aller au contenu

Les statues de sainte Onenne

Les statues disparues de la sainte de Tréhorenteuc

L’église de Tréhorenteuc abritait trois statues de sainte Onenne mentionnées jusqu’au début du 20e siècle, ainsi que le tombeau de la sainte définitivement détruit en 1943.

Sainte Onenne est la patronne secondaire de Tréhorenteuc. C’est Eutrope, évêque de Saintes (Charente-Maritime), qui est, d’après la tradition locale, le premier saint de la paroisse. Considérée comme une des sœurs du roi Judicaël, Onenne aurait eu une existence historique à la fin du 6e ou au début du 7e siècle. Son culte n’est attesté que dans la seule paroisse de Tréhorenteuc où l’église et une fontaine lui sont dédiées. Onenne possédait aussi son tombeau dans l’église, trois statues ainsi qu’une bannière portée lors de processions à la fontaine. Les statues de sainte Onenne, aujourd’hui détruites, sont mentionnées dans l’église de Tréhorenteuc jusqu’au début du 20e siècle.

Un ancien tombeau de la sainte détruit au début du 19e siècle

En 1835, L’abbé Marot de Rochefort-en-Terre mentionne l’existence d’un monument funéraire de l’église de Tréhorenteuc dédié à sainte Onenne.

Vers 1814, le recteur ou le chapelain a si bien fait disparaitre le tombeau de sainte Onène qu’on ne se rappelle pas bien l’endroit précis où il était, il s’élevait de plus d’un pied au-dessus du sol.

Selon le chanoine M. Garaby, son tombeau comprenait une chasse de plomb renfermant son corps.

Elle se fit enterrer parmi les pauvres, près la dernière porte, et un recteur ayant trouvé sa châsse en plomb, la fit transporter ailleurs, il y a plus de cent ans.

GARABY, abbé Malo-Joseph de, Vie des bienheureux et des saints de Bretagne, pour tous les jours de l’année, Saint-Brieuc, 1839, Voir en ligne. p. 130

Sigismond Ropartz met en doute le fait que cette chasse et donc ce tombeau soient contemporains de la mort d’Onenne au 7e siècle.

[...] Je ne dis rien de cette hardiesse a affirmer les intentions de sainte Onenne pour sa sépulture, tout comme s’il s’agissait d’une grande dame du XVIIe siècle, qui aurait consigné ce vœu d’humilité dans une clause de son testament ; je veux dire seulement que cette châsse de plomb au VIIe siècle me parait suspecte. Dans ce temps-là on enterrait dans des cercueils de pierres creusées comme des auges.

Ropartz, Sigismond (1861) op. cit., p. 211

L’abbé Le Claire, quant à lui, évoque l’existence d’un tombeau et d’ossements découverts au début du 20e siècle.

Peu de temps après, elle mourut et son corps fut mis dans une châsse de plomb et inhumé dans l’église de Tréhorenteuc, à l’endroit où l’on voit sa statue couchée, près de la petite porte, du côté du midi. On ignore ce qu’est devenu le cercueil de plomb et les restes sacrés de la jeune vierge. Toutefois et récemment, nivelant et refaisant le dallage de l’église, on a trouvé à l’endroit du tombeau une tête que l’on croit être celle de Sainte Onenne.

LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Au pays de Tréhorenteuc : découverte de ruines gallo-romaines et chrétiennes », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 39, 1927, p. 61-73, Voir en ligne. p. 73

La statue d’Onenne au tombeau

Le tombeau initial de sainte Onenne, détruit au début du 19e siècle a été remplacé par un monument funéraire détruit en 1943.

Sigismond Ropartz nous décrit une deuxième statue, associée à ce second tombeau de la sainte.

Une seconde statue bizarrement placée près de la porte d’entrée est du XVIIIe siècle, elle surmontait autrefois un tombeau ; elle est aujourd’hui suspendue à un pied du sol, une pierre sous la tête, une autre sous les pieds. C’est très-certainement la Vierge de Bouchardon qui a servi de modèle à quelque sculpteur de province, pour agencer cette statue. Elle est en bois. Feu M. de Garaby, qui a consacré une notice à sainte Onenne dans sa Vie des Bienheureux et Saints de Bretagne, au 30 avril, écrit à ce propos : « L’ancienne statue la montre couchée, les mains jointes, mourant d’hydropisie ». Vous avouerez, ami lecteur, que dans une église une pareille représentation, quand même ce serait un chef d’œuvre, comme la célèbre toile de Gérard Dow, serait fort drôlatique. Mais j’affirme que l’imagination a fait tous les frais de cette description, et qu’à la vue de la statue, le plus fin disciple d’Hippocrate et de Gallien serait bien empêché de dire de quelle maladie la sainte est morte.

Ropartz, Sigismond (1861) op. cit., p. 210
Tombeau de sainte Onenne de l'église de Tréhorenteuc
Tombeau de sainte Onenne de l’église de Tréhorenteuc
A.D. I-V.

Adolphe Orain mentionne la même statue en 1879.

Sur la lisière de la forêt de Brocéliande, est une petite commune du Morbihan appelée Tréhorenteuc. J’ai vu dans l’église de ce village une énorme statue de bois, grossièrement faite, qui représente Sainte Onenna, [...] couchée sur le dos, atteinte d’hydropisie. Les personnes affectées de cette maladie, qu’on appelle l’enfle dans le pays, - viennent de très loin en pèlerinage à Sainte-Onenna

ORAIN, Adolphe, De la vie à la mort : folklore de l’Ille-et-Vilaine, Vol. 1, Paris, J. Maisonneuve, 1897, Voir en ligne. p. 294

.

Jean Markale est le dernier à en donner une description avant que l’abbé Gillard ne la détruise.

Dans le chœur, une sorte de tombeau surmonté d’une statue de jeune fille allongée, au ventre disproportionné. L’ensemble était ahurissant. Le recteur me dit qu’il s’agissait du tombeau de sainte Onenne, la sainte du pays, patronne de la paroisse.

MARKALE, Jean, La forêt de Brocéliande, Rennes, Ouest France, 1977. [pages 52-53]

La statue d’Onenne en martyre

Une seconde statue d’Onenne, en martyre, était située dans l’église de Tréhorenteuc à côté de l’autel. Elle est très certainement contemporaine de la reconstruction de l’église par l’abbé Brogard en 1825. La description la plus complète provient du compte-rendu de la visite de Sigismond Ropartz à Tréhorenteuc en 1861.

Il y a dans l’église plusieurs représentations de sainte Onenne. D’abord, la statue, du côté de l’Évangile, au maître autel ; c’est un magot qui n’a ni sexe, ni âge, fabriqué à coup de hache par un charpentier de l’endroit, il y a trente ans. On reconnaît que ce tronc à peine dégrossi a une couronne sur la tête et une palme dans la main ; je comprends jusqu’à un certain point la couronne, mais pourquoi la palme ? Il n’y a pas une seule tradition qui fasse de sainte Onenne une martyre.

Ropartz, Sigismond (1861) op. cit., p. 210

Le chanoine Garaby indique que son manteau était décoré d’hermines. —  GARABY, abbé Malo-Joseph de, Vie des bienheureux et des saints de Bretagne, pour tous les jours de l’année, Saint-Brieuc, 1839, Voir en ligne. p. 445 —

Quant à Félix Bellamy, il précise qu’elle tenait la palme dans la main droite, un livre dans la gauche et qu’elle était placée dans une niche à gauche de l’autel. —  BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. p. 189 —

Cette statue, mentionnée jusque dans les années 1920, à été détruite par l’abbé Gillard en 1943.

La destruction des statues

L’abbé Gillard est nommé à Tréhorenteuc en 1942. Dès 1943, il détruit les deux statues de sainte Onenne, ainsi que son tombeau.

Son tombeau ou plutôt son cénotaphe, était encore, au siècle dernier, l’objet d’une attraction formidable. Il a été déplacé en 1814, redéplacé en 1927 et enfin supprimé en 1943. Il était alors au bord de la 3e fenêtre de gauche. Il servait anciennement, ainsi que le « chanteau » et la chapelle « Notre-Dame », à repérer certaines inhumations faites à droite, à gauche, en avant ou en arrière du tombeau de sainte Onenne.

GILLARD, abbé Henri, « Sainte Onenne », in Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, les Éditions du Ploërmelais, 1951. [page 35]

L’abbé Gillard, homme d’église cultivé, a des idées originales et bien arrêtées sur le christianisme. Il juge certainement ces statues trop païennes et archaïques pour pouvoir demeurer dans l’église. Il s’explique lui même à ce sujet.

Mais la mode à changé. Cette église, vétuste et encombrée d’objets hétéroclites, est devenue la plus belle et la plus riche de la région.

Gillard, abbé (1955) op. cit., p. 24

Jean Markale confirme la destruction du tombeau et des statues par l’abbé Gillard.

[...] le tombeau de sainte Onenne était affreux. L’année suivante, l’abbé Gillard le fit disparaitre. « Tu comprends », me disait-il, « il n’y a que les filles et les femmes qui venaient la prier. Les femmes pour que sainte Onenne leur évite d’attraper l’hydropisie parce qu’elles boivent de trop, les filles pour ne pas avoir le gros ventre lorsqu’elle sont allées trop souvent dans les champs de genêts avec les garçons ! »

Markale, Jean (1984) op. cit., p. 53

La statue d’Onenne à la guivre

Une troisième et dernière statue d’Onenne, estimée du 15e siècle, est décrite par Sigismond Ropartz en 1861.

Personne n’a parlé non plus d’une statuette en bois ayant tous les caractères d’une sculpture du XVe siècle et qui me paraît représenter aussi sainte Onenne, quoique le socle ne porte aucun nom, et que partout ailleurs je l’eusse prise moi-même pour une sainte Marguerite. Une sorte de diadème ceint une épaisse et longue chevelure, qui lui tombe jusqu’aux reins, et qui ne messied point trop peut-être à une princesse des temps mérovingiens. L’étroite et longue tunique qui la serre est garnie d’hermines au col et aux poignets, ce qui convient à une princesse bretonne ; car si les hermines ne signifiaient rien au XIIe siècle, elles signifiaient beaucoup au XVe, quand a été sculptée cette figurine. Enfin, on voit se tordre une horrible guibre, dont la gueule béante mâche les derniers plis de la robe de la sainte, et dont la queue squameuse enserre sa ceinture, tandis que la bienheureuse, les mains jointes, garde, dans sa prière, la paix de Dieu. Ce symbole qui est celui de la victoire de la prière sur l’enfer, peut être rendu commun à toutes les saintes, et à mon sentiment, je le répète, la statuette que je viens de décrire, est une figure de sainte Onenne, beaucoup plus ancienne, et à tous les points de vue beaucoup plus intéressante que toutes les autres.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, p. 195-219, Voir en ligne. p. 212

Dans cette description, il est intéressant de noter la présence de la guibre, guivre ou encore vouivre. Ce serpent-dragon lié à de multiples interprétations pré-chrétiennes est un symbole semblable à la Morigane, déesse celtique des eaux.

En 1955, l’abbé Gillard mentionne une statue de sainte Marguerite dans l’église de Tréhorenteuc. La gravure réalisée par Jean Delpech pour la brochure de l’abbé correspond en tout point à la description de la statue de Sainte Onenne à la guivre par Sigismond Ropartz.

Sainte Marguerite
Sainte Marguerite
—  GILLARD, abbé Henri, HAUTECCOEUR, Louis et DELPECH, Jean, La Mystique des Nombres dans les Beaux-Arts, Ploërmel, Les Éditions du Ploërmelais, 1955, 65 p., (« Le recteur de Tréhorenteuc »).
[page 43] —
Abbé Gillard -Jean Delpech

Dans La Mystique des Nombres dans les Beaux-Arts, l’abbé Gillard décrit cette statue dans tous ses détails. Il omet pourtant de mentionner les hermines. Pourtant, comme le notait Sigismond Ropartz en 1861, leur présence sur le col et les manches de la sainte est un indice fort pour l’attribuer à Onenne. D’ailleurs, la statue d’Onenne en martyre décrite par le chanoine Garaby en 1839 était elle aussi décorée d’hermines. —  GARABY, abbé Malo-Joseph de, Vie des bienheureux et des saints de Bretagne, pour tous les jours de l’année, Saint-Brieuc, 1839, Voir en ligne. p. 445 —

La statue dite de sainte Marguerite, encore visible dans le narthex de l’église de Tréhorenteuc il y a une dizaine d’année, est aujourd’hui introuvable. L’abbé Lebel, nouveau curé de Tréhorenteuc depuis 2018, en a laissé une photographie dans le Livre d’or de l’église afin de permettre son éventuelle redécouverte.

Statue de sainte Marguerite de l'église de Tréhorenteuc
Statue de sainte Marguerite de l’église de Tréhorenteuc
Marie Tanneux

La statue d’Edmond Delphaut

La destruction du tombeau et de deux des trois statues d’Onenne par l’abbé Gillard n’a pas pour objet de faire disparaître Onenne de Tréhorenteuc. Il lui consacre au contraire une partie importante des aménagements de sa nouvelle église. Dès 1942, il commande à Edmond Delphaut (1873-1957) deux statues en bois figurant saint Judicaël et Sainte Onenne.

Le prix convenu en fin 1942 était de 7 000 F pour les deux statues, mais l’inflation était telle qu’Edmond Delphaut exigea une augmentation très sérieuse et finalement, un compromis eut lieu à 17 000 F. Il est vrai qu’entre temps, on était passé du chêne au hêtre et que les statues avaient été agrandies de 10 cm. Du reste, elle valaient bien ce prix. Mais avec ces discussions, l’exécution fut retardée. Les deux statues signées portent la date de 1944.

BLOT, Roger, L’abbé Gillard et les artistes de Tréhorenteuc, Josselin, Association pour la Sauvegarde des Oeuvres de l’Abbé Gillard, 2019, n.p. p.
Statue de sainte Onenne
Statue de sainte Onenne
Edmond Delphaut

Les yeux sont tournés vers le ciel. Pour mettre la petite Onenne au même niveau que son grand frère [Judicaël], on l’a hissée sur un socle plus développé, sur lequel un relief la montre en gardienne d’oies. Elle tient dans ses mains un bouquet de roses, destiné selon l’histoire, à fleurir la Vierge Marie.

BLOT, Roger, L’abbé Gillard et les artistes de Tréhorenteuc, Josselin, Association pour la Sauvegarde des Oeuvres de l’Abbé Gillard, 2019, n.p. p.
Socle de la statue de sainte Onenne
Socle de la statue de sainte Onenne

Bibliographie

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

GARABY, abbé Malo-Joseph de, Vie des bienheureux et des saints de Bretagne, pour tous les jours de l’année, Saint-Brieuc, 1839, Voir en ligne.

GILLARD, abbé Henri, « Sainte Onenne », in Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, les Éditions du Ploërmelais, 1951.

LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Au pays de Tréhorenteuc : découverte de ruines gallo-romaines et chrétiennes », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 39, 1927, p. 61-73, Voir en ligne.

MARKALE, Jean, La forêt de Brocéliande, Rennes, Ouest France, 1977.

MAROT, abbé Pierre et HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Notes de l’abbé Marot », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1907, p. 275-302, Voir en ligne.

ORAIN, Adolphe, De la vie à la mort : folklore de l’Ille-et-Vilaine, Vol. 1, Paris, J. Maisonneuve, 1897, Voir en ligne.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, p. 195-219, Voir en ligne.