressante est assurément sainte Onenne, honorée à Tréhorenteuc. Elle est convoitée par un jeune seigneur du voisinage qui veut l’épouser alors qu’Onenne veut à tout prix rester vierge. Les oies gardées par la jeune fille s’interposent entre le prétendant et Onenne et parviennent à le mettre en fuite.

WALTER, Philippe, Arthur, l’ours et le roi, Imago, 2002. [pages 154-155]

Philippe Walter écrit que la structure mythique qui apparait dans la légende d’Onenne est celle du mythe de l’inviolabilité de la vierge divine.

Il se retrouve de manière très lisible dans la légende populaire de sainte Onenne. Cette sainte de Brocéliande est un autre avatar christianisé de la grande déesse : dans son nom, on retrouve la finale ene/ane qui renvoie tout à la fois au nom de la grande déesse Ana ou Dana et au canard (ane ou ene désigne cet oiseau d’eau en ancien français). La légende rapporte que Onenne gardait les oies lorsqu’elle faillit être violée par un seigneur du voisinage. Les oies la protégèrent, jetant symboliquement un sort au méchant seigneur qui poursuivait Onenne. Les oies permirent alors à leur maitresse d’échapper à ce mariage forcé.[...] Onenne, de la même façon que [...] d’autres saintes ayant un rapport avec les oiseaux et l’eau, rappelle à travers sa légende, un autre grand thème de la mythologie celtique des déesses-mères que la légende de Viviane illustre sous une forme romanesque : le liage d’un rival ou d’un adversaire de la déesse menacée dans son intégrité.

WALTER, Philippe, Merlin ou le savoir du monde, Imago, 2000. [page 176]

Bernard Robreau décèle lui aussi un thème mythique pré-chrétien dans la légende d’Onenne. La structure de ce mythe est partout la même : des femmes d’origine royale poursuivies par un violeur ou un incestueux, défendent leur virginité en se transformant en oiseaux, la plupart du temps en canes, oies ou cygnes. Elles sont des émanations de la figure d’Ana, déesse celtique ou pré-celtique. Ces déesses comme Ana, Morgana, Viviana ou Onenna sont associées à la symbolique de l’eau et au culte des fontaines.

[...] Nous pouvons constater que le thème, bien que rarissime, a été conservé à deux exemplaires sur les confins de la forêt de Paimpont. La première fois, il concerne sainte Onenne dont on raconte à Tréhorenteuc que, poursuivie par un seigneur qui en voulait à sa virginité, elle fut défendue par les oies qu’elle gardait. Depuis des oies commémoreraient l’événement en suivant la procession en l’honneur de la Vierge qui se rend à la fontaine Sainte-Onenne au temps de l’Assomption. Comme on le voit, le clergé a lui même fait ici bonne garde : sainte Onenne n’a plus guère conservé que des traces très légères d’une identité folklorique plus complexe. Onenne est devenue gardeuse d’oies et la procession rattachée au culte de la Vierge Marie.

ROBREAU, Bernard, « Yvain et les fées de Brocéliande », in Brocéliande ou le génie du lieu, Presses Universitaires de Grenoble, 2002, p. 147-148. [pages 147-148]

Onenne rattachée à la famille royale de Domnonée au 11e siècle

L’abbaye de Saint-Jean de Gaël a été abandonnée par les bénédictins au moment des invasions vikings du 9e siècle. Le duc de Bretagne la refonde à Saint-Méen au début du 11e siècle. C’est de cette époque que date la Vita Judicaelis, hagiographie de Judicaël dans laquelle Onenne est mentionnée comme sa sœur. Quatre siècles séparent donc l’existence historique présumée d’Onenne au 7e siècle, de sa première mention écrite au 11e siècle. Rappelons que dans cette version originelle, Onenne n’est pas sainte.

Si un culte d’Onenne existe à cette époque à Tréhorenteuc, le rattachement de son nom à la famille royale de Domnonée par les moines de Saint-Méen remplit une double fonction.

  • lui donner une légitimité chrétienne en l’associant à la famille de Judicaël qui compte plusieurs saints,
  • l’associer à l’abbaye bénédictine dont son frère est le fondateur.

Le culte de saint Eutrope introduit à Tréhorenteuc

Onenne est la patronne secondaire de Tréhorenteuc. C’est Eutrope, évêque de Saintes (Charente-Maritime), qui est d’après la tradition locale, le premier saint de la paroisse.

Eutrope était fêté à Saintes du 29 avril au 1er mai 4 et était invoqué pendant les périodes de sécheresse. Il était aussi célébré le 1er novembre 5. —  LAMONTELLERIE, Aurore, « Culte de saint Eutrope de Saintes et survivances celtiques », Bulletin de la Société de mythologie française, 1968, p. 94-108. —

Tombe de saint Eutrope à Saintes
Tombe de saint Eutrope à Saintes

Si le culte d’Eutrope est attesté en Saintonge dès le haut Moyen Âge, il ne s’est développé qu’à partir du 13e siècle et ne s’est propagé en Bretagne qu’au cours du 15e siècle. À moins que Tréhorenteuc ne fasse figure d’exception, c’est très certainement à cette époque qu’Eutrope y a été implanté.—  AUDIAT, Louis, « Le culte de saint Eutrope », Bulletin de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, Vol. 13, 1893, p. 102-116, Voir en ligne. p. 107 —

Eutrope est un saint aux pouvoirs nombreux et complexes. Il est réputé soigner des troubles divers : affection de la vue, troubles de la marche des enfants, gestation difficile des femmes et enflure. Les explications qui en font le guérisseur de l’hydropisie restent vagues. Le pouvoir du saint lui est généralement attribué à cause de l’homophonie entre son nom et la maladie qu’il soigne : Eutrope s’associe facilement au terme voisin d’« hydrope ». Onenne partage avec Eutrope le pouvoir de guérir l’hydropisie. Pourtant, rien dans la légende de la sainte ne se réfère à l’existence de ce pouvoir.

Leur fête est célébrée le même jour, le 30 avril pour confondre les deux saints dans une même invocation. Pour l’abbé Tresvaux qui a réactualisé le travail de Dom Lobineau au 19e siècle, sainte Eurielle ou Urielle et la bienheureuse Onenne, sont toutes les deux fêtées le 1er octobre. — Tresvaux, Abbé (1836) op. cit., p.117 (Voir en ligne) —

Onenne liée au culte de la Vierge au 17e siècle

La paroisse de Tréhorenteuc dépendait de l’abbaye Notre-Dame de Paimpont. Les chanoines réguliers de Saint Augustin et leurs successeurs génovéfains - qui prennent possession de l’abbaye Notre-Dame au milieu du 17e siècle - sont chargés de véhiculer l’esprit de la réforme catholique dans les paroisses dont ils ont la charge. La bannière de procession de Tréhorenteuc, datée du début du 17e siècle, place Onenne sous l’autorité de la Sainte Vierge et de l’enfant. Cette substitution a pour but de favoriser le culte de la dévotion à la Sainte Vierge. Prier Onenne revient alors à célébrer Notre-Dame.

La légende collectée par Adolphe Orain est à mettre en liaison avec le culte de la dévotion à la Sainte Vierge. Une partie des éléments mythiques de la légende d’Onenne est absente de cette version : l’agression sexuelle et la protection des oies. Le point d’orgue de l’histoire est le miracle de l’apparition des anges et de la Sainte Vierge à Onenne. Cette version totalement christianisée fait d’Onenne une simple dévote de la Vierge.

Au 17e siècle, le père Barleuf, prieur de l’abbaye Saint-Jacques de Montfort, entreprend une réécriture de l’histoire de la cane de Montfort. Si Vincent Barleuf prend le temps d’écrire ce texte, c’est qu’il poursuit un dessein évangélique bien précis : transmettre l’enseignement du Concile de Trente porté par les chanoines génovéfains aux paroissiens de Montfort.

[ Selon les commentaires de Michel Simonin, le récit de Barleuf vise ] à magnifier le culte de la virginité triomphante et concourt à la promotion de celui des saints mais [...] est aussi le signe d’une christianisation imparfaite d’une tradition populaire que les missionnaires post-tridentins s’empressent de reprendre pour finaliser.

SIMONIN, Michel, Folklore et pastorale en Bretagne au XVIle siècle : à propos du miracle de la cane de Montfort, 1975.

Il est tentant de penser que les chanoines de Paimpont, proches de l’abbé Barleuf, ont fait de même au 17e siècle à Tréhorenteuc. La procession précédée des oies à la fontaine Sainte-Onenne se rapproche en effet des apparitions de la « cane de Montfort » qui attire des foules considérables au 17e siècle.

Onenne et l’abbé Gillard

L’abbé Gillard arrive à Tréhorenteuc en 1942 et découvre une église vétuste au bord de la ruine. Le tombeau de sainte Onenne, principale attraction de l’église est une simple statue de bois du 18e au crâne fracassé qu’on a couché sur le dos.—  BLOT, Roger, L’abbé Gillard et les artistes de Tréhorenteuc, Josselin, Association pour la Sauvegarde des Oeuvres de l’Abbé Gillard, 2019, n.p. p. —

Homme d’église cultivé, l’abbé a des idées originales et bien arrêtées sur le christianisme. Il juge notamment ce tombeau trop piteux pour demeurer dans l’église et en 1943, le détruit ainsi que deux statues de sainte Onenne. L’abbé ne vise cependant pas à faire disparaitre Onenne de Tréhorenteuc. Il lui consacre, au contraire, une partie importante des aménagements de sa nouvelle église.

Dès 1943, il commande au sculpteur Edmond Delphaut deux statues en bois figurant les saints locaux, Judicaël et Onenne. Un prisonnier de guerre allemand, Karl Rezabeck, travaillant à Tréhorenteuc de 1945 à 1947, exécute les trois tableaux du chœur dont l’un représente sainte Onenne au milieu de sa famille.

Onenne au milieu de sa famille
Onenne au milieu de sa famille
Tableau du choeur de l’église de Tréhorenteuc
Karl Rezabeck

La sainte est également représentée en gardienne d’oies dans la troisième station du chemin de croix de Tréhorenteuc peint par le même Karl Rezabeck.

Troisième station du chemin de croix de Tréhorenteuc
Troisième station du chemin de croix de Tréhorenteuc
Karl Rezabeck

Il fait ensuite apposer une plaque de marbre sur le grand autel construit par Peter Wisdorf vers 1945-1946 pour illustrer la conclusion de sa Notice à Sainte Onenne : Dans l’emplacement de cette église élevée en son honneur a été enterrée sainte Onenne, Vierge, fête le 1er octobre.

Autel de l'église de Tréhorenteuc
Autel de l’église de Tréhorenteuc
Peter Wisdorf

De 1948 à 1949, il fait réaliser par Henry Uzureau un cycle de vitraux évoquant six épisodes de la vie de sainte Onenne, reprenant la version de la légende réécrite par ses soins en 1943.

Les retards dûs à la guerre et le manque d’argent seront profitables aux vitraux de la nef : cela laissa le temps à l’abbé Gillard de réorganiser les baies. Il n’y avait en effet qu’une seule baie du côté nord. Il la remplaça par une niche et ouvrit trois baies en symétries avec celles du midi (côté sud, celle du bas de l’église est aussi son œuvre). Il put ainsi développer un cycle consistant de six verrières sur la vie de Sainte-Onenne et son enterrement dans l’église. [...] Ce cycle de vitraux plus le tableau du chœur, illustre très précisément la notice publié par l’abbé Gillard en 1943.

Blot, Roger (2019) op. cit.
L'enterrement de sainte Onenne
L’enterrement de sainte Onenne
Vitrail de la nef de l’église de Tréhorenteuc
Henry Uzureau

L’abbé Gillard consacre la chapelle nord à la Vierge et demande vers 1948 à l’atelier d’Henry Uzureau d’en réaliser le vitrail. Il fait ouvrir un oculus dans le mur nord et choisit de représenter une Vierge couronnée, les mains jointes en prière, illustrée de la phrase : Celle qui aima Sainte Onenne. Là encore, le lien qui inféode le culte d’Onenne à celui de Marie est rappelé.

Vitrail de la chapelle de la Vierge de l'église de Tréhorenteuc
Vitrail de la chapelle de la Vierge de l’église de Tréhorenteuc
Henry Uzureau

L’abbé Gillard s’inscrit donc dans la continuité de la christianisation du culte d’Onenne par le clergé local. Comme ses prédécesseurs, il efface de l’église les traces archaïques de son culte, les remplaçant par des œuvres artistiques qui transmettent une vision plus conforme de l’histoire de la sainte. L’abbé, qui réintégre les oies dans la procession, l’a aussi déplacée au 15 août, jour du pardon de Notre-Dame, contribuant plus encore à assimiler le culte d’Onenne à celui de la Vierge.


Bibliographie

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BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

BOURGÈS, André-Yves, « Le dossier littéraire des saints Judicaël, Méen et Léri. », in Corona Monastica. Mélanges offert au père Marc Simon., Presse Universitaire de Rennes, 2004, (« Britannia Monastica »), p. 83-92, Voir en ligne.

CALVEZ, Marcel, « L’abbé Gillard (1901-1979) : Tréhorenteuc et la nouvelle topographie des romans de la Table ronde à Brocéliande », in Initiateurs et entrepreneurs culturels du tourisme (1850-1950), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 59-72.

CAPPELLI, Elisabeth et GÉRARDIN, Alain, L’église du Graal, Les oiseaux de papier, 2012.

EALET, Jacky, Tréhorenteuc en Brocéliande, Les oiseaux de papier, 2008.

GARABY, abbé Malo-Joseph de, Vie des bienheureux et des saints de Bretagne, pour tous les jours de l’année, Saint-Brieuc, 1839, Voir en ligne.

GILLARD, abbé Henri, « Le château de sainte Onenne », in Guide de Tréhorenteuc, 1943.

GILLARD, abbé Henri, « Notice sur sainte Onenne », in Documents inédits "in memoriam", Vol. 20, 1942, Josselin, Abbé Rouxel, 1987, (« Œuvres complètes : le recteur de Tréhorenteuc »), p. 57-62.

GILLARD, abbé Henri, « Sainte Onenne », in Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, les Éditions du Ploërmelais, 1951.

GILLARD, abbé Henri, Tréhorenteuc-Comper-Paimpont, Vol. 8, 1959, Josselin, Abbé Rouxel, 1980, 50 p., (« Œuvres complètes : le recteur de Tréhorenteuc »).

GILLARD, abbé Henri, Vérité et légendes : l’église de Tréhorenteuc, Josselin, abbé Roussel, 1972.

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LAURENT, Pierre, « Traditions et superstitions du Morbihan : Lettres de M. Le Douarain à M. l’abbé Mahé », Revue des traditions populaires, Vol. 24 / 11, 1909, p. 427-428, Voir en ligne.

LAURENT, Pierre, « Traditions et superstitions du Morbihan : Notes de l’abbé Marot (1838) », Revue des traditions populaires, Vol. 24 / 11, 1909, p. 429-432, Voir en ligne.

LE BAUD, Pierre, « Cronicques des Roys, Ducs et Princes de Bretaigne Armoricaine », in Histoire de Bretagne avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, Paris, Chez Gervais Alliot, 1638.

LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Au pays de Tréhorenteuc : découverte de ruines gallo-romaines et chrétiennes », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 39, 1927, p. 61-73, Voir en ligne.

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LOBINEAU, Dom Guy-Alexis, Les vies des saints de Bretagne et des personnes d’une éminente piété qui ont vécu dans la même province, avec une addition à l’Histoire de Bretagne, Rennes, La Compagnie des imprimeurs-libraires, 1725, Voir en ligne.

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ROBREAU, Bernard, « Yvain et les fées de Brocéliande », in Brocéliande ou le génie du lieu, Presses Universitaires de Grenoble, 2002, p. 147-148.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, p. 195-219, Voir en ligne.

SIMONIN, Michel, Folklore et pastorale en Bretagne au XVIle siècle : à propos du miracle de la cane de Montfort, 1975.

WALTER, Philippe, Arthur, l’ours et le roi, Imago, 2002.

WALTER, Philippe, Merlin ou le savoir du monde, Imago, 2000.


↑ 1 • Le Chronicon Briocense est une compilation anonyme, réalisée entre 1397 et 1416, de textes traitant de l’histoire de Bretagne. L’historien André-Yves Bourgès en a étudié la partie contenant la Vita Judicaelis.

Un nouvel examen [...] du texte qui figure dans le Chronicon Briocense (paragraphes 162-174) fait apparaitre que le chroniqueur a procédé, ici comme ailleurs, tout à la fois en démembrant et en regroupant différents textes qu’il a compilés ; à quoi vient s’ajouter son propre texte. On peut ainsi distinguer six parties [...] La première est écartelée entre le paragraphe 162 et le 174 : il s’agit d’un extrait de la généalogie de la dynastie de Domnonée, qui couvre les trois générations de Judual, Judhaël et Judicaël ; et qui fournit notamment les noms des quatre frères de Judhaël et ceux des dix-neuf frères et sœurs de Judicaël. L’ensemble de cette généalogie est également rapportée par Pierre Le Baud qui l’attribue explicitement à Ingomar ; elle figure avec quelques variantes en prologue de la vita de Winnoc. Il n’est pas possible de conclure explicitement que cette généalogie faisait effectivement partie du dossier hagiographique de saint Judicaël.

BOURGÈS, André-Yves, « Le dossier littéraire des saints Judicaël, Méen et Léri. », in Corona Monastica. Mélanges offert au père Marc Simon., Presse Universitaire de Rennes, 2004, (« Britannia Monastica »), p. 83-92, Voir en ligne.

↑ 2 • Winnoc ou Winoc est un saint breton du 7e siècle, apparenté à Judicaël. Fondateur du monastère de Bergues dans l’actuel département du Nord, il aurait évangélisé les Flandres françaises en compagnie de saint Josse, saint Madoc et saint Arnoc.

↑ 3 • Ce toponyme est attesté pour la première fois sous sa forme bretonne Neant (sans accent) en 1330. À l’origine, la commune ne portait que le nom de Néant, du breton Neñv signifiant « Les Cieux » ou « Le Paradis ». Un décret en date du 27 juin 1947 entérine le changement de nom de la commune qui s’appelle désormais Néant-sur-Yvel.

↑ 4 • Ces dates correspondent au temps de la grande fête celtique de Beltaine, fête de la lumière et du feu. Elle marque la fin de la saison sombre et le début de la saison claire

↑ 5 • Cette date correspond à la fête celtique de la Samain, fête religieuse qui célèbre le début de la saison « sombre » de l’année celtique