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La Vita de saint Léri - I

Léry, saint breton du 7e siècle

Léry, anciennement écrit Laurus ou Léri, est un saint breton dont l’audience se limite à la paroisse de Saint-Léry (Morbihan). Son culte a attiré l’attention des historiens en raison d’un crime au 9e siècle élucidé lors d’une « clameur », un rituel mis en œuvre pour démasquer les assassins.

Léry, saint breton du 7e siècle

La renommée de saint Léri se limite à sa paroisse éponyme. Du saint, nous savons peu de choses mais sa Vita rapporte une rare description d’un rituel, la grande « clameur », qui humilie le saint dans une affaire de meurtre au 9e siècle.

Léri est considéré comme un saint local du 7e siècle, contemporain du roi Judicaël qui lui aurait fait donation d’un ermitage laissé vacant par saint Elocau, au bord du Doueff qui contourne le village de Saint-Léry (Morbihan).

Eglise de Saint-Léry
Eglise de Saint-Léry
Crédits photo Estève, Georges (photographe) - Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l’architecture et du patrimoine - diffusion RMM
Georges Estève

Le nom du saint prête à confusion. Léri porte un nom breton, en latin il est appelé Laurus, ce qui correspond à Laur en français, mais à Montertelot (Morbihan) où il aurait vécu un temps, s’il s’agit bien du même, Laurus se traduit Lor en breton 1 (comme saint Paul, Paulus, se traduit Pol). L’ancien calendrier de l’abbaye de Saint-Méen marque la fête de saint Léri/saint Laur au 30 septembre, mais à Montertelot, qui honore Laur comme saint patron, on ne reconnaît plus Laur et Léri comme un seul et même personnage.

La Vita Leri

Une copie manuscrite du 18e siècle

La vie et le culte de saint Léri ne sont connus qu’à travers deux manuscrits, réunis par les moines bénédictins de Saint-Maur au 18e siècle, conservés à la Bibliothèque nationale 2.

  • Le premier texte, De Sancto Lauro, développe un miracle posthume de saint Léri, consécutif à l’assassinat du prêtre Vinegrial au 9e siècle. Il est extrait d’un livre manuscrit de Montfort qui semble avoir appartenu à la paroisse de Saint-Léri , transmis par le R. P. Alain Le Large, Chanoine Régulier, autrefois Prieur de Montfort en Bretagne. Dom Lobineau, qui l’a eu en main, précise qu’il s’agit d’un bréviaire.
  • Le deuxième texte, intitulé St Leri, provient d’un ouvrage liturgique à usage monastique, l’Office de saint Léri confesseur (Officium sancti Lauri confessoris). Le manuscrit a été transmis aux mauristes par le comte de Plélo-Bréhant, seigneur de saint Léry, Mauron. Le manuscrit, incomplet, a été découpé en leçons pour l’office.

La Vie de Léri, présentée dans l’Office de saint Léri confesseur, n’est pas à proprement parler une Vita du saint, mais une suite de leçons édifiantes sur sa vie lue par les moines.

Depuis le IXe siècle, les liturgistes appellent couramment « historia 3 » le récit de la vie d’un saint qui sert de base à la composition de sa « legenda », c’est-à-dire du texte qui « doit être lu » durant l’office du saint.

MERDRIGNAC, Bernard, « Les sources hagiographiques du haut Moyen Âge : l’exemple de la Bretagne », Revue d’histoire de l’Église de France, 2000, p. 437-446, Voir en ligne. [page 13 et note 2]

Le document source « De Sancto Lauro. St Leri. » a été transcrit et traduit intégralement par Catherine Le Hénaff-Rozé ( Voir Manuscrit Bibliothèque nationale, fr. 22321).—  LE HÉNAFF- ROZÉ, Catherine, La Vie latine de saint Léri. Texte latin, traduction, commentaire, mémoire de maîtrise d’histoire sous la direction de Gw. Le Duc, Université de Haute Bretagne, 1997. [pages 67-95] —

La datation des sources

On a longtemps pensé que ces deux textes s’inspiraient d’une Vita de saint Léri. Catherine Le Hénaff-Rozé montre qu’il faut dissocier la vie du saint proprement dite du récit miraculaire. André-Yves Bourgès, spécialiste de l’hagiographie médiévale bretonne, l’a rejoint sur cette question.—  BOURGÈS, André-Yves, « Hagiographie et langue bretonnes : quelques notes sur les apports des Mauristes au Glossarium de Du Cange, note 51. », 2018. —

Dom Lobineau (1667-1727), un moine bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, a rédigé la première narration connue de la vie de saint Léri en français en 1725. —  LOBINEAU, Dom Guy-Alexis, Les vies des saints de Bretagne et des personnes d’une éminente piété qui ont vécu dans la même province, avec une addition à l’Histoire de Bretagne, Rennes, La Compagnie des imprimeurs-libraires, 1725, Voir en ligne. op. cit. pp. 157-159 —

Les vies des saints de Bretagne de Lobineau ont fait l’objet d’une nouvelle édition en 1836. L’abbé Tresvaux a sensiblement enrichi le panégyrique de saint Léri. —  LOBINEAU, Dom Guy-Alexis et TRESVAUX, abbé François-Marie, Les vies des saints de Bretagne et des personnes d’une éminente piété qui ont vécu dans cette province, Vol. 2, Nouvelle édition, Paris, chez Méquignon junior, 1836, Voir en ligne. — ( Voir Dom Lobineau (1725) et l’abbé Tresvaux (1836)).

Depuis Les vies des saints de Bretagne de Lobineau, les commentateurs s’accordent pour dater la Vita Leri du 9e siècle. L’expression selon l’Ordre Romain (ut ordo Romanicus), utilisée lors des funérailles de Vinegrial, a été interprétée comme un critère de datation après la refondation de Saint-Méen de Gaël par Charlemagne en 794 et l’instauration de la réforme bénédictine.

Tous les ornements de l’église demeurèrent ainsi par terre jusqu’à ce qu’on eût donné la sépulture au mort ; ce qui fut exécuté selon l’Ordre Romain, & c’est une remarque de l’auteur, qui n’a spécifié sans doute cette singularité que comme un établissement nouveau ; ce qui confirme l’idée que nous nous sommes formée du temps auquel il a vécu. Charlemagne est le premier qui a introduit en France l’Ordre Romain ; & l’auteur, qui rapporte comme une nouveauté digne d’être remarquée une cérémonie faite suivant les règles contenues dans ce livre, doit avoir vécu peu de temps après le règne de Charlemagne, qui mourut en 814.

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Arthur de la Borderie (1827-1901) a intégré le récit dans le second tome de son Histoire de Bretagne publié en 1893. Il s’appuie sur les mêmes arguments du rite romain pour dater la composition de ce texte dans la première moitié du 9e siècle.—  LA BORDERIE, Arthur le Moyne de, Histoire de Bretagne : de l’année 753 à l’année 995, Vol. 2, Rennes, Plihon & Hervé, 1893, Voir en ligne. p. 250  —

La Chronique de l’abbaye Saint-Julien de Tours - Chronicon rhythmicum Sancti Juliani Turonensis -, début du 12e siècle, contient également des éléments de la vie de Léri 4. L’auteur de la Chronique utilise la titulature de Judicaël dans les mêmes termes que l’Officium sancti Lauri, ainsi que plusieurs formules relatives à saint Léri qui démarquent le texte extrait du bréviaire manuscrit de Montfort 5. —  BOURGÈS, André-Yves, « Le dossier littéraire des saints Judicaël, Méen et Léri. », in Corona Monastica. Mélanges offert au père Marc Simon., Presse Universitaire de Rennes, 2004, (« Britannia Monastica »), p. 83-92, Voir en ligne. —

André-Yves Bourgès a repoussé la datation de la Vita de Léri aux 11e-12e siècles. La séquence de la « clameur » dont il va être question après l’assassinat de Vinégrial illustre un rite « clunisien » attesté à la même époque.

Le culte de saint Léri

Une affaire de meurtre

D’après le manuscrit De Sancto Lauro, le prêtre assassiné, Vinegrial, devait desservir l’église de Saint-Léry parce qu’aucun des moines du petit monastère de saint Léri n’était prêtre. Il faisait vraisemblablement la navette entre Saint-Léry et le plou de Mauron (paroisse dont Saint-Léry est une trève), d’où l’utilité du cheval à bas duquel le jettent les deux assassins. — Le Hénaff-Rozé, Catherine (1997), op. cit. p. 139 —

Vinegrial cachait son argent et les sommes que lui confiaient ses paroissiens dans la chapelle. Les moines s’en emparèrent.

Arthur de la Borderie a traduit le miracle posthume de saint Léri dans le second tome de son Histoire de Bretagne, friand de récits anecdotiques. Aujourd’hui les historiens ne portent plus le même regard sur un récit comme celui-ci.

Difficile de trouver un document qui peigne plus vivement les mœurs du IXe siècle. L’histoire, l’archéologie ont à y cueillir des renseignements précieux. L’église du petit moutier de Saint-Léri était à coup sûr modeste, cependant on l’appelle Basilica, preuve que dans l’usage courant de ce temps, ce mot ne désignait pas, comme certains le veulent, des églises d’une importance spéciale. Il semble qu’elle était tout en bois : quand il est question de la voûte ou plafond qui surmonte l’autel, et de la chambre où le prêtre serre son argent, on ne parle ni de pierres ni de murailles mais seulement de poutres ou de madriers, trabes — on étale devant nous, par terre, tout le mobilier de cette modeste église, et il est assez complet ; tentures (palliola), nappes et linges sacrés (sindones), voiles d’autel (vela altaris), livres, croix, chandeliers ou candélabres (candelabra). Le personnel répond très bien aux indications des chartes de Redon : le prêtre qui gouverne l’église ou la paroisse, c’est Winegrial : avec lui, deux auxiliaires, deux clercs (les deux assassins), seulement, comme c’est ici un clergé monastique, les deux clercs portent le nom de « disciples », c’est à dire qu’ils sont des moines soumis à un supérieur. Enfin, nous trouvons aussi le portier ou gardien (custos), chargé de la police et de la bonne tenue de l’église.

L’abbé le Claire (1853-1930) 6 a très tôt contredit Arthur de La Borderie qui voulait voir en Vinegrial un moine, surtout, croyons-nous, pour les besoins de la thèse qu’il émet : à savoir que la plupart des églises de ce pays sont d’origine monastique. 7—  LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Transcription dactylographiée par Jean-Claude Fichet d’un manuscrit de l’abbé Le Claire de 1920 sur Saint-Léry », Mauron, 1980, Voir en ligne. —

En ce qui concerne La Borderie historien… j’ai l’impression que, pour l’histoire de la Bretagne, il privilégie les sources narratives, les chroniques, il voudrait utiliser des sources qui donnent une histoire, des récits très intéressants. Pour cette raison, il a utilisé la vie des saints.

JONES, Michael, « Colloque à l’occasion du centenaire de la mort de l’historien : Hommage à Arthur de La Borderie », Bulletin et mémoires de la SHAIV, Vol. 106, 2002, p. 230.
Porche de l'église de Saint-Léry
Porche de l’église de Saint-Léry
(de gauche à droite) Elocau, Judicaël, Léry, Anne de Bretagne et Vinegrial

La « grande clameur »

Sous l’apparence d’un roman « policier » dans le genre du Nom de la Rose, André-Yves Bourgès souligne que ce récit met en évidence, tout autant que l’intervention du saint, le flair de ceux qui démasquèrent les criminels. Tous les protagonistes, dont le narrateur, parent et cousin du prêtre, appartiennent à la même famille. —  BOURGÈS, André-Yves, « Le dossier littéraire des saints Judicaël, Méen et Léri. », in Corona Monastica. Mélanges offert au père Marc Simon., Presse Universitaire de Rennes, 2004, (« Britannia Monastica »), p. 83-92, Voir en ligne. [page 10] —  —

Au centre du récit criminel, André-Yves Bourgès a reconnu le rituel de la clameur souvent associé à l’humiliation des reliques.—  BOURGÈS, André-Yves, « Hagiographie et langue bretonnes : quelques notes sur les apports des Mauristes au Glossarium de Du Cange, note 51. », 2018. [pages 12-13] —

Les origines de la « clameur » sont à la fois littéraires (bibliques) et historiques, initialement comme pratique juridique bien attestée dans l’Europe carolingienne : clamor signifie complainte légale et un clamator est un plaignant. Plus tard les moines ont développé la pratique de la clameur à Dieu et à ses saints et Bernard de Cluny (1100-1140) en a défini la procédure en associant la population à la prière. — Bourgès, André-Yves (2018) op. cit. p. 13 —

Un livre liturgique de Saint-Martin de Tours différencie la grande et la petite clameur. La grande clameur (magnus clamor) organise l’humiliation des reliques.

Inverser complètement la hiérarchie de la vénération dans le but de montrer combien le saint souffre de la conduite de certains malfaiteurs et par là exercer une pression non seulement sur ces derniers bien sûr mais aussi sur le saint pour hâter la solution du conflit.

LESTER, K. Little, « La morphologie des malédictions monastiques », Annales, économies, sociétés, civilisations, Vol. 34ᵉ année / n°1, 1979, p. 43-60, Voir en ligne.

Le narrateur, sans doute un dignitaire religieux de haut rang, rapidement prévenu en pleine nuit, ordonne de dépouiller l’église de tous les ornements et organise immédiatement l’humiliation des reliques du saint, maintenant considéré avec mépris pour n’avoir pas su défendre le lieu où il repose.

Lorsque nous parvînmes au monastère de saint Léri, considérant ce lieu comme méprisable à cause des homicides et même des parricides, nous ne l’adorâmes pas dans le lieu qui lui est consacré, mais nous le regardâmes avec mépris, disant au gardien : « Éteins la lumière qui brille dans la chapelle du petit vieux sourd, et dépose à terre les nappes, les corporaux et les autres linges de l’autel, les livres, les croix et les candélabres, et tous ses ornements, afin que, de même que cette nuit nous sommes en deuil à cause de notre ami, de même son église reste jusqu’au matin nue et privée des honneurs des hommes. »

(De Sancto Lauro II, §6)

Léri, tenu pour responsable de la situation, est ensuite sommé de désigner les coupables devant l’assemblée pendant que Vinegrial est enseveli conformément au rite romain.

Pourquoi, saint Léri, as-tu permis qu’un tel prêtre soit tué par des méchants ? Pourquoi n’as-tu pas brisé le cœur des sacrilèges en les frappant d’épouvante, pour qu’ils ne tuent pas ton prêtre ? Pourquoi n’as-tu pas fait en sorte de les dénoncer à l’aide de signes manifestes quand ils l’ont tué ? Pourquoi enfin ne nous montres-tu pas où chercher ces homicides que nous ne connaissons pas ? Nous te tiendrons assurément comme responsable à leur place en tant que gardien si tu ne nous les trouves pas. 

(De Sancto Lauro II, §8)

Le miracle se produit après les funérailles. Des traces de sang sont alors remarquées sur les vêtements des meurtiers signifiant leur culpabilité. Derechef saint Léri rentre en grâce et les coupables sont condamnés.

Puis, comme, désespérant presque, chacun d’entre nous commençait à regagner sa demeure, le Seigneur, grâce aux mérites de saint Léri, intervint, et certains d’entre nous, particulièrement observateurs, virent des traces de sang non lavé, et quelques gouttes de sang non lavées, sur les vêtements des sacrilèges dont nous parlions qui avaient tué notre ami. (De Sancto Lauro II, §11)
Toi (Dieu), qui fais des miracles la-haut dans le ciel et sur terre ici-bas, qui a manifesté ce pouvoir par l’intermédiaire de saint Léri ; nous l’avons injurié et tenu en grand mépris, maintenant grâce à Toi nous le vénérons. (De Sancto Lauro II, §12)
Cela fait, suite à un juste jugement de Dieu, ces malfaiteurs, ces voleurs, ces envieux, ces perfides, ces menteurs, ces homicides, ces sacrilèges, ces parricides, détenus sous la main de la justice, après avoir d’abord eu les mains coupées comme ils le méritaient, furent pendus à deux gibets avec un écriteau placé au-dessous d’eux, comme c’est le châtiment habituel des voleurs. (De Sancto Lauro II, §13)

Un saint se caractérise par sa virtus, la force qui opère des miracles par médiation divine. Léri guérit les aveugles, les paralytiques, les possédés, les fièvres et l’épilepsie, remet sur pied les agonisants, et apprivoise des animaux sauvages comme nombre de saints bretons 8. Léri accomplit des miracles bien après sa mort au voisinage de ses reliques, malgré quoi, le culte de saint Léri est resté très localisé. Le monastère de saint Léri a dû se trouver en effet rapidement, sinon dès l’origine, dans l’orbite de celui de Saint-Méen. — Le Hénaff-Rozé Catherine (1997) op. cit, p. 45 —

Les reliques de saint Léri/saint Laur

Dans l’église de Saint-Léry, un imposant gisant du 16e siècle en granit prend place dans un enfeu du mur nord de la nef. Le sarcophage a été ouvert le 22 avril 1802 en présence de MM. Jallu, recteur de Saint-Léry, Barré, curé de Mauron et Bertrand de la Morlais, président de la fabrique, et trouvé absolument vide. — Le Claire, Abbé (1924) op. cit. p. 43 —

Le corps de S. Léry fut inhumé dans le cercueil de pierre venu du pays de Vannes. Il s’y trouvait encore à l’époque de Winegriall. On le chercherait en vain aujourd’hui sous le sarcophage qui se voit dans l’église de Saint-Léry. Depuis longtemps, il n’y est plus. Vers l’an 920, ses disciples, craignant l’arrivée des hordes normandes qui saccageaient tout, le mirent dans une châsse en bois et le transportèrent sur leurs épaules jusqu’à Tours et le placèrent dans l’église monastique de Saint-Julien.

Le Claire, Abbé (1924) op. cit.
Carte postale du Tombeau de saint Léry
Carte postale du Tombeau de saint Léry
En écriture gothique « CY FUT MIS( ?) LE CORPS DE MONSIGNEUR SAINCT LERI »

La Chronique rimée du monastère Saint-Julien de Tours l’atteste.

Nous avons en effet ici un confesseur [de la foi] éminent,
L’éminent confesseur Laur très bienheureux 9

SALMON, André, « Chronicum Rhythmicum Sancti JulianiTuronensis », in Brevis Historia Sancti Juliani Turonensis : Recueil de chroniques de Touraine, Imprimerie Ladevèze, 1854, p. 235, Voir en ligne. p. 241

Une lettre de Jean, archevêque de Tours, atteste que le corps de Léri (de corpore sancti LAURI Abbatis), parmi d’autres saints, avait été placé dans un nouveau reliquaire au 15e siècle, jusqu’à ce que Condé les détruise pendant les guerres de religion.—  MABILLON, Jean et ACHERY, Luc, Acta Sanctorum Ordinis sancti Benedicti, Saeculum V, 1685, Voir en ligne. p.134 ; 143-145 —

L’abbé Le Claire apporte ensuite d’intéressantes précisions.

Les reliques actuelles de S. Léry que possède l’église paroissiale proviennent de l’église de Montertelot près Ploërmel. Le patron de cette église est S. Laur que l’on identifie avec S. Léry. M. Piederrière, recteur de Saint-Léry, s’informa près de Tours pour savoir si quelques ossements de S. Léry avaient échappé au vandalisme des Protestants. On lui répondit, le 12 décembre 1863, que S. Léry était totalement inconnu au diocèse de Tours et que ses reliques ne s’y trouvaient plus. M. Piederrière s’adressa alors à Vannes pour avoir l’autorisation d’en prendre à Montertelot. Ce qui lui fut accordé par lettre du 27 juin 1864, et le 26 août suivant M. Gazaillan permit de les exposer à la vénération des fidèles. Ces reliques de S. Laur, conservées à Montertelot, consistaient en un fragment d’os assez considérable, authentifié le 27 mai 1839 par M. Videlo, vicaire général. La croyance populaire identifie Laur et Léry et en fait un seul et même personnage. Leur fête a lieu le 30 septembre. […] La légende de S. Laur de Montertelot ressemble à celle de S. Léry avec cette dissemblance qu’à Montertelot c’est un boucher qui, par mépris, est venu laver ses tripes dans l’eau de la fontaine… en punition de quoi Montertelot n’a eu oncques de boucher comme Saint-Léry de boulanger.

Le Claire, Abbé (1924) op. cit. p. 25-27
Reliquaire de saint Laur à Montertelot
Reliquaire de saint Laur à Montertelot

À Saint-Léry, la légende fait venir la dépouille de Léri dans un cercueil en pierre traîné par des bœufs et suivi d’un petit chien. Arrivé au pont du Val, le charriot s’arrête et un méchant boulanger se met à injurier l’arrivant et à jeter des pierres au petit chien : en punition de quoi, il n’y aura plus de boulanger à Saint-Léry. D’où le jeune chien couché (un lévrier, dit-on) aux pieds du gisant de Saint-Léry, et à défaut de boulanger, une rue de la boulangerie dans le bourg …— Le Claire, Abbé (1924) op. cit. p. 13 —

Gisant de saint Léry
Gisant de saint Léry

Un miracle dont l’histoire ne nous est pas parvenue

Deux bas-reliefs sont accrochés dans l’église en face du tombeau. Le panneau de gauche se rapporte à la Vierge Marie (et non à Léri comme le pensait l’abbé Le Claire). À droite : au registre supérieur, saint Léri est exhaussé par des anges (le migravit) ; au registre inférieur, le transport des reliques du saint (la translatio) est, comme souvent, propice à un miracle.

Panneau sculpté de l'église de Saint-Léry
Panneau sculpté de l’église de Saint-Léry

Au-dessus du tombeau on voit deux panneaux sculptés, également du XVIe siècle. Le premier représente un religieux (S. Léry) mourant au milieu de ses frères ; il n’y a de particulier que la présence d’une femme (la reine Morone, sans doute) agenouillée au premier plan entre deux moines qui récitent des prières ; le moribond (ou mort) étendu sur sa couche.
Le deuxième panneau est divisé en deux parties. Dans la partie supérieure, un personnage dont on ne voit que l’extrêmité de la robe (S. Léry) enlevé au ciel par deux anges et aussi un seigneur sortant d’un petit château bâti avec tourelles et bastions comme au moyen-âge (sans doute le seigneur de l’endroit, Jehan de S. Léry, sortant de son manoir pour voir le prodige) semble l’invoquer.
Dans la partie inférieure, on voit deux hommes portant une châsse sur un brancard : un troisième personnage à genoux, revêtu du costume militaire, tient dans sa main droite une hallebarde ; sa main gauche, entièrement séparée du bras, est demeurée collée contre la châsse.
En note : M. Piederrière dit que ce soldat était « un normand qui aurait voulu mettre la main sur la châsse au moment où on se disposait à transporter les reliques, et qui en aurait été empêché par la séparation de sa main avec son bras. » La tradition le dit aussi. Évidemment cette sculpture relate un miracle dont l’histoire ne nous est pas parvenue.

Le Claire, Abbé (1924) op. cit. pp. 43-45

Les légendes sur saint Léri/saint Laur

La Vie de Léri reste imprécise sur sa naissance. Il est seulement dit qu’il a quitté le vannetais, le Broérec en pays de Guérec, pour se rendre en Poutrocoët au bord du Doueff.

Nous ne savons rien de certain sur le pays d’origine de S. Léry. Les uns le font naître au pays de Vannes, les autres le font venir d’Angleterre. D’aucuns disent qu’il est né à Questembert (où il y a un château qui se nomme Erech), que c’est là qu’il fit creuser la pierre qui devait lui servir de cercueil, que de là il partit pour évangéliser les bords de l’Oust et se rendre ensuite dans la forêt sur les bords de la Doueff, où il éleva un monastère, où il vécut longtemps et où il mourut.

Le Claire, Abbé (1924) op. cit. p. 1
Bannières de saint Léry et saint Laur
Bannières de saint Léry et saint Laur
Vu de Saint-Léry, Laur et Léri ne sont qu’une seule et même personne.
Vu de Montertelot, Laur (Lor) et Léri sont deux personnes distinctes, fêtées le 30 septembre.

La paroisse de Montertelot 10 se nommait Paroisse de St. Lor en 1883, et les documents relatifs au port de Montertelot, sur les bords de l’Oust, étaient orthographiés Port saint Lor, transcription de Laurus en breton 11.

Le nom de Montertelot peut venir de Moustier Saint-Laur, Moustier désignant un monastère ou un ermitage et Saint Laur, patron de la paroisse qui vécut au VIIe siècle et mourut dans les environs de Mauron en 660.

BRIEND, Michel, Montertelot, au fil du canal de Nantes à Brest, Les oiseaux de papier, 2011, 205 p. [page 14]

D’après Nominis, site catholique spécialisé sur l’origine des prénoms et la vie des saints, saint Léry viendrait vraisemblablement d’Angleterre d’une noble famille. Mais sa légende le fit également naître à Tours sans préciser pourquoi ni comment il arriva à St-Léry. 12

L’entourage de Léri

Saint Elocau et/ou saint Elouan ?

La Vita de saint Léri relate que Judicaël lui donna pour le culte divin, à titre définitif pour l’amour du Christ, l’ermitage qu’avait édifié saint Elocau au bord du Doueff. — Office de saint Léri. Leçon 6 —

La Borderie et Bernard Merdrignac assimilent Elocau et Elouan en un seul personnage.

Elouan fut un solitaire et non le disciple et secrétaire de S. Tugdual comme le veulent quelques-uns. Il est honoré en Cornouaille Orientale sous le nom de S. Lugd. C[h]astelain, dans son Vocabulaire hagiographique, l’appelle Lugidianus. Garaby, dans sa Vie des saints de Bretagne (p. 484), le désigne sous le nom de Lugil, Lugide et Luan. Il l’identifie à Elocau, puisqu’il dit qu’il s’établit « d’abord près du ruisseau nommé Doueff, dans la forêt de Poutrocoët – lire : de Paimpont. » Les Petits Bollandistes citent aussi un S. Eluan qu’ils nomment Lugidianus. Dans la pensée de ces hagiographes Elouan et Lugd sont un personnage identique. Or, on ne sera pas peu surpris d’apprendre que la paroisse de Saint-Léry a porté aussi le nom de Saint-Lugd. Ce qui ressort très clairement d’un aveu du seigneur du Bois de la Roche au Duc en 1420 : or, le seigneur du Bois de la Roche possédait plusieurs fiefs en Saint-Léry. La paroisse de Saint-Lugd ne peut être que Saint-Léry.

Le Claire, Abbé (1924) op. cit. pp XVI-XVII.

L’abbé François Duine a dissocié les notices Elocau/Elouan parmi les Saints bretons dépourvus de vita, mais mentionnés dans les textes hagiographiques .

138. Elocau. - Solitaire, mentionné par la vie de S. Judicaël.
139. S. Elouan. - On prétend conserver le tombeau de ce bienheureux à St-Guen (ancienne trève de Mur, ancien évêché de Quimper ; arrond. de Loudéac). Sur cet inconnu qu’on représentait en ermite, et qui fut l’objet d’un culte populaire actif, nous n’avons qu’une forgerie du XVIIe siècle, qui l’assimile à un saint d’Irlande.

DUINE, Abbé François, Mémento des Sources Hagiographiques de l’histoire de Bretagne, 1ère partie. Les fondateurs et les primitifs (du Ve au Xe siècle), Rennes, L. Bahon-Rault, 1918, 214 p., Voir en ligne. [pages 144-145]

Léri dans la légende de sainte Onenne

Parmi les Saints bretons dépourvus de vita, mais mentionnés dans les textes hagiographiques, l’abbé Duine a noté sainte Onenne.

175. Onenn. Cette sainte est rangée parmi les filles du roi Judaël. Elle est honorée d’un culte populaire à Tréhoranteuc.

D’après un manuscrit disparu du 18e siècle, la sœur de Judicaël, sainte Onenne, fait l’objet d’une légende reprenant les éléments de la Vita de Léri.

Morone avait pour chapelain un digne prêtre appelé Bili et Judikaël s’était choisi, quand il résidait sur les lieux, un bon religieux nommé Léri. Il lui avait donné, pour se construire un monastère, un terrain occupé auparavant par le solitaire Elocan sur les bords de la petite rivière de la Doueff. Ils allèrent un jour voir le saint personnage, très peu éloigné du manoir. Les travaux de la maison s’achevaient et plusieurs jeunes gens d’une rare piété venaient de se joindre à lui. Sous sa direction, ils remuaient la terre qui devait leur donner le pain de chaque jour et surtout ils apprenaient les sciences divines qui devaient les nourrir dans la pratique de solides vertus et en faire les ouvriers propres à travailler au défrichement des âmes.

PIÉDERRIÈRE, abbé Julien, « Légendes de sainte Onenne et de saint Utel recueillies d’après la tradition populaire. », 1860, 13 p., Voir en ligne. [page 13]

Léri dans la vie de Judicaël

Parmi les saints fondateurs et les primitifs (du 5e au 10e siècle), l’abbé Duine cite ceux qui parlent de Judicaël dans leur Vita, à savoir Judoc, Léri, Malo et Méen. Dom Lobineau a fait bonne place à Léri dans son panégyrique de Judicaël.

Le saint roi avoit fait bâtir une autre maison beaucoup moins considérable, sur la petite rivière de « Doueff », pour un saint nommé Elocau, qui y demeura quelques tems, & qui se retira depuis, pour aller se cacher en quelque autre lieu où il fut moins connu. Il y fut invité par un chapelain de la reine Morone, & abandonna non-seulement le lieu, mais encore tous les meubles qu’il y avoit. Judicaël en fit don à un autre saint, nommé Laurus, ou Léri, venu du païs de Guerech, qui s’y étant établi, & y aïant vécu longtemps avec quelques disciples dans une exacte observance de la vie monastique, a laissé son nom au lieu, qui s’appelle encore aujourd’hui saint Léri, qui est une paroisse qui relève de Mauron. Nous ne doutons point que saint Judicael n’ait encore fondé d’autres maisons Religieuses pour plusieurs saints personnages qui florissoient de son tems, & que sa piété & sa libéralité attiroient dans ses Etats comme dans un païs de bénédiction ; mais les révolutions des siècles nous ont dérobé la connoissance de toutes ces choses.

LOBINEAU, Dom Guy-Alexis, Les vies des saints de Bretagne et des personnes d’une éminente piété qui ont vécu dans la même province, avec une addition à l’Histoire de Bretagne, Rennes, La Compagnie des imprimeurs-libraires, 1725, Voir en ligne. p.146

L’auteur de la Vita Léri

L’hagiographe n’est pas historien, son rôle consiste à fondre la réalité dans le moule de la fiction. La plupart de ces vitae apportent davantage d’informations sur les milieux dans lesquels elles ont été rédigées que sur la prétendue biographie de leurs héros. —  MERDRIGNAC, Bernard, Les Vies des saints bretons durant le haut Moyen Âge, Rennes, Ouest-France, 1993, 148 p., (« De mémoire d’homme : l’histoire »). [page 23] —

Les situations, les événements auxquels les hagiographes nous les montrent mêlés nous renseignent avant tout sur la représentation que se faisaient ces auteurs de l’existence folklorique des saints et sur le contexte dans lequel ils ont écrit. Les textes hagiographiques restent l’expression de la vie intellectuelle et religieuse de leur temps.

 La lecture attentive et critique des textes hagiographiques permet – au-delà du rôle « historique » attribué au personnage concerné et qui, généralement, fonde les revendications exprimées par son biographe – de déceler les enjeux, parfois implicites, dont sa mémoire était porteuse à l’époque de la rédaction de ces textes, même s’il apparaît que cette mémoire était parfois largement tributaire de l’inventivité de l’auteur.

BOURGÈS, André-Yves, « Saints de la forêt ou forêt des saints : Judicaël, Méen, Léry et les autres en transylvanie bretonne », Station biologique de Paimpont, Centre de l’Imaginaire Arthurien, 2017, Voir en ligne.

Le narrateur est celui-là même qui a orchestré la clameur, obtenu le miracle du saint et confondu les coupables.

Averti en pleine nuit de cette mort tragique alors qu’il séjourne au chef-lieu paroissial, le narrateur, qui manifestement détient une forme d’autorité religieuse, dont témoigne notamment son impressionnante suite de clercs et de disciples « au nombre d’environ trente trois » (sic), et qui se présente en outre comme un parent de la victime, décrit les lieux où celle-ci mettait à l’abri les espèces qu’elle détenait, à savoir une chambre fermée à clé, située au dessus de l’autel de la « basilique » du saint. […]
Ce récit nous donne également à connaître de l’écrivain, éléments d’autant plus précieux si nous avons affaire au même hagiographe que celui qui a traité de Méen et, partiellement du moins, de Judicaël.
Sa position d’autorité, sa résidence ponctuelle à proximité de Saint-Léry, sans doute à Mauron, la suite dont il est accompagné, nous incline à penser qu’il pourrait s’agir du prélat qui siégeait alors à Alet, en déplacement pastoral dans son diocèse.

BOURGÈS, André-Yves, « Saints de la forêt ou forêt des saints : Judicaël, Méen, Léry et les autres en transylvanie bretonne », Station biologique de Paimpont, Centre de l’Imaginaire Arthurien, 2017, Voir en ligne. [pages 57-58]

Selon l’historiographe, les Vies de saint Méen et de saint Léri partagent de fortes similitudes ; elles font toutes deux l’éloge du roi Judicaël qui se fit moine à Saint-Méen, vantent la supériorité des règles monastiques sur la vie érémitique, et font toutes trois référence au pays vannetais. La Vita Léri pourrait être, avec les Vies de Méen et de Judicaël, l’œuvre d’un même auteur. Dès lors, la Vie de Judicaël aurait pu être écrite au moment de la restauration de l’abbaye de Saint-Méen en 1024.

Mais surtout, l’ensemble formé par les vitae de saint Léri, de saint Méen et de saint Judicaël présente des allusions répétées au pays vannetais et mentionne explicitement des traditions qui avaient cours à l’abbaye de Rhuys. La vita de saint Léri rapporte que ce dernier avait préparé de son vivant et apporté depuis le Broërec, « pays de Guérec », jusqu’au lieu où il était installé, le sarcophage qui devait lui servir de cercueil […] ; mais l’origine vannetaise du sarcophage est peut-être à mettre en rapport avec l’expédition qui, selon son hagiographe, avait également conduit saint Méen dans le Broërec.

BOURGÈS, André-Yves, « Le dossier littéraire des saints Judicaël, Méen et Léri. », in Corona Monastica. Mélanges offert au père Marc Simon., Presse Universitaire de Rennes, 2004, (« Britannia Monastica »), p. 83-92, Voir en ligne.

Les Vies de Méen et de Léri se rejoignent sur les règles de vie monastiques et les problèmes liés à la vie érémitique.

Ce sont les mêmes mots qui se retrouvent dans un ordonnancement propre au biographe de l’un et l’autre, avec une insistance toute particulière sur la « vie régulière », qui est comme un écho aux problèmes contemporains posés par la résurgence de l’érémitisme.

Bourgès, André-Yves (2004), op. cit. p. 13

Selon Armelle Le Huërou, la Vie de saint Méen n’aurait pas été écrite avant la fin du 12e siècle quand l’abbé de Saint-Méen et un illégitime abbé de Saint-Judicaël entrent en concurrence. L’exemple des conflits opposant l’abbaye de Saint-Méen à son prieuré de Penpont aux 12e-13e siècles en est une expression locale.

Il semble qu’on ne puisse exclure formellement que cette uita, dont les plus anciens témoins datent du XIVe siècle, soit plus tardive et vise un auditoire plus large que les seuls moines de Saint-Méen.

Le Huërou, Armelle (2013) , pp. 2-3

Le petit monastère du saint

Vie monastique et vie érémitique

Il est ici intéressant de noter l’existence de deux légendes liées à Léri, allant dans le sens d’une critique de la vie érémitique et de ses excès. Ces légendes font de l’église de Saint-Léry le pendant consacré de l’ermitage détruit du moine hérétique Éon de l’Étoile.

  • La légende des pierres de l’ermitage d’Éon de l’Étoile, Le Moinet, qui aurait servi à la construction de l’église de Saint-Léry : L’église de St-Léry passe pour avoir été bâtie avec les pierres provenant d’un lieu appelé Moinet en Concoret. —  LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Saint Léry », Mauron, 1920, 90 p., Voir en ligne. [page 32] —

La croix Richeux n’est actuellement qu’une petite croix de bois plantée sur le chemin du Rox et de Tubœuf à Mauron. [...] Il y avait autrefois dans le même endroit à peu près, plusieurs belles croix de pierre de grain avec des pierres tombales. Celles des cimetières de Concoret et de Saint-Léry en furent tirées.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne. op. cit. p. 18

Quant au petit monastère (monasteriolo) dédié à saint Léri (II, §2), la tradition propose aujourd’hui deux emplacements.

[...] l’un tout près de l’église, au lieu-dit les Rigoires ; on prétendait que des traces de dallage y avaient été repérées : une route y a été tracée à l’aide d’un bulldozer mais on n’a rien trouvé. L’autre site est plus éloigné de l’église et se trouve en fait sur la commune de Gaël, au lieu-dit Le Couvent : il s’agit d’un champ planté de pommiers ; aucun vestige n’y a non plus été retrouvé.

Le Henaff-Roze, Catherine (1997) op. cit. pp. 133-134 et carte p. 135
Différents lieux où la tradition place le monastère de saint Léry
Différents lieux où la tradition place le monastère de saint Léry
—  LE HÉNAFF- ROZÉ, Catherine, La Vie latine de saint Léri. Texte latin, traduction, commentaire, mémoire de maîtrise d’histoire sous la direction de Gw. Le Duc, Université de Haute Bretagne, 1997.
[page 135] —

Un saint sorti de l’oubli

Bien que restée en marge des études hagiographiques bretonnes, la Vita Leri a été étudiée par des auteurs des 18e, 19e et 20e siècles. Dom Lobineau (1667-1727), l’Abbé Tresvaux (1782-1862), l’abbé Paul Guérin (1830-1908), Arthur de la Borderie (1827-1901), l’abbé Le Claire (1853-1930), ont commenté cette vita. Récemment deux auteurs contemporains ont renouvelé l’analyse et les connaissances sur la Vie de Léri.

  • Catherine Le Hénaff-Rozé —  LE HÉNAFF- ROZÉ, Catherine, La Vie latine de saint Léri. Texte latin, traduction, commentaire, mémoire de maîtrise d’histoire sous la direction de Gw. Le Duc, Université de Haute Bretagne, 1997. —
  • André-Yves Bourgès —  BOURGÈS, André-Yves, « Le dossier littéraire des saints Judicaël, Méen et Léri. », in Corona Monastica. Mélanges offert au père Marc Simon., Presse Universitaire de Rennes, 2004, (« Britannia Monastica »), p. 83-92, Voir en ligne. — et —  BOURGÈS, André-Yves, « Saints de la forêt ou forêt des saints : Judicaël, Méen, Léry et les autres en transylvanie bretonne », Station biologique de Paimpont, Centre de l’Imaginaire Arthurien, 2017, Voir en ligne. —

L’article d’Armelle Le Huërou montre que la question reste d’actualité.—  LE HUËROU, Armelle, « De quand date la Vita S. Meuenni (BHL 5944) ? Quelques nouveaux éléments sur sa transmission et sa genèse », in Mélanges offerts au professeur Bernard Merdrignac,, Jean-Christophe Cassard, Pierre-Yves Lambert, Jean-Michel Picard et Bertrand Yeurc’h, Landévennec, Centre International de Recherche et de Documentation sur le Monachisme Celtique, 2013, (« Britannia Monastica »), p. 53-74, Voir en ligne. —


Bibliographie

ANONYME, « Recueil d’extraits de divers chartriers de Bretagne : Manuscrit Bibl. nat., fr. 22321 », Rennes, 1601, Voir en ligne.

BOURGÈS, André-Yves, « Le dossier littéraire des saints Judicaël, Méen et Léri. », in Corona Monastica. Mélanges offert au père Marc Simon., Presse Universitaire de Rennes, 2004, (« Britannia Monastica »), p. 83-92, Voir en ligne.

BOURGÈS, André-Yves, « Saints de la forêt ou forêt des saints : Judicaël, Méen, Léry et les autres en transylvanie bretonne », Station biologique de Paimpont, Centre de l’Imaginaire Arthurien, 2017, Voir en ligne.

BOURGÈS, André-Yves, « Hagiographie et langue bretonnes : quelques notes sur les apports des Mauristes au Glossarium de Du Cange, note 51. », 2018.

DUINE, Abbé François, Mémento des Sources Hagiographiques de l’histoire de Bretagne, 1ère partie. Les fondateurs et les primitifs (du Ve au Xe siècle), Rennes, L. Bahon-Rault, 1918, 214 p., Voir en ligne.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne.

JONES, Michael, « Colloque à l’occasion du centenaire de la mort de l’historien : Hommage à Arthur de La Borderie », Bulletin et mémoires de la SHAIV, Vol. 106, 2002, p. 230.

LA BORDERIE, Arthur le Moyne de, Histoire de Bretagne : de l’année 753 à l’année 995, Vol. 2, Rennes, Plihon & Hervé, 1893, Voir en ligne.

LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Transcription dactylographiée par Jean-Claude Fichet d’un manuscrit de l’abbé Le Claire de 1920 sur Saint-Léry », Mauron, 1980, Voir en ligne.

LE HÉNAFF- ROZÉ, Catherine, La Vie latine de saint Léri. Texte latin, traduction, commentaire, mémoire de maîtrise d’histoire sous la direction de Gw. Le Duc, Université de Haute Bretagne, 1997.

LE MENÉ, Joseph-Marie, Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes, Vol. 1, Vannes, Impr. Galles, 1891, 550 p.

LESTER, K. Little, « La morphologie des malédictions monastiques », Annales, économies, sociétés, civilisations, Vol. 34ᵉ année / n°1, 1979, p. 43-60, Voir en ligne.

LE HUËROU, Armelle, « De quand date la Vita S. Meuenni (BHL 5944) ? Quelques nouveaux éléments sur sa transmission et sa genèse », in Mélanges offerts au professeur Bernard Merdrignac,, Jean-Christophe Cassard, Pierre-Yves Lambert, Jean-Michel Picard et Bertrand Yeurc’h, Landévennec, Centre International de Recherche et de Documentation sur le Monachisme Celtique, 2013, (« Britannia Monastica »), p. 53-74, Voir en ligne.

LOBINEAU, Dom Guy-Alexis, Les vies des saints de Bretagne et des personnes d’une éminente piété qui ont vécu dans la même province, avec une addition à l’Histoire de Bretagne, Rennes, La Compagnie des imprimeurs-libraires, 1725, Voir en ligne.

LOBINEAU, Dom Guy-Alexis et TRESVAUX, abbé François-Marie, Les vies des saints de Bretagne et des personnes d’une éminente piété qui ont vécu dans cette province, Vol. 2, Nouvelle édition, Paris, chez Méquignon junior, 1836, Voir en ligne.

MABILLON, Jean et ACHERY, Luc, Acta Sanctorum Ordinis sancti Benedicti, Saeculum V, 1685, Voir en ligne.

MERDRIGNAC, Bernard, Les Vies des saints bretons durant le haut Moyen Âge, Rennes, Ouest-France, 1993, 148 p., (« De mémoire d’homme : l’histoire »).

MERDRIGNAC, Bernard, « Les sources hagiographiques du haut Moyen Âge : l’exemple de la Bretagne », Revue d’histoire de l’Église de France, 2000, p. 437-446, Voir en ligne.

MERDRIGNAC, Bernard, Les Saints bretons entre légendes et histoire Le glaive à deux tranchants, Presses Universitaires de Rennes, 2008, (« Histoire »).

PIÉDERRIÈRE, abbé Julien, « Légendes de sainte Onenne et de saint Utel recueillies d’après la tradition populaire. », 1860, 13 p., Voir en ligne.

POULIN, Joseph-Claude, L’hagiographie bretonne du Haut Moyen Âge : Repertoire raisonné, Jan Thorbecke, 2009, 493 p.


↑ 1 • Le breton « Lore », laurier, est un emprunt à l’ancien français lor (1175), issu du latin laurus.

↑ 2 • Manuscrit anonyme intitulé « Recueil d’extraits de divers chartriers de Bretagne. Vies des saints bretons d’après d’anciens manuscrits, bréviaires, lectionnaires, etc. » Bibl. nat., fr. 22321, pp. 609-612.

↑ 3 • L’historia désigne l’ensemble des textes comprenant l’invitatoire, les antiennes et les répons des vêpres, matines et laudes.

↑ 4 • Dans cette Chronique de Tours du 11e siècle, Léri est nommé Abbé Lauri (LAURI Abbatis). —  MABILLON, Jean et ACHERY, Luc, Acta Sanctorum Ordinis sancti Benedicti, Saeculum V, 1685, Voir en ligne.p. 134 —.

↑ 5 • 

L’ouvrage dans son ensemble était déjà connu de l’auteur du « Chronicon rhythmicum Sancti Juliani Turonensis », vers le début du XIIe siècle, qui lui emprunte la titulature donnée à Judicaël telle qu’elle figure dans le texte conservé de l’officium sancti Lauri, ainsi que plusieurs formules relatives à saint Léri qui démarquent le texte extrait du bréviaire manuscrit de Montfort. Nous savons qu’à l’époque de la composition du « Chronicon rhythmicum », les moines de Saint-Julien, dont l’abbaye abritait, outre les reliques de saint Léri, celles de saint Blenlivet, évêque de Vannes au Xe siècle, avaient reçu chez eux le successeur de ce dernier sur le siège épiscopal, Morvan ; des contacts avec d’autres prélats bretons sont évidemment possibles.

BOURGÈS, André-Yves, « Le dossier littéraire des saints Judicaël, Méen et Léri. », in Corona Monastica. Mélanges offert au père Marc Simon., Presse Universitaire de Rennes, 2004, (« Britannia Monastica »), p. 83-92, Voir en ligne.

↑ 6 • L’abbé Le Claire, érudit local de qualité, a donné en 1924 sur saint Léri un opuscule dont l’apparence modeste dissimule un vrai travail de critique historique.— Bourgès, André-Yves (2004) op. cit. p. 13 —

↑ 7 • Voir en ligne son manuscrit préparatoire. —  LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Saint Léry », Mauron, 1920, 90 p., Voir en ligne. —

↑ 8 • Le saint renoue en quelque sorte avec les premiers temps tels qu’ils sont évoqués dans la Bible, comme une époque où l’harmonie régnait entre les hommes et les animaux. — Le Henaff-Rozé (1997), op. cit. p. 161 —

↑ 9 • 

Habemus enim inde confessorem egregium,
Egregium confessorem Laurum beatissimum.

SALMON, André, « Chronicum Rhythmicum Sancti JulianiTuronensis », in Brevis Historia Sancti Juliani Turonensis : Recueil de chroniques de Touraine, Imprimerie Ladevèze, 1854, p. 235, Voir en ligne. p. 241

↑ 10 • L’étymologie de Montertelot a été proposée par le chanoine Le Mené. Formée à partir de Mouster saint Laur, francisation de monasterium pour désigner une chapelle ou un prieuré monastique, dépendant de l’abbaye bénédictine Saint-Gildas de Rhuys. —  LE MENÉ, Joseph-Marie, Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes, Vol. 2, Vannes, Impr. Galles, 1894, 536 p. [page 14] —

Michel Debary l’a cependant écartée dans son étude : l’étymologie proposée par le chanoine Le Mené a paru douteuse.—  DEBARY, Michel, « Les moustoirs de Bretagne », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, Vol. 42, 1962, p. 19. —

Le nom de Montertelot, attesté Montertelo en 1330 —  LE MOING, Jean-Yves, Les noms de lieux bretons de Haute Bretagne, Spezeed, Coop Breizh, 1990. [page 374] —, pourrait avoir été formé suivant une autre interprétation à partir Monster Telo : saint Théleau/Téliau, Telo en breton, évêque gallois du 6e siècle.—  HABALAIN, Hervé, Les noms de lieux bretons, Gisserot, 2000. [page 111] —

↑ 11 • 

L’église est sous l’invocation de saint Laur ou Léry, qui mourut au VIIème siècle auprès de Mauron. Suivant la tradition locale, que nous ne garantissons pas, saint Laur aurait d’abord prêché à Josselin, puis se serait embarqué sur l’Oust, son manteau lui servant de canot, et serait arrivé à Montertelot où il aurait séjourné pendant quelque temps et bâti un monastère ; le nom du lieu serait, dit-on, tiré de Mouster Saint-Laur. De là le missionnaire serait allé vers Mauron, où il aurait terminé sa carrière.

LE MENÉ, Joseph-Marie, Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes, Vol. 2, Vannes, Impr. Galles, 1894, 536 p.

↑ 12 • D’après Nominis

Toujours est-il qu’à Tours, il s’appelait alors Jérôme et qu’à son arrivée dans notre pays il se mit au service d’un prêtre. Celui-ci était très exigeant, et ne voulait pour faire sa messe, que l’eau de la fontaine de Lorfouillé qui était assez éloignée du presbytère. Il fallait que chaque matin, son domestique qui lui servait aussi la messe allât par n’importe quel temps lui chercher de l’eau. Cela ennuyait fortement le petit Jérôme. Or un matin, il neigeait et le froid était très vif. Le petit enfant de chœur s’en alla dans le jardin du presbytère, frappa la terre de son bâton en priant Dieu d’y faire sourdre une fontaine dont le goût serait le même que l’eau de la source de Lorfouillé de manière à ce que le recteur ne s’en aperçut pas. Dieu exauça sa prière. Ce fut le seul miracle accompli par Léry dans son intérêt.